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Culture

Du matériel à l’immatériel: Brahim El Haissan et le vivre dans la mémoire de l’espace


Rédigé par Hassan LAGHDACHE, Critique d’art le Mercredi 19 Mai 2021

​L’artiste peintre Brahim El Haissan se consacre à l’exploration des questions esthétiques et son travail repose sur une thématique qui constitue un point carrefour entre nombre de champs épistémologiques.



Du matériel à l’immatériel: Brahim El Haissan et le vivre dans la mémoire de l’espace
Le thème de la trace nomade est adossé au statut de la mémoire et de l’oubli, au patrimoine matériel et immatériel ainsi qu’au fonctionnement du palimpseste ; une question que Brahim EL Haissan ne cesse d’expérimenter selon une démarche heuristique et inter picturale à géométrie variable. Ici, la trace ne renvoie nullement aux vestiges en tant que reliques archaïques, ou quelque symbole totalement tombé en désuétude.
 
Elle n’évoque pas non plus quelque débris que le temps aura oblitéré pour que n’en subsiste que ruine, regret et désolation. Bien au contraire, la trace, chez Brahim El Haissan, parce que vivante, comporte mouvement et rythme, elle est l’oeuvre d’une anthropisation qui transforme le déjà là sous l’effet d’une activité sublimatoire. La trace est marquée dans son existence historique propre. L’artiste s’ingénie à représenter les reliquats de la mémoire, pour les refléter dans le miroir du local et de l’universel, de la présence et de l’absence, de la trace et de son effacement. La trace est ainsi intrinsèque à la genèse de l’oeuvre produisant des effets esthétiques tangibles. Il s’agit surtout d’une nomadisation de signes réinventés dans un style qui rend tout mysticisme contenu dans la nostalgie comme dans l’expérimenté chromatique de l’indigo. La posture méditative de l’artiste l’aide à intégrer tous les effets du hasard accumulés et engendrés à la fois avec des couleurs lumineuses et une technique de fixation pour dire la pérennité de l’oeuvre d’art à l’issu d’un procédé de stratification.
Dès lors, la trace chez Brahim El Haissan s’élabore selon une tonalité lyrique et une abstraction faite d’équilibre entre l’éclat et les formes étalées. Pour cela, l’artiste mobilise toutes les propriétés optiques à la Klein pour rappeler ce qu’il y a de plus ouvert, de plus tangible et visible dans la nature. Le déploiement de l’indigo résonne de façons spirituelles en essayant de saisir les relents du vécu selon un cérémonial convivial et qui se veut entre autres une composition à outrance comme pour percer à fond le secret d’un legs sahraoui frénétique. Mais en même temps, Brahim El Haissan réinvente cet héritage par rapport à une culture consumériste qui historicise la trace de l’éphémère. Dans cette même veine, les motifs Hassanis sont investis comme réceptacle d’un contenu plastique varié à vocation atemporelle. L’expérience de Brahim El Haissan dirige notre regard à l’extérieur des limites de l’oeuvre exposée, une sorte d’invitation à une forme de prééternité riche en significations muettes : Brahim El Haissan apporte son corps à travers des gestes d’un homme vivant dans la mémoire de l’espace, une sorte de transsubtitution, un entrelacs de vision, de mouvement et d’arpentage. L’oeuvre ne communique avec la trace nomade que dans son effacement. Il y aurait dans son iconographie le désir de trouver un point d’arrêt dans la fuite des phénomènes, une volonté d’iconiser des repères par l’art. Bref, tout sémantisme dans l’oeuvre de l’artiste Brahim El Haissan est foyer de trope pictural.

  


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