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Egalité femmes hommes : une révolution en marche ?


Rédigé par DAVID LE DOARE le Vendredi 8 Mars 2024

Le panorama global révèle des disparités criantes sur la question de l’égalité femmes hommes, pourtant le Royaume du Maroc s’est engagé dans une transformation socio-économique profonde soutenue par une volonté politique réelle. Où en sommes-nous ? Quelles sont les initiatives conçues pour libérer le potentiel des femmes ? Et qu’en pensent les premières intéressées ?



Un long chemin à parcourir
 
Selon le Global Gender Gap Report 2023, sur le volet participation et opportunité économique des femmes le Maroc se classe 136ème sur 146 pays. Le taux d’activité de ces dernières est un des plus bas à l’échelle mondiale et il affiche un déclin structurel accentué par les effets de la pandémie Covid-19. Dans le domaine de l’éducation comme sur le marché du travail, le constat est sans appel. D’après le Haut-Commissariat au Plan (chiffres 2022), 45% des hommes versus 31% des femmes ont au moins le niveau secondaire collégial, le taux d’activité des diplômés (25-59 ans) est de 92% des hommes pour 33% des femmes, et la part des jeunes (15 -24 ans) qui ne sont ni en éducation, ni en emploi, ni en formation (NEET) est de 13,5% des hommes versus 37,3% des femmes. Enfin, les Marocaines sont les plus touchées par l’informalité du travail, des conditions de travail indécentes et une sous-représentation dans les positions de management, comme dans les secteurs modernes et porteurs d'avenir.
 
Des engagements pour l’avenir
 
Annoncé en 2019 par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, le Nouveau Modèle de Développement (NMD) vise à moderniser les structures économiques et sociales du Royaume. Traduit en indicateur, cela donne l’objectif de doubler le taux d’activité économique des femmes - de 22% à 45% - à l’horizon 2035, sachant qu’en 2023, ce taux est passé à 19%. Une révolution nécessaire et attendue pour Laila Doukkali, Présidente de l’Association des Femmes Chefs d'Entreprises du Maroc (AFEM), qui « sent frémir ce besoin d’émancipation économique, avec un grand nombre de femmes qui se lancent et créent leur propre projet d’entreprise ».
 
Inscrit dans le cadre du NMD, le Programme Maroc-Attamkine est une initiative nationale pour l'autonomisation et l’inclusion économique des femmes et des filles. Il ambitionne d’atteindre un taux d'emploi féminin de 30% d’ici 2030 (15,5% en 2023), de doubler la proportion de femmes diplômées de l'enseignement professionnel, et de créer un environnement favorable à l'autonomisation économique des femmes. Dans ce contexte propice aux politiques de développement pour l’empowerment des femmes, et en accord avec les objectifs définis, tout un arsenal d’approches et d’instruments politiques est à la manœuvre, tant dans le domaine de l’agriculture que dans l’économie digitale (cf. encadrés).
 
Une approche holistique et multisectorielle est soutenue par de nombreux acteurs. À travers la GIZ (agence de coopération internationale allemande pour le développement), la coopération allemande au développement se mobilise aux côtés des partenaires étatiques, privés et de la société civile dans quatre champs d’action : l’appui à l’entrepreneuriat féminin, la promotion de l’accès des femmes à l’emploi, l’éveil technologique, et enfin le développement du leadership féminin. Autant de signaux qui indiquent que petit à petit la situation est en train de changer. Pour Mohammed Zouheir El Ansari, conseiller technique et conseiller du programme TAMHEEN au sein de la GIZ, on assiste à «davantage qu’un simple frémissement, les astres sont alignés, certains sujets étaient tabous et maintenant il y a une vraie libération des énergies ! ».
 
Leadership et storytelling
 
Une transformation socio-économique profonde implique un changement des mentalités. Directrice exécutive de l’ONG We Speak Citizen et une des rares femmes pilotes d’avion de la Royale Air Maroc, Loubna Mouna a l’habitude d’être aux commandes. Selon elle, ça ne fait aucun doute : « le leadership des femmes est différent de celui des hommes ». Différent mais pas moins performant, au contraire. Un point de vue partagé par Bouchra Rahmouni, directrice du Social Innovation Lab de l’Université Polytechnique Mohammed 6 : « nous devons étudier et dégager les caractéristiques du leadership féminin, davantage basé sur l’entraide et le partage de savoir que sur la compétition ».
 
Dans cette veine, et conjointement avec le ministère de l’Industrie et du Commerce, la GIZ organise les BUSINESS TALKS, une série de rencontres consacrées au leadership féminin pour renforcer la culture d’égalité. Elle reprend aussi à son compte le principe de sororité via le programme KHTI LAB, un réseau de soutien et de financement destiné aux entrepreneuses. Des pas dans la bonne direction aux yeux de Laila Doukkali, avocate, « des femmes qui ont envie d’exister, de s’émanciper, de prendre des risques. Les Marocaines sont fières de notre pays mais pour atteindre les objectifs fixés pour l’avenir il faut inclure la moitié de la population qui reste encore à la marge ».
 
Le Maroc n’a pas seulement vu prospérer une élite d'hommes, il a aussi donné naissance à des femmes dont la société peut s’enorgueillir, telles l’artiste Chaïbia Talal, la militante Fatema Mernissi ou l’astronome Merieme Chadid, pour n’en citer que quelques-unes. C’est pour les célébrer que le Musée de la Femme a ouvert ses portes en 2018 à Marrakech, avec la double ambition d’interroger les stéréotypes et de renforcer l'autonomie des femmes. Les expositions se succèdent, « Femmes rurales, femmes artistes », puis « Femmes photographes » et bientôt peut-être « Femmes bâtisseuses », et à l’instar du livre Nissae’ Tech (cf. encadré) elles racontent une nouvelle histoire sur les Marocaines et contribuent ainsi à remodeler les mentalités.
 
Dans le livre « Rêves de femmes : Une enfance au harem » (Editions Le Fennec, 1997), la célèbre militante féministe Fatema Mernissi écrivait : « La dignité c’est d’avoir un rêve, un rêve fort qui vous donne une vision, un monde où vous avez une place, où votre participation, si minime soit-elle, va changer quelque chose ». Aujourd’hui les Marocaines sont nombreuses qui avancent dignement en portant le rêve d’égalité femme hommes. Après la réforme à venir du Code de la famille (Moudawana) de 2004, combien seront-elles demain ?

Cooperative Al Oulfa : Un « rêve de fromage » au service de la communauté

Egalité femmes hommes : une révolution en marche ?
 
Naima Laasri travaillait dans une pharmacie. Depuis son comptoir elle voyait qu’à Lalla Takerkoust, malgré un niveau d’étude élevé, les femmes pratiquaient surtout des métiers peu valorisés. De ce constat et de sa volonté d’amener « de la dignité par le travail » est née la coopérative Al Oulfa.
 
Fondée en 2013 avec le soutien de partenaires qui « ont donné de l’espoir », la coopérative crée de la valeur et des emplois (100% de femmes) en produisant un fromage de chèvre unique. Au concours des produits du terroir, la « Féta » à l’huile d’olive aromatisée a reçu la médaille d’or ! Al Oulfa reçoit des commandes de tout le Royaume et s’apprête à lancer une nouvelle gamme de produits cosmétiques à base de lait de chèvre.
 
Dans un contexte économique dominé par l’agriculture, ce succès est une source d’inspiration - quatre autres coopératives de chèvrerie sont en projet - et les villageois sont « fiers de nous » se félicite Me Laasri. Après le tremblement de terre qui a durement touché la province d’Al Haouz, Al Oulfa a repris le travail avec une capacité de résilience qui renforce l’image du leadership féminin.

Nissae’ Tech : Les femmes et la Tech au Maroc

 
Présenté officiellement le 30 janvier dernier, le livre « Nissae’ Tech » est une collection des témoignages de trente Marocaines brillantes et passionnées par le secteur des NTIC. Il a été conçu sous l’égide du ministère de l’Éducation nationale, du Département de la formation professionnelle et des Académies régionales d’éducation et de formation.
 
« Elles sont déjà parmi nous les développeuses full stack, les développeuses d’application, les startupeuses ! », se réjouit Mohammed Zouheir El Ansari, chargé du programme TAMHEEN dont FATATECH est une des composantes. « À la lumière des récits de vie d’Ilham Laaziz, de Khaoula Tanfioui, de Doha Magguilej, de Fatima Knini et bien d’autres… il apparait évident que les femmes ont toute leur place dans les NTIC. »
 
Disponible en deux langues (arabe et français) et digitalisé pour mêler le ludique au pédagogique, Nissae’ Tech œuvre à combler la fracture numérique entre les genres en donnant aux jeunes filles une meilleure conception des métiers et des carrières IT. Utilisé comme support par les clubs étudiant dans douze collèges situés en milieu rural, il contribue à « créer un autre modèle » et oriente les jeunes filles vers des secteurs porteurs et des métiers d’avenir.







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