Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Culture

En marge du Nobel de littérature : La haine de la poésie contemporaine


Rédigé par Mohammed ZEROUALI le Mercredi 14 Octobre 2020



En marge du Nobel de littérature : La haine de la poésie contemporaine
Le Prix Nobel de la littérature 2020 est allé à Louise Glück, une poétesse américaine, auteur d’une douzaine de recueils. Ce Prix remet sous les projecteurs un genre littéraire en voie de disparition, la poésie.

La poésie contemporaine s’enlise dans l’essoufflement et le « déjà-vu », et s’ancre dans la suspicion. On est loin de la thèse hégélienne qui plaçait l’art du poète (l’éclipse d’un genre) au sommet de la hiérarchie esthétique. Elle n’est plus l’enjeu de conflits ouverts ; plus de querelles, plus de manifestes, plus de grandes chapelles. Elle ne paraît plus à même de s’articuler à quelque grand projet idéologique prenant en compte l’ensemble des aspirations d’une collectivité à un moment donné de son histoire. La cause de la poésie contemporaine n’étant plus une grande cause qui divise et qui fédère des partisans.

Le poète (l’éclipse de la figure culturelle du poète) connaît un moindre prestige social, une reconnaissance symbolique en retrait des valeurs dominantes actuelles, qui semble préférer les producteurs d’imageries visuelles aux concepteurs d’images langagières. Le temps n’est plus du sacre du poète.

Le discours de la diminution du lectorat (l’éclipse de la figure du récepteur) tend à se faire de plus en plus insistant dans le débat concernant la poésie contemporaine. Cette désalliance avec les habitudes de lecture héritées semble contribuer à vouloir tenir à distance le profane qui ne trouve plus son compte dans la lecture de la poésie. Et Michel Deguy de dire « les lecteurs se sont perdus en route, à part quelques petits poucets qui recueillent des recueils ».

Trois techniques d’écriture majeures viennent caractériser la poésie contemporaine : la manie versificationniste, la prosaïsation du poème et la fragmentation. Plus que jamais, la poésie est aujourd’hui aux prises avec la prose. Non pas pour la poétiser, mais pour se mesurer à sa platitude même.

A ce florilège de proses inclassables, viennent s’ajouter une écriture fragmentaire donnant lieu à une poésie de la discontinuité, de la juxtaposition, de l’hésitation et de l’effacement. 

Les difficultés d’approche du poème contemporain
Dans les différentes tentatives d’approche du poétique en poésie contemporaine prédomine encore le flou : flou historique, notamment, manque de clarté dans les filiations, approximations dans la compréhension des enjeux poéticiens.

La seconde difficulté est inhérente à l’encyclopédisme d’une classe de poètes où l’on est face à de grands lecteurs, poéticiens, philosophes, critiques et qui, parfois, exercent le métier de traducteur professionnel.

La troisième difficulté réside dans l’impossible posture adoptée par le poète contemporain. Il faut dire que sa position poéticienne s’établit dans le vif de la contradiction et du paradoxe.

L’écriture du poète contemporain oscille entre deux pôles contradictoires et simultanés. L’espoir d’une voix pleine se désagrège aussitôt pour souligner les inexactitudes du langage et de ses failles.

Mohammed ZEROUALI
 

  


Dans la même rubrique :
< >