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Filière du bois : Un secteur à fort potentiel, mal exploité au Maroc


Rédigé par Souhail AMRABI le Jeudi 15 Juillet 2021

Le matériau bois peut paraître traditionnel pour certains, voire désuet, mais il est en réalité éminemment scientifique et constitue une ressource d’avenir, synonyme de futur durable. Toutefois, malgré ses multiples avantages, ce matériau demeure mal exploité au Maroc. Détails.



Filière du bois : Un secteur à fort potentiel, mal exploité au Maroc
Ressource naturelle et renouvelable sur le territoire national, le bois et ses filières sont l’un des leviers du projet de développement durable et présente de multiples opportunités économiques pour le Maroc. Néanmoins, il n’arrive toujours pas à atteindre son plein potentiel dans l’économie nationale. C’est, du moins, ce qui ressort de la visioconférence organisée, mardi, à l’initiative de l’École supérieure du bois (ESB), premier établissement supérieur en sciences et technologies du matériau bois, en France.

Face aux enjeux climatiques, le bois et les matériaux biosourcés constituent des ressources d’avenir pour inventer un futur durable, a indiqué Arnaud Godevin, directeur de l’ESB, ajoutant que ces matériaux d’origine végétale sont les « alliés » de l’économie circulaire. Intervenant lors de la conférence, Godevin explique qu’il faudrait toutefois une valorisation durable et une gestion « raisonnée de la forêt », de sorte à construire de véritables filières écoresponsables et « faire face à la question de l’urgence climatique ».

Il s’agit là d’un premier vecteur d’attractivité, selon le directeur de l’ESB qui note que le matériau bois constitue également un levier de développement industriel, notamment à travers la modernisation des unités de transformation. Cela dit, l’intervenant n’a pas manqué de souligner l’impératif de privilégier l’emploi et la transformation locale, en essayant de créer des unités industrielles compétitives, en vue de contrebalancer les produits en provenance des pays où le coût de reviens est nettement bas, notamment la Chine, l’Inde, etc.

«Au Maroc, la ressource forestière n’est pas importante, par contre, le pays peut être un acteur majeur de la transformation servant le marché interne, mais également le marché limitrophe du bassin méditerranéen », ajoute Arnaud Godevin, soulignant qu’au niveau des services relatifs à la filière du bois, il y a énormément de terrain à gagner, «surtout que les ingénieurs et techniciens marocains disposent d’un grand potentiel d’innovation». Le Maroc a, donc, une bonne carte à jouer dans la filière bois, affirme-t-il.

Le Maroc, bon client des pays scandinaves

«Le Maroc importe la majorité du bois d’oeuvre utilisé en interne, que ce soit en menuiserie ou en bois de coffrage, etc. Ceci expose le pays aux différents phénomènes et facteurs exogènes qui entourent ce secteur à l’échelle internationale », a indiqué Mehdi Sebti, membre de l’Alliance des Economistes Istiqlaliens (AEI) et ambassadeur de l’ESB au Maroc, donnant l’exemple de l’envolée du transport international suite à la crise et la hausse de la demande de certains gros marchés, comme celui des Etats-Unis et la Chine.

Ainsi, le Maroc, qui dispose d’un grand avantage géostratégique, devrait, selon Sebti, imaginer des modèles de coproduction entre des pays émetteurs de bois, comme la France, l’Allemagne ou les pays scandinaves, qui sont ses premiers fournisseurs et des usines de productions marocaines, pour avoir une industrie plus productive et plus résiliente. «Il est à noter qu’il n y a pas que le bois massif, nous pouvons imaginer une industrie à base de panneau de particules, à base de MDS, à base d’OSB (oriented strand board), qui flambe à l’international et qui est très demandé par les architectes et les décorateurs », relève l’ambassadeur de l’ESB.

Il est vrai que le Royaume ne dispose pas du capital forêt permettant de servir la production nationale, mais les nouvelles chaînes logistiques tracent de nouvelles voies de coproduction, qui s’annoncent prometteuses, précise-t-on.

Par ailleurs, Mehdi Sebti n’a pas manqué de souligner le manque d’utilisation du matériau bois au Maroc, en appelant les acteurs concernés à changer de paradigmes, surtout dans le domaine du bâtiment. «Il y a des expériences de construction à ossature bois réussies dans le Royaume, particulièrement à Dakhla», a-t-il fait remarquer, estimant que ce mode de construction a un avenir prometteur au Maroc.

Complétant les propos de Sebti, Arnaud Godevin, directeur de l’ESB, a noté que « la construction en bois ne veut nécessairement pas dire une maison tout bois », ajoutant que c’est la mixité des matériaux qui permettra la résolution d’un certain nombre de problématiques climatiques et économiques. «La construction en béton implique une consommation importante d’eau et de sable, or, la construction de bois est sèche et ne requiert pas l’eau dans la partie production», explique le même interlocuteur. 

En outre, le directeur de l’ESB a souligné que l’innovation est un enjeu dans la consolidation et la promotion de la filière bois. «L’innovation, c’est par exemple trouver des solutions pour produire des pièces automobiles et non pas se contenter de ramener la présence du bois dans les voitures à des tableaux de bord des voitures de luxe, comme nous le voyons aujourd’hui sur le marché », explique-t-il.

D’autant plus que pour attirer les jeunes vers la filière du bois, il faut montrer le potentiel innovatif du secteur, a-t-il soutenu, en expliquant que les ingénieurs ont un rôle majeur, puisqu’avec leurs connaissances scientifiques et techniques, ils sont capables d’imaginer desusages et services capables de valoriser le bois et les matériaux biosourcés.

De son coté, Mehdi Sebti s’est désolé du fait que la filière du bois ne soit pas suffisamment représentée au Maroc, raison pour laquelle les jeunes ne choisissent pas beaucoup cette filière, dont les débouchés sont multiples. Dans ce sillage, l’ambassadeur de l’ESB ne ménage pas ses efforts pour rapprocher ce secteur à fort potentiel d’employabilité aux étudiants marocains, mettant en exergue qu’il s’agit d’un métier d’avenir. Et aujourd’hui, même s’il ne se voit pas forcément, le matériau bois nous entoure quotidiennement, dans la construction, l’ameublement, l’agencement, l’énergie, le nautisme, l’industrie papetière et pourquoi pas l’automobile dans un proche avenir…
 
Souhail AMRABI


L’ESB, c’est quoi ?
 
Premier établissement supérieur en sciences et technologies du matériau bois, l’ESB voit le jour en 1934 sous l’impulsion des ministères de l’Agriculture, de l’Education Nationale et de l’Industrie. Appelée à innover avec le bois et les matériaux biosourcés, l’école étend cette vision à chacun de ses domaines d’expertise : la formation, la recherche et l’ingénierie R&D au service des entreprises.

L’expertise développée par l’ESB depuis plus de 85 ans lui permet de former chaque année une centaine de jeunes diplômés. Ils sont capables de développer les connaissances sur les propriétés, les technologies et les usages du bois et des matériaux biosourcés. L’établissement accueille plus de 400 élèves qui, durant leur scolarité, ont accès à des espaces de formation, notamment des salles gradinées de 120 places, amphithéâtre de 220 places, salles informatique, laboratoire de langues, CDI, salles de travail. L’école a inauguré, la semaine dernière, un atelier bois et numérique 4.0, doté de 6 machines de pointe, soit un investissement de plus d’un million d’euros.

Celui-ci va permettre à l’école d’ingénieurs d’enrichir l’ensemble de ses cursus et d’accompagner les entreprises dans leurs projets de R&D. «Il s’agit d’un facteur d’attractivité pour l’Ecole, mais également pour la filière », nous indique Arnaud Godevin, ajoutant que l’intégration du numérique dans chaque phase de production ouvre de nouvelles perspectives et donne un nouveau souffle à l’image des métiers du bois.

 

  


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