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Culture

Et si le salut du livre venait des libraires ?


Rédigé par Fouad EL BAHLAOUI le Dimanche 4 Avril 2021



 

 

La qualité formelle (artistique et matérielle) du livre étant acquise, la règle est que la mise en valeur d’un ouvrage doit être assurée par le lieu de sa vente ou de son exposition. Les librairies sont-elles accueillantes ? Suffisamment souriantes ? bien portantes ? Combien d’entre-elles disposent d’une bonne signalétique ? D’une scénographie bien conçue ? D’un éclairage intelligent ? Est-on conscient du rôle de ces paramètres ? Ou dira-t-on que ce jargon concerne plutôt les musées ?

La situation dans nos librairies arabophones est encore plus flagrante : des étagères pitoyables et débordées ; le vide, qui permettrait au local de respirer, y est une denrée rare. Serait-ce culturel ? S’il était encore parmi nous, Montaigne aurait certainement dit : « Mieux vaut une librairie bien faite qu'une librairie bien pleine ». La contrainte n’est pas toujours l’exiguïté du lieu ni l’insuffisance des moyens à investir. La métamorphose, voire la renaissance de la majorité de nos librairies nécessitent le savoir-faire d’un designer (dit aussi "architecte") d’intérieur. 

C’est lui le magicien qui saura rendre ces espaces plus accueillants, plus chaleureux et plus agréables. C’est lui le réanimateur qui les sortira de leur léthargie. C’est lui le rédempteur des libraires et l’éclaireur de leurs nombreux clients perdus dans les dédales tentaculaires de la toile envoûtante. Pour recourir à ses services, les librairies peuvent-elles aussi bénéficier du soutien financier de l’Etat et des grandes fondations d’art et de culture. D’ailleurs, le ministère de la Culture devrait aussi faire appel à lui pour revoir l’aménagement de son Salon International du Livre et de l’Edition ainsi que de ses Salons régionaux du livre. Le designer d’intérieur est capable de réaliser des stands démontables, fabriqués de manière artisanale et / ou industrielle, susceptibles de refléter la créativité et le savoir-faire local, d’accueillir les visiteurs dans de bonnes conditions, de rendre au libraire son sourire et de l’espoir et d’asseoir l’industrie du livre sur des bases solides.

En chine, la jeune designer trentenaire Li Xiang a constaté dès le début des années 2010 que les librairies chinoises ont été désertées par les clients. Elle a misé sur la conception d’un nouveau design en s’inspirant d’une bibliothèque située dans un château en Espagne que beaucoup de gens visitaient juste pour son design. Le résultat est sans appel : une série de librairies à succès dans plusieurs villes chinoises. Celle de Chengdu, aux allures de cathédrale, est conçue en deux niveaux avec un plafond en miroir créant une mise en abyme ensorcelante, des autocollants sur les étagères supérieures donnant l’illusion de l’infini et un éclairage permettant de trouver facilement les livres recherchés parmi les 100 000 disponibles. Les visiteurs, de tous les âges, peuvent lire sur place, boire un café ou juste prendre des selfies. Pendant les week-ends, elle est fréquentée quotidiennement par plus de 4000 visiteurs dont 7/10 sortent avec un livre sous le bras. A bon libraire, salut !