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Actu Maroc

Des emplois décents pour limiter la migration illicite

Politique de l’emploi


Rédigé par Saâd JAFRI le Mardi 27 Octobre 2020

Insatisfaits de la situation socio-économique du Royaume, bon nombre de jeunes risquent leur vie pour aller vivre le rêve occidental. Comment les convaincre à rester au pays ?



Des emplois décents pour limiter la migration illicite
Nul besoin d’argumenter qu’une grande partie des Marocains, notamment les jeunes, rêvent de quitter le pays, et ce, suite au manque d’opportunités… mais pour les férus des statistiques, il convient de noter que la dernière enquête sur la migration internationale du Haut-commissariat au Plan (HCP) annonce que 40% des jeunes marocains veulent quitter le Maroc pour des motifs principalement économiques. Pire encore, certains sont même prêts à risquer leur vie en prenant le large pour gouter aux fruits du vieux continent. 

Pour en finir avec ce fléau, un rapport publié par Policy Center for the New South, indique que l’amélioration des conditions économiques, la création d’emplois et l’amélioration des conditions de vie, sont des conditions sine qua non pour ralentir le flux de la migration irrégulière. «Le concept d’emplois décents devient donc pertinent», affirme les auteurs du rapport. L’Organisation internationale du travail (OIT) définit un emploi décent comme un environnement de travail qui permet des résultats productifs et des revenus équitables. Il assure également la sécurité sur le lieu de travail et la protection sociale des salariés et de leurs familles, sans oublier qu’il donne de meilleures perspectives de développement personnel, de liberté d’expression et de participation à la prise de décision sur les questions qui affectent la vie des salariés. «Malheureusement, la plupart de ces exigences sont absentes dans les pays d’origine des migrants, où les mauvais indicateurs économiques et le manque de bonne gouvernance conduisent à des emplois vulnérables et provoquent une instabilité pour les travailleurs et leurs familles», précise-t-on de la même source. L’Afrique est la région où la proportion de maind’œuvre occupant un emploi précaire est la plus élevée au monde, ajoute l’Organisation Internationale. En effet, au Maroc, la situation est déplorable, à en croire les chiffres du HCP près de 6 salariés sur 10 (59,4%) ne disposent pas de contrat qui formalise leur relation avec l’employeur. Seuls 7,1% des salariés disposent d’un contrat verbal, 8% d’un contrat à durée déterminée et 24% d’un contrat à durée indéterminée. La part des salariés ne disposant pas de contrat s’élève à 79,7% en milieu rural contre 52,1% en milieu urbain. Cette part passe de 48,8% parmi les femmes à 62,1% parmi les hommes. Pas du tout étonnant que les Marocains cherchent à fuir ! 

Une réelle politique d’intégration professionnelle s’impose
Le rapport, liste donc une série de recommandations pour réduire la migration irrégulière et la mise en place d’une politique d’emploi décent, vient en tête de liste. Selon les auteurs, ceci peut être fait grâce à «la promotion de partenariats pour la mobilité des compétences». Les accords bilatéraux peuvent permettre aux pays de destination de s’impliquer directement dans la création de capital humain parmi les migrants potentiels dans leur pays d’origine.

Le rapport souligne également l’importance de généraliser un code de conduite qui garantit aux travailleurs le droit à des emplois décents, «qui comprend, mais qui ne se limite pas au salaire minimum, aux conditions de sécurité, à la couverture sanitaire et au respect des heures de travail légales». Il faut, cependant, fournir un soutien adéquat aux travailleurs des secteurs vulnérables à travers des entités spéciales dédiées à l’examen de leurs besoins, tout en préservant leur anonymat, insiste le rapport. Par ailleurs, il est également recommandé d’encourager la croissance économique et la transformation structurelle des marchés. Les difficultés d’accès aux financements, la corruption, la faible gouvernance…sont également des défis à surmonter, pour garantir un accès équitable aux marchés. Il faut également remédier à l’inadéquation «travail-compétences», encourager l’apprentissage à long terme et se préparer à la quatrième révolution industrielle, sans oublier l’encouragement de la participation des femmes au marché du travail. 

Ceci dit, une bonne gouvernance et des institutions solides demeurent les bases de la lutte contre la migration illicite. Le rapport pointe du doigt que les jeunes travailleurs sont souvent victimes des inégalités et sont continuellement confrontés au défi de l’instabilité, soutenir les mesures de bonne gouvernance pour améliorer les conditions de vie, est donc de mise.  

Saâd JAFRI