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Festivités du nouvel an : comment les Marocains comptent contourner les restrictions


Rédigé par Nabil LAAROUSSI le Jeudi 31 Décembre 2020

Entre couvre-feu et semi-confinement, les fêtards qui, d’habitude, écument les soirées, les clubs et les divers lieux de fêtes en ville, comme en rase campagne, redoublent d’ingéniosité pour briser le blocus. Voici leurs plans.



« Je ne souhaite pas défier les restrictions pour faire la fête l’espace d’une nuit. Je trouve que c’est un risque à ne pas courir », un témoignage que les DJs marocains reprennent de plus en plus, notamment Othmane Ouzari, un DJ rbati reconnu sur la scène du Psy-Trance et cofondateur du label Magus Nexus Records, qui a l’habitude de participer pendant la nuit du réveillon à des fêtes qui regroupent une cinquantaine de jeunes assoiffés de rythmes. Cette année, Othmane Ouzari compte passer la nuit du réveillon avec trois à quatre de ses amis proches « dans le respect total des mesures gouvernementales », souligne-til.

Il ne va pas sans dire que plusieurs jeunes DJs et passionnés de rythmes partagent l’avis de Othmane Ouzari. Depuis la déclaration des restrictions gouvernementales, les nuits agitées et tumultueuses des villes de Tanger, d’Agadir, de Casablanca et de la cité ocre ont laissé place à un silence assourdissant, qui étouffe toutefois les préparatifs rebelles de la jeunesse marocaine fêtarde pour des soirées clandestines, et exacerbe le désarroi des hôteliers et restaurateurs, qui s’évertuent à imaginer une alternative pour sauver la mise mais peinent à retrouver le chemin de la reprise.

Des soirées entre amis pour finir l’année en beauté, mais…  
A l’image de notre DJ, nombreux sont les jeunes qui comptent se réunir avec leurs « potes » dans un appartement, une villa de location ou un cabanon au bord de la mer, pour mettre de la bonne musique, préparer un dîner, déboucher des bouteilles et faire le compte à rebours à l’approche de minuit.

Cependant, Ayoub, un jeune casablancais de 26 ans, trouve difficile de perpétuer sa tradition de fin d’année, et ce, en raison de la hausse des prix de la location d’appartements et de villas. En effet, très peu sont les propriétaires qui prévoient de s’aventurer à mettre leurs biens immobiliers au service des fêtards pour la veille du nouvel an. 

Obéissant à la règle de l’offre et la demande, ces biens ont donc vu leurs prix de location exploser de manière exorbitante, atteignant trois fois leurs prix habituels, nous apprend Ayoub sur un ton pessimiste : « Avec ma clique, nous avons l’habitude de louer un cabanon à Bouznika à 400 dirhams. Pour la nuit du nouvel an, nous le louons à 600 dirhams, et je comprends très bien que le prix augmente, vu que c’est une nuit spéciale. Mais cette année, le même propriétaire nous a demandé une somme de 1700 dirhams, là, je ne comprends plus rien ».

Il en est de même à Rabat, où pour la même raison, Anas, 23 ans, a abandonné « l’espoir de fêter le réveillon avec sa bande de copains », et a décidé de revivre ce moment en famille devant un gâteau fait-maison et « d’endurer les émissions de la télévision marocaine », s’amuset-il à déclarer.

Yousra et ses copines ont, quant à elles, trouvé un moyen plutôt inventif de « digitaliser la fête » et passer la soirée ensemble. « Chanter en karaoké, danser, papoter … nous ferons tout  ce que nous avons l’habitude de faire, en conférence vidéo », explique Yousra avec enjouement, « la seule différence regrettable sera l’absence de la proximité physique ».

Les hôteliers touchent le fond… malgré leurs efforts !
Si les établissements touristiques comptaient sur les réservations et célébrations du nouvel an pour ranimer le tourisme touché de plein fouet par une crise sanitaire qui n’a duré que trop longtemps, leur espoir est tombé à l’eau avec la décision gouvernementale, particulièrement dans les villes touristiques du Royaume, notamment Marrakech, Agadir et Tanger, accoutumées à accueillir des foules de fêtards à l’occasion. Les hôtels de Marrakech, à titre d’exemple, souffrent « l’annulation de près de 50% des réservations », nous apprend Hamid Bentahar, président du Conseil Régional du Tourisme (CRT) de Marrakech-Safi.

Pourtant, les hôteliers du Royaume ne baissent pas les bras et essaient quand même « d’être inventifs pour minimiser les dégâts et satisfaire la clientèle qui leur fait confiance », en proposant des animations et des brunchs le jour de l’an. Des alternatives qu’Abdellatif Kabbaj, président de la Confédération Nationale du Tourisme (CNT), a jugées « ridicules » face aux pertes colossales qui viennent porter un coup fatal aux trésoreries des opérateurs touristiques déjà sinistrés. Des bruits courent, néanmoins, que certains hôtels prévoient des célébrations clandestines pour des cercles de clients privilégiés lors de la soirée du nouvel an.

Nabil LAAROUSSI

3 questions à Mehdi Lasri

Mehdi Lasri
Mehdi Lasri
« Un DJ qui est payé 5000 dirhams dans un club, peut empocher 10.000 ou 15.000 pour la fête du nouvel an »

Mehdi Lasri (LasriZ), artiste indépendant, DJ, cofondateur de Re:Creation et Sound Designer, à NEO - Création et production d’événements, nous révèle certains aspects de sa passion/profession et nous détaille l’impact des restrictions sur les revenus.

- D’habitude, combien une soirée du nouvel an rapporte à un DJ ? 
- Normalement, c’est une soirée qui rapporte gros, et ça dépend du DJ. Il y a des DJs qui préfèrent mixer en privé dans des villas, et il y en a qui jouent en festival ou dans des clubs. Quand je parle d’une soirée privée, je parle d’une fête non commercialisée, restreinte qui n’est pas dans un établissement où tout a été fixé à l’avance. Maintenant, je sais qu’il y a des DJs qui peuvent normalement doubler ou tripler leurs cash lors de cette soirée du nouvel an. A titre d’exemple, un DJ qui est payé 5000 dirhams dans un club, peut empocher 10.000 ou 15.000 pour la fête du nouvel an, puisqu’il anime une soirée qui rapporte gros au club.

- A quel point le couvre feu a-t-il impacté votre profession ?
- En fait, c’est toute une micro-économie et tout le monde y est affecté par ces restrictions, mais avec des degrés différents. Les plus impactés sont les DJs résidents, c’est-à-dire ceux qui jouent dans un club ou un pub de manière permanente avec forfait préétabli. En général, pour trois soirées d’une heure et demie par semaine, ils reçoivent un « salaire » de 15.000 dirhams par mois. Maintenant, suite à la fermeture des clubs, ils ne pourront pas jouer. Les DJs « Guest », quant à eux, ne mixent pas en tant qu’employé, mais plutôt à la carte dans un club, des soirées privées ou des festivals. Je vous donne un exemple : étant Guest, je peux demander 5.000 à 7.000 dirhams pour une soirée, comme je peux jouer gratuitement. Donc, vous comprenez que les recettes d’un Guest ne dépendent pas d’une seule soirée, mais c’est quand même une grosse perte.

- Croyez vous qu’il y aura des fêtes clandestines cette année ?
- Il doit peut-être y en avoir, mais je crois que ni les DJs, ni les promoteurs, ni les organisateurs, ni les invités ne voudront prendre ce risque. Cela dit, s’ il y a des gens prêts à s’exposer à ce danger malgré les restrictions, c’est sûr qu’ils vont se faire un jackpot. C’est un peu comme une prime de risque de plus qu’ils empocheront. En ce qui concerne les soirées privées, ça dépendra surtout de la philosophie du DJ. Certains mixeront pour l’argent, d’autres pour la passion de la musique et c’est mon cas, d’ailleurs il m’est arrivé de jouer gratuitement dans plusieurs soirées privées !

Recueillis par N. L. 

Sécurité : Les forces de l’ordre en alerte maximale

Pour « profiter » d’un moment éphémère de festivité, beaucoup de personnes manifestent leur résolution à braver les mesures des forces de l’ordre, qui sont d’ailleurs établies dans plusieurs pays du monde, notamment en Europe où ces célébrations portent plus de sens qu’ici.

Il va de soi que les intentions clandestines de célébration n’échappent pas aux autorités publiques qui tentent d’appliquer des dispositions sévères, afin d’endiguer une propagation rapide du virus, comme on l’a vu pendant la fête de l’Aïd Al-Adha.

Selon une source bien informée, les caïds ont reçu des instructions pour une mise en vigueur scrupuleuse des mesures interdisant les célébrations du réveillon. Ils sont appelés à surveiller de près les cabanons, les villas et les appartements habituellement loués pour cette fête.  

D’ailleurs, les données recueillies par les auxiliaires du ministère de l’Intérieur indiquent qu’un certain nombre de propriétaires auraient procédé à la rénovation de biens immobiliers pour l’occasion, et font des annonces pour les louer pour des célébrations du nouvel an à des prix exagérés, défiant les mesures imposées par le gouvernement et profitant de l’inconscience des jeunes assoiffés de fête.

Il convient aussi de noter qu’à l’approche du jour des célébrations, les auxiliaires des autorités publiques ont reçu l’ordre de rappeler la décision d’interdiction aux propriétaires qui ont pour coutume de louer leurs biens pendant cette période, et d’adresser un avertissement aux courtiers habitués à fournir leurs services en de telles occasions.

La même source a indiqué que des préparatifs sont en cours pour faire face à toute violation de la décision, notamment en menant des patrouilles dans plusieurs régions du Royaume, et en établissant un contrôle strict des hôtels non classés et une surveillance rigoureuse des contrevenants à la décision, en particulier dans les villes côtières. 

Repères

La frustration des restaurateurs
Pour leur part, les restaurateurs ne s’en tirent pas mieux. Contraints de fermer, à partir de 20h dans certaines villes et de manière permanente dans d’autres, ce qui fut autrefois une période jackpot se transforme cette année en un cauchemar de trois semaines. Contactés par nos soins, plusieurs restaurants de la ville lumière, dont la Table du Réservoir, le Boca Grande ou l’Upstairs affirment ignorer même si ils seront ouverts. Pour eux, « il est difficile d’investir dans la décoration, l’animation et le personnel dans des conditions aussi incertaines ». 
Kylian Mbappé choisit Marrakech pour les vacances du nouvel an
Malgré la crise sanitaire mondiale du Coronavirus et les mesures restrictives de semi-confinement instaurées par le gouvernement, le joueur du Paris Saint-Germain a choisi la ville ocre pour passer ses vacances. Le footballeur international français, Kylian Mbappé, est actuellement en visite au Maroc pour célébrer la fête du nouvel an et se ressourcer avant la reprise du championnat national et de la Ligue des champions de l’UEFA. Le 28 décembre, la star du ballon rond avait partagé une story sur son compte Instagram, où on voit ce dernier profiter du soleil et des dunes d’Agafay.