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Fête de l’Indépendance : Le premier discours du Maroc indépendant


Rédigé par La rédaction le Jeudi 18 Novembre 2021

Rentré triomphalement au Maroc le 16 novembre 1955, Feu SM Mohammed V a célébré la Fête du Trône le 18 novembre 1955, au milieu d’un immense enthousiasme populaire, et prononcé ce discours historique qui pose les jalons de l’Etat Nation marocain.



Fête de l’Indépendance : Le premier discours du Maroc indépendant
Louange à Dieu seul !
A Notre peuple cher et fidèle, En ce jour béni, Dieu Nous comble de Ses bienfaits en Nous permettant, après une douloureuse séparation, de revenir dans Notre chère Patrie et au milieu de Notre peuple, ce peuple qui n’a jamais cessé de Nous attendre comme Nous n’avons jamais perdu l’espoir de le retrouver et qui a largement payé de retour Notre fidélité à son égard. Ensemble, nous avons été soumis à une épreuve qui, loin d’entamer notre volonté commune, n’a fait qu’affermir notre foi en notre destin et rendre plus nette notre conscience de nos droits et de nos devoirs.

En ce jour de liesse, vingt-huitième anniversaire de Notre accession au Trône de Nos glorieux ancêtres, Nous adressons, Notre peuple, selon Notre coutume, Notre discours du Trône, rappelant Nos efforts d’hier et exposant les objectifs à atteindre.

Vous connaissez Notre prévoyance : Nous avons toujours agi en vue de faire accéder le Maroc à un rang digne de son prestigieux passé et de sa position importante dans le monde moderne. Les difficultés ne Nous ont pas ébranlé : les obstacles ne Nous ont pas fait reculer. Nous n’avons jamais hésité à proclamer la vérité et à réclamer le changement du régime établi pour répondre à la volonté de Notre peuple et satisfaire ses aspirations. Puis, la crise a surgi et Nous avons dû affronter bien des périls.

Après Nous avoir jugé dans cette épreuve, Dieu Tout Puissant a voulu qu’elle trouve son heureux dénouement. De nouveau, les mosquées ont connu l’affluence des fidèles et de toutes parts se sont élevées des prières pour Nous et Notre peuple. A la douleur de la séparation, a succédé l’allégresse. Dieu soit loué qui, dans Sa mansuétude, a dissipé nos peines !

Nous avons aussitôt repris Notre tâche conformément aux responsabilités qui Nous incombent, Nous inspirant des opinions les plus autorisées, suivant la voie de la raison et de la sagesse.

Pendant Notre séjour en France, Nous avons eu avec le gouvernement français, au Sujet du Maroc, des entretiens pleins de cordialité et de compréhension. Ces entretiens ont abouti à un accord sur les principes essentiels.

Il appartiendra au gouvernement qui se constituera sous Notre égide d’ouvrir des négociations avec le gouvernement français. Nous nous réjouissons de pouvoir annoncer la fin du régime de tutelle et du protectorat et l’avènement d’une ère de liberté et d’indépendance.

Le moment est venu de mobiliser toutes les énergies pour construire un Maroc nouveau. Cette entreprise exigera une transformation profonde des habitudes, des institutions et des méthodes de gouvernement, de même qu’elle impliquera une émancipation de l’individu lui assurant, dans la sécurité, la jouissance de toutes ses libertés.

Ainsi, le Maroc parviendra à réaliser l’indépendance que Nous n’avons cessé de revendiquer, non seulement comme le droit naturel de tous les peuples sans distinction, mais encore comme le moyen le plus sûr de les faire bénéficier à la fois de l’évolution du monde moderne et des avantages d’un régime démocratique excluant toute discrimination raciale et s’inspirant de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

L’indépendance à laquelle Notre peuple aspire ne doit pas signifier un relâchement de nos liens avec la France, car l’amitié entre nos deux pays est solidement enracinée et remonte loin dans l’Histoire. D’autre part, Nous n’avons pas perdu de vue que, grâce à cette amitié et aux réalisations françaises dans les différents domaines, le Maroc a pu franchir d’importantes étapes dans la voie des progrès. Nous comptons sur le concours de la France pour inaugurer une ère nouvelle d’interdépendance entre nos deux pays.
 
Nous nous réjouissons de pouvoir annoncer la fin du régime de tutelle et du protectorat et l’avènement d’une ère de liberté et d’indépendance.

Notre premier objectif est la constitution d’un gouvernement marocain responsable et représentatif ; expression authentique de la volonté du peuple, il aura à remplir trois missions à la fois :

• La gestion des affaires publiques ;

• La création d’institutions démocratiques issues d’élections libres, fondées sur le principe de la séparation des pouvoirs, dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle reconnaissant aux Marocains de toutes confessions les droits du citoyen et l’exercice des libertés publiques et syndicales. Il est évident que les Marocains israélites ont les mêmes devoirs que les autres Marocains ;

• La troisième mission du futur gouvernement marocain consistera à ouvrir avec le gouvernement français des négociations sur la base des considérations suivantes : les idées de liberté et de démocratie ont eu, dans le monde d’aprèsguerre, une extension telle que la conscience universelle n’admet plus que l’indépendance et la dignité demeurent l’apanage exclusif de quelques peuples.

D’autres part, les difficultés du monde actuel et l’interpénétration des intérêts imposent à toutes les nations, pour qu’elles sauvegardent leur patrimoine et assurent leur sécurité, une union toujours plus solide et une coopération de plus en plus étroite. C’est pourquoi il incombe au gouvernement marocain, au cours des négociations, de définir le cadre et le contenu de l’indépendance entre le Maroc et la France sur la base de leur égalité et le respect mutuel de leur souveraineté.

Ces nouveaux rapports ne sont pas incompatibles avec le maintien de nos liens spirituels et culturels avec les autres peuples arabes. Nous souhaitons voir l’Occident prendre en considération les besoins et les aspirations de ces peuples et coopérer avec eux pour le bien commun et le bonheur de l’humanité.

Au terme des négociations, le régime de protectorat prendra fin et le Maroc connaîtra une ère nouvelle où il exercera sa souveraineté dans le cadre des nouveaux accords et dans un esprit de compréhension et de coopération féconde avec le peuple français.

Tels sont les principes politiques essentiels dont il appartiendra au gouvernement marocain de préciser le contenu avec le gouvernement français.

Il importe de ne pas oublier que le Maroc compte parmi ses habitants un nombre appréciable de citoyens français qui ont contribué à son évolution générale et plus particulièrement à sa prospérité économique. Nous avons constaté avec satisfaction l’esprit de compréhension dont la plupart d’entre eux ont fait preuve à l’égard des aspirations de Notre peuple à la liberté et à l’indépendance. Nous tenons à ce qu’ils soient tous rassurés quant à leur avenir. Nous sommes toujours disposés à garantir leurs intérêts, leurs droits et leur statut personnel dans le respect de la souveraineté marocaine. Notre voeu est de voir Marocains et Français coopérer pour la prospérité du Maroc et le bien de tous en vue de consolider leurs relations et de sauvegarder l’amitié de nos deux pays.

Maintenant que Nous avons exposé Nos objectifs, Nous vous appelons à vous unir fraternellement et à resserrer vos rangs pour ne former qu’un seul bloc. Que l’intérêt général et la défense des droits de la Nation demeurent votre constante préoccupation.

Nous saisissons cette occasion pour exprimer Notre gratitude à tout ceux qui Nous ont manifesté leur sympathie et leur solidarité.

Nous prions Dieu de Nous assister dans Nos efforts pour maintenir l’unité de la Nation, veiller sur ses intérêts et assurer son bonheur.