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International

Energies renouvelables : La dépendance européenne de la Chine


Rédigé par L'Opinion le Mardi 14 Juin 2022

La guerre en Ukraine a mis en évidence la dépendance de l'UE à l'égard des combustibles fossiles russes nécessitant une transition vers les énergies renouvelables qui révèle une dépendance de la Chine.



Si aucun pays n'a le monopole du soleil et du vent, l'UE n’en demeure pas moins fort dépendante de la Chine pour la technologie permettant de capter leur énergie.

Plus de 80% de l'offre mondiale de modules photovoltaïques produits chaque année depuis 2010 ont été fabriqués en Asie. La Chine a fourni à elle seule 67% de la production de modules en 2020, selon l'Institut Fraunhofer pour les systèmes d'énergie solaire.

En effet, huit des dix plus grandes entreprises et fabricants de panneaux solaires au monde sont désormais chinois. Canadian Solar et l'entreprise américaine First Solar occupent respectivement les huitième et dixième places du classement.

Dans le secteur de l'éolien, les entreprises européennes sont à la pointe : le danois Vestas et l'hispano-allemand Siemens Gamesa occupent les deux premières marches du podium, tandis que l'allemand Nordex est le huitième fabricant mondial.

Mais la Chine gagne aussi rapidement du terrain, puisque six de ses entreprises figurent dans le top 10.

Emprise chinoise sur l’ensemble de la chaine d’approvisionnement

L'emprise de Pékin sur le secteur des énergies renouvelables se fait désormais sentir sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement. Environ 80% des composants nécessaires à la fabrication d'une éolienne sont produits en Chine, tout comme 97% des plaquettes de silicium nécessaires à la fabrication d'un panneau solaire.

45% de la production mondiale de polysilicium, une matière première essentielle à la production d’énergie solaire photovoltaïque, est produite au Xinjiang. Dans cette région du nord-ouest de la Chine, le régime chinois est accusé par le gouvernement américain de mener un génocide contre la minorité musulmane ouïgoure.

La Chine est également un acteur clé pour d'autres matières premières, comme notamment les terres rares qui entrent dans la composition des technologies renouvelables. Plus de 70% des batteries lithium-ion entrées sur le marché l'année dernière ont été produites en Chine.

"Alors que l’environnement géopolitique évolue, ces dépendances créent désormais de réels risques", a déclaré à Euronews le Dr Janka Oertel, directrice du programme Asie et chargée de mission principale au Conseil européen des relations étrangères (ECFR).

"Nous ne pouvons pas nous permettre d'être dépendants de la Chine dans les industries et les réseaux les plus viables comme les télécommunications, et dans notre infrastructure énergétique qui, à l’avenir, sera de plus en plus connectée, très numérisée et dirigée par des logiciels où le risque est plus élevé", a-t-elle ajouté.

L'UE a jusqu'à présent eu tendance à éviter tout bras de fer commercial majeur avec la Chine.

En 2012, la Commission européenne, à la suite d'une pétition des fabricants européens de panneaux solaires, a lancé une enquête antidumping et antisubvention sur les panneaux solaires chinois, qui commençaient à inonder le marché européen avec un rabais important par rapport à l'équivalent produit localement.

La capitulation de Bruxelles

La Chine a riposté en lançant sa propre enquête antidumping et antisubvention sur les importations de vin de l'UE et a signalé qu'une enquête similaire sur les voitures de luxe pourrait suivre. Un accord a été conclu en 2013 établissant un prix minimum pour les produits chinois. Les professionnels européens ont qualifié l'accord de "capitulation" des autorités de l'UE et d'échec à protéger leur propre industrie.

La Chine utilisant son poids économique pour faire pression sur d'autres pays, il y a eu, depuis, un certain nombre de "cas de ce que nous pouvons appeler du chantage politique", a déclaré Maria Pastukhova, conseillère politique principale au sein du groupe de réflexion sur le climat E3G, basé à Berlin.

La conseillère a évoqué la décision de Pékin, en 2010, d'interdire toutes les exportations de terres rares vers le Japon en raison d'un différend concernant un chalutier de pêche, ou son refus plus récent de dédouaner des produits lituaniens après que l'État membre de l'UE a autorisé l'ouverture d'une ambassade taïwanaise de facto.

 


Ryad augmente ses livraisons de pétrole à l’UE

Après l’annonce d’une hausse de la production, le géant pétrolier saoudien Aramco a décidé de favoriser l’Europe au moment où celle-ci cherche à réduire ses importations de pétrole russe. Il cède ainsi aux demandes pressantes du président américain, Joe Biden, qui cherche à tout prix à juguler la hausse des prix à la pompe.

“L’Europe compense le pétrole russe par le pétrole saoudien”, titre le quotidien saoudien Al-Riyadh en Une. “L’Union européenne s’active […] pour se dégager graduellement du pétrole russe et se presse pour trouver d’autres fournisseurs”, indique le journal, qui laisse entendre qu’Aramco, le géant pétrolier saoudien, a fini par répondre favorablement aux appels à augmenter ses fournitures à l’Europe.

“Aramco a informé cinq raffineries en Asie du Nord, notamment en Chine, qu’elles recevront moins de pétrole en juillet que prévu contractuellement”.

Mais cette réduction des exportations vers la Chine n’obéit pas forcément à des considérations politiques, explique le journal anglophone saoudien ArabNews : “En mai, la Chine avait augmenté ses importations de pétrole […], ce qui a abouti à d’importants stocks de brut. Or les raffineries ont dû ajuster leur planification à long terme pour répondre à une demande en baisse en avril et en mai en raison des confinements stricts dus au Covid”.

La Chine continue toutefois d’acheter “du pétrole russe en grande quantité”, ajoute le site Middle East Online. Et cela malgré “son coût plus élevé” souligné par Al-Riyadh.