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Actu Maroc

Gestion de la crise du coronavirus, les onze commandements de l’Istiqlal


le Vendredi 24 Avril 2020

La gestion de la crise actuelle du coronavirus est remarquable de courage et d’abnégation, mais pour être parfaite, il lui manque quelques points de réglage que l’Istiqlal a consolidé sous forme de «To Do List» à l’adresse du gouvernement.



Rahhal El Makkaoui, conseiller de l’Istiqlal et président de la commission des finances.
Rahhal El Makkaoui, conseiller de l’Istiqlal et président de la commission des finances.
1- Mise en oeuvre d’un plan de communication globale et limpide

Depuis le début de la pandémie du coronavirus, les autorités ont voulu cultiver une image de transparence totale à travers la diffusion régulière de communiqués de presse et l’organisation de points de presse en visio-conférence. Mais cette communication s’est souvent caractérisée par son ton monochrome et son format monolithique où l’esprit de contradiction indispensable à l’écrémage de l’information, est resté écrasé sous le poids de la communication institutionnelle et du diktat du consensus général. C’est pourquoi l’Istiqlal demande la mise en place d’un plan de communication global. «Cette stratégie de communication ne devrait pas se limiter aux communiqués de presse, mais devrait se concrétiser par une présence continue et une volonté de répondre et d’expliquer. Ce qui nécessite une plus forte réactivité vis-à-vis des questions légitimes soulevées par les citoyens, les médias et les députés», a souligné Rahhal El Makkaoui.

2- Création d’un comité de veille sociale

A l’image du Comité de Veille Economique dont le périmètre englobe, certes, l’aspect social tout en le noyant dans des problématiques économiques plus larges, les questions sociales qui concernent de larges pans de la société marocaine actuellement en détresse, mérite de disposer d’une structure dédiée chargée d’assurer le suivi des effets de la crise et d’élaborer des réponses adéquates pour en atténuer l’impact sur les couches défavorisées. Pour ce faire, lors de son intervention, le président Istiqlalien de la commission des finances a souligné la nécessité d’établir un comité de veille sociale dans lequel les partis politiques devraient être représentés. Son objectif serait de répondre aux demandes des citoyens dans ce large et important registre dont le spectre va des moyens de subsistance, en passant par les problèmes familiaux et sociaux, jusqu’à la violence conjugale», explique Rahhal El Makkaoui.

3- Elargir la veille économique à l’emploi

Selon les chiffres communiqués par le ministre du travail Mohamed Amekraz, la crise du coronavirus a mis en difficulté le tiers du tissu entrepreneurial marocain et entraîné la cessation d’activité de plus de 130.000 entreprises et environ 810.000 de leurs salariés, soit un sur trois. Or s’il existe une veille sanitaire et une veille économique, les questions liées à l’emploi qui constitue l’un des aspects les plus prégnants de la crise actuelle sont souvent diluées dans un fatras de considérations économiques généralistes. Des questions de forte actualité comme la gestion du télétravail, la réduction du temps de travail en temps de crise ou encore la protection sanitaire des travailleurs dans leurs lieux de travail restent de ce fait sous explorées. « Les autorités doivent garantir le respect des droits des travailleurs et sanctionner tout abus de la part des patrons. Pour les secteurs qui maintiennent leurs activités, il est nécessaire d’établir un suivi systématique pour garantir le respect des mesures de protection sanitaire», déclare le conseiller de l’Istiqlal.

4- Perfectionnement de la distribution des Masques

Faisant référence à l’indisponibilité des masques de protection dans certains quartiers et villes du Royaume, à un moment où leur port est devenu obligatoire, Rahhal El Makkaoui en réaction à la déclaration du chef du gouvernement concernant la production quotidienne de 5,6 millions de masques par jour, a demandé au nom de l’Istiqlal une meilleure gestion de la distribution. «A quoi cela sert de produire des millions de masques par jour, si les citoyens n’arrivent toujours pas à mettre la main dessus», a-t-il martelé.

5- La gestion sanitaire des malades chroniques et des personnes en situation d’handicap

Malgré son ampleur et sa rapidité de propagation, la pandémie de coronavirus ne doit pas nous faire oublier les millions de malades chroniques et de personnes à besoins spécifiques que compte le pays et qui se retrouvent actuellement sous le coup d'une double peine. Elle ne doit pas nous faire oublier non plus la nécessité de continuité du programme national de vaccination pour les enfants et le suivi médical des femmes enceintes, ainsi que le diagnostic précoce de certaines maladies. Aussi, l’Istiqlal appelle à une plus forte mobilisation autour de ces questions qui méritent plus d’égards en période de pandémie. «Jusqu’ici, aucun plan n’est prévu pour définir les modalités d’accès au soin pour les malades chroniques, ainsi que pour le suivi des personnes en situation d’handicap, les enfants en période de vaccination et les femmes enceintes», s’est étonné Rahhal El Makkaoui qui s’est interrogé "pourquoi en cette période, leurs traitements se font dans l’ambiguïté et l’improvisation totale ? Ce qui augure de graves répercussions sanitaires pendant et après la pandémie du coronavirus".

6- Débit internet

Plus que jamais, l’accès à Internet et la qualité de son débit sont devenus de véritables questions existentielles en cette période où les enfants marocains suivent leur scolarité à distance, tandis que leurs parents font du télétravail. D’où l’importance stratégique de cette question posée par l’Istiqlal et qui n’a pourtant fait preuve, jusqu’ici, d’aucune communication ou mesure spécifique. Alors que le Ministère de l’éducation nationale a instauré divers mécanismes pour assurer un enseignement à distance, notamment à travers des chaînes télévisées et des cours en ligne, il semble avoir oublié qu’un «certain nombre d’élèves et d’étudiants dans le milieu rural et urbain n’ont pas accès à ces mécanismes qui facilitent l’accès aux cours. On peut en citer, par exemple, le simple fait de disposer d’une télévision chez soi, d’avoir accès à un bon débit internet, de disposer d’un ordinateur, d’un smartphone et de soldes garnis pour le téléphone et internet… Ce sont des choses qui peuvent paraître simples, mais qui sont loin d’être accessibles à tous», a souligné M. El Makkaoui qui a également pointé du doigt, les opérateurs de téléphonie pour leurs services Internet en net déclin.

7- Les Marocains bloqués à l’étranger

Plus de 20.000 marocains sont actuellement bloqués à l’étranger, tandis que beaucoup de bi-nationaux qui désirent retourner à leurs pays de résidence pour des raisons familiales, médicales ou professionnelles, ne le peuvent pas. A l’approche du mois de Ramadan, la situation de ces Marocains coincés au Maroc, à Sebta et Melilia, comme dans différents pays d’Europe prend une tournure tragique qui nécessite selon l’Istiqlal une rapide intervention. « Des mesures doivent être prises et des vols exceptionnels doivent être assurés afin de pouvoir les rapatrier. Ces personnes peuvent également êtres placées en quarantaine si la condition sanitaire l’exige, mais, on ne peut pas les laisser plus longtemps à l'état d'exil forcé».

8- Distribution des aides

Comme pour les masques, les modalités de distribution des aides destinées aux Ramédistes et non Ramédistes doivent également être revues. Cela sert en effet à quoi de profiter d’une aide à laquelle on ne peut pas accéder en temps voulu. D'autant plus qu'en cette veille du ramadan, un nombre important de retards ont été constatés dans la réception des virements, notamment en zone rurale. Le gouvernement a certes déclaré que les destinataires pourront en bénéficier avant le début du mois de Ramadan, «mais reste à savoir si ce délai «prolongé» sera à son tour respecté», a souligné M. El Makkaoui.

9- Définition d’un plan d’urgence pour sortir de la quarantaine

Il est important de mettre en place une stratégie qui assurera une bonne transition vers la phase de l’après-crise. Pour ce faire, le conseiller Istiqlalien a rappelé la nécessité «d’impliquer toutes les parties concernées à l’instar des partis politiques et des syndicats». C'est un préalable indispensable à toute ambition d'élaboration d'une bonne stratégie de transition qui pourrait couvrir les différentes exigences, sociales, économiques et sanitaires.

10- Rectifier la loi des finances

Il est aberrant qu’une loi des finances dont l’ensemble des prévisions et paramètres de calcul et d’élaboration ont été changés et faussés soit maintenue sans l’adoption d’une loi des finances rectificative. Le parti de l’Istiqlal a proposé au gouvernement de présenter une loi de finance rectificative pour revoir les priorités des politiques publiques et restructurer le budget en vue de maintenir l’emploi, préserver le pouvoir d’achat des citoyens, sauvegarder la souveraineté économique du pays et créer de nouvelles opportunités de travail par le biais de mise en place de programmes de chantiers nationaux à grande utilité publique. « Qu’est ce qui empêche l’adoption de cette loi de finances rectificative qui elle-même pourrait être suivie par autant de lois rectificatives que nécessite l’adaptation à la conjoncture actuelle ? Rien !», s’est exclamé Rahhal El Makkaoui.

11- Lancement d’ateliers nationaux d’utilité publique

La gestion de la crise ne doit pas rester centralisé au niveau de Rabat, mais nécessite une implication multipartite et une répartition sur l’ensemble du territoire. Pour ce faire, l’Istiqlal par la voix de son conseiller Rahhal El Makkaoui a appelé les autorités à envisager sérieusement la création d’ateliers d’utilité publique sur l’ensemble du territoire national. Ces ateliers doivent concerner les domaines: éducatif, social, économique ou sanitaire. Ceci facilitera l’adaptation des citoyens et facilitera la transition vers la phase de l’après crise.

Hajar LEBABI

3 questions à Rahhal El Makkaoui

Rahhal El Makkaoui
Rahhal El Makkaoui
Rahhal El Makkaoui, conseiller de l’Istiqlal et président de la commission des finances, s’est illustré mardi lors de la séance mensuelle des questions de politique générale. Il nous explique comment il a préparé sa pertinente intervention.

- Lors de votre intervention du mardi, vous avez mis le doigt sur certaines problématiques qui taraudent la majorité des marocains. Comment les avez-vous sélectionnées ?

Il s’agit d’un travail collectif et collégial de nombreuses composantes et instances du parti dont j’ai eu l’honneur d’être le porte-voix. Certaines des problématiques évoquées sont visibles à l’oeil nu puisque nous y sommes tous confrontés dans notre quotidien, d’autres le sont moins et nécessitent un travail de réflexion et de recoupement.

- Quels sont les biais de réflexion utilisés ?

Le principal biais, ce sont nos diverses instances territoriales qui recueillent sur le terrain les diverses problématiques des marocains, avant de nous les faire remonter. Nous disposons aussi de divers think tank spécialisés qui sont autant d’agoras de réflexion. Nous disposons enfin d’un certain nombre de forums et de plateformes de discussion thématiques ou généralistes.

- Et qu’en est-il du recoupement?

Le recoupement est le filtre le plus essentiel dans ce travail. Il nous évite d’exposer des contre-vérités au sein du Parlement. Pour vous donner un exemple, celui des maladies chroniques, il nous a fallu nous concerter avec des spécialistes renommés en médecine qui nous ont exposés leurs fortes inquiétudes à ce sujet. Il en est de même pour les marocains bloqués à l’étranger dont on a sondé la situation à travers nos instances basées à l’étranger.