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Actu Maroc

Dakhla, cette ville d’opportunités où il fait bon vivre


Rédigé par Saad Jafri le Vendredi 11 Juin 2021

En l’espace de cinq ans, la ville de Dakhla s’est complétement métamorphosée. La perle du Sud qui était réputée pour ses attraits touristiques, devient aujourd’hui une destination privilégiée des investisseurs.



Terre d'opportunités en pleine mutation (Photo. DR)
Terre d'opportunités en pleine mutation (Photo. DR)
Grace à un mélange harmonieux entre mer et Désert, avec de longues plages de sable doré et de sable blanc, sans oublier un ensoleillement tout au long de l’année, la région de Dakhla Oued Eddahab s’est hissée parmi les sites touristiques les plus remarquables à l’échelle mondiale. Suite à l’essor qu’elle a connu ces dernières années, cette région qui s’étend sur une superficie de 130.898 km2, soit environ 20% du territoire national, est également devenue favorite des investisseurs marocains et étrangers.

​Si jadis, Dakhla attirait principalement les fanatiques des sports nautiques, aujourd’hui elle se présente comme une destination d’avenir en matière de développement durable, d’industrie et de prospérité économique de manière générale. Un élan qu’elle doit, premièrement, à sa position géographique qui lui confère le rôle de pivot et de plateforme d’échanges entre le Maroc et l’Europe via l’océan Atlantique d’une part, et entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne via la Mauritanie d’autre part, puis deuxièmement à la concrétisation efficace du nouveau modèle de développement des provinces du Sud.

Doucement… mais sûrement

« L’évolution de la région se fait doucement, mais sûrement », nous déclare Ynja Khattat, Président du Conseil de la région de Dakhla-Oued Eddahab. Depuis l’annonce du nouveau modèle de développement des provinces du Sud, en 2015, «plusieurs projets de développement, au niveau des infrastructures, des industries, de l’économie solidaire, ont été lancés, dont la concrétisation est complétée à 70%», explique la même source. L’enveloppe initiale de ce chantier de développement été estimé à environ 77 milliards de dirhams, aujourd’hui, son enveloppe atteint les 85 milliards de dirhams, avec en ligne de mire la mise en place d’un plan Marshal pour un développement socio-économique de tout le Sahara marocain. A l’aide d’une vision «très claire», la ville de Dakhla est devenue l’incarnation de la réussite du nouveau modèle de développement. «L’exploitation du potentiel économique de la ville, se trouve au centre de notre vision, où le Port Atlantique occupe une place majeure», nous confie Khattat (voir 3 questions à),ajoutant que «celui-ci va avoir le même rôle que celui de Tanger Med, vu son positionnement géostratégique qui le place en face de l’Amérique et son ouverture sur la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO)». Une vision partagée par Lamine Benomar, Wali de la région de Dakhla- Oued Eddahab, qui note que «toutes les villes à travers l’histoire se sont développées autour d’un port. La ville de Dakhla, passera également à un niveau supérieur de développement grâce à ce nouveau méga projet».

Epanouissement du tourisme

Portée par un programme de développement doté d’une dizaine de milliards de dirhams, dans lequel le tourisme occupe une position cruciale, la ville de Dakhla a connu durant les quinze dernière année une évolution marquante dans le secteur touristique. Si en 2006, la ville de Dakhla comptait à peine 6231 arrivées et 8650 nuitées, en 2019, les arrivées ont connues un rebond significatif atteignant 38690, les nuitées ont quant à elles dépassées les 161600. «En 15 ans, les arrivées à Dakhla ont donc sextuplé et durant les dix dernières années les nuitées ont progressé de plus de 400%», nous confie Boujida Mohamed Salem, directeur régional du tourisme et de l’artisanat à Dakhla-Oued Eddahab. C’est d’ailleurs grâce à cette dynamique que la ville de Dakhla a fait preuve d’une résilience extra ordinaire en ces temps de crise. En 2020 où presque toutes les villes du monde étaient touchées de plein fouet par les mesures restrictives, la bien nommée «porte d’entrée du Sahara marocain» a connue des taux de remplissage de 100% durant certaines périodes de l’année, précise notre interlocuteur, notant qu’avec la libération de la zone tampon d’El Guerguarat en novembre 2020, la région à même connu l’avènement d’un nouveau type de tourisme «patriotique », car bon nombre de Marocains ont commencé à visiter le Sud «pour montrer leur attachement à la marocanité du Sahara».
 
La résilience de la ville de Dakhla face à la crise va au-delà du tourisme. Forte de ses atouts maritimes importants, elle est parvenue à passer le test Covid avec des dégâts gérables. La filière de la pêche dans la perle du Sud, l’une des zones les plus poissonneuses dans le Royaume, est parvenue à tirer son épingle du jeu avec l’optimisation de la production, enregistrant ainsi des quantités de débarquement importantes par rapport à la même période de l’année écoulée. 

Avec un littoral maritime qui s’étend sur 667 km de longue, une baie d’une superficie assez rare qui va jusqu’au 400 km², une zone d’upwelling permanent et un climat assez particulie, la région Dakhla-Oued-Eddahab a pu assurer une production halieutique de 547.925,32 tonnes, soit l’équivalent de 2.092.680,25 KDH.

Bonnes perspectives d’emplois

Les victoires diplomatiques enregistrées par le Maroc et qui ont été couronnées par la décision des Etats-Unis de reconnaitre la souveraineté pleine et entière du Maroc sur son Sahara, permettront de drainer davantage d’investissements directs étrangers dans la région. En 2020, la commission régionale d’investissements a recensé pour 14 milliards de dirhams d’intentions d’investissement, avec des perspectives encore plus prometteuses en 2021. Des investisseurs américains ont d’ores et déjà annoncé leurs intentions de construire un parc éolien de 900 MW à Dakhla sur une superficie de 11.313 Ha, pour alimenter des serveurs dédiés aux technologies blockchain. Dans ce même sens, une trentaine d’auto-entrepreneurs et investisseurs marocains et étrangers ont effectué, du 28 au 30 mai, une visite de prospection dans la ville, en vue de découvrir les attraits touristiques et socio-économiques exceptionnels qu’offre cette région. 

«Ces projets ouvriront plusieurs opportunités de travail pour la population de la région où les jeunes de moins de 35 ans représentent plus de 65% de la force de travail», nous indique Ynja Khattat, Président du Conseil de la région de Dakhla-Oued Eddahab, qui ne manque pas d’optimisme quant au futur de la perle du Sud.

Cela dit, une chose est sûre, on n’est plus sur la ville de Dakhla d’il y a dix ans, où les opportunités se faisait rares comme des perles. Celle-ci est désormais une terre des opportunités et un futur hub régional et mondial au service du co-développement dans les domaines de l’industrie, de l’environnement, de l’énergie, du tourisme et de l’économie solidaire. Grace à une voie express qui démarre depuis Tiznit et s’étend sur 1055 kilomètres jusqu’à Dakhla, à un port qui occupera une superficie d’environ 6000 Ha, sans oublier les potentialités halieutique, touristique et énergétique prometteuses, la ville semble prête à desservir le continent africain, surtout dans ce contexte où le processus de mise en place de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) va bon train.

3 questions à Ynja Khattat, Président du Conseil de la région de Dakhla-Oued Eddahab

Dakhla, cette ville d’opportunités où il fait bon vivre
 
​«Le nouveau modèle de développement est une feuille de route pour capitaliser sur les acquis de la région»
- Quelle est la place de la région Dakhla Oued Eddahab dans le nouveau modèle de développement ?

- Le nouveau modèle de développement présenté, en mai, devant SM le Roi Mohammed VI, vient en quelque sorte mettre à jour le modèle de développement des provinces du sud, qui commence d’ores et déjà à porter ses fruits. La région de Dakhla Oued Eddahab a lancé une batterie de projets de développement, au niveau des infrastructures, des industries, de l’économie solidaire, dont la concrétisation est complétée à 70%. Il restait le grand projet du Port Dakhla Atlantique, dont les travaux débuteront prochainement, suite à la présélection de la société délégataire faite en avril dernier. Cela dit, il importe de noter que la ville de Dakhla doit son attractivité au modèle de développement des provinces du Sud, et le nouveau modèle de développement, qui concerne toutes les régions du Royaume, constitue pour nous une feuille de route pour capitaliser sur les acquis de la région.

- Le rapport du NMD avance qu’il y a toujours une prédominance des investissements publics dans les régions du Sud. Que pensez-vous de l’évolution des investissements à Dakhla ?

- Au niveau des investissements, il y avait une certaine réticence auparavant, mais aujourd’hui un nouvel élan a été donné à la région grâce aux grands projets structurants, tels que la voie express Tiznit-Dakhla, le raccordement de Dakhla au réseau électrique national, la facilitation des procédures administratives à travers la mise en place d’un seul guichet, le CRI, les différents forums organisés…l’investissement dans la région connait donc une grande impulsion, notamment dans le secteur du tourisme où le premier investisseur est le secteur privé. Le secteur de l’agriculture est également en pleine mutation et attire de plus en plus les acteurs économiques marocains et étrangers. Le secteur de la logistique connait également une évolution remarquable. La région a lancé le projet de deux zones logistiques, une première à El Guerguarat et la deuxième Berganduz, sans oublier la zone commerciale et logistique prévue au niveau du port, doté d’une surface de quelque 1000 hectares. On vient également inaugurer quatre unités industrielles pour la valorisation des produits de la pêche, ayant mobilisé un investissement global estimé à un milliard de dirhams, qui impliquent la création de près de 3.000 emplois directs. Donc, il est vrai qu’il y a 5 ans, l’Etat était le premier investisseur dans la région, toutefois aujourd’hui le constat est sans appel, Dakhla est devenue une destination favorite pour les entrepreneurs et les détenteurs de fonds.

- Comment voyez-vous le futur de Dakhla ?

- Il est important de souligner que le grand capital du Maroc c’est la stabilité, qui est un paramètre important pour attirer les investisseurs. De plus, les institutions du pays sont fortes et structurées. En comparaison avec d’autres pays de la région, le Royaume est très à l’avance et le climat d’affaire est très favorable à l’évolution. Dakhla peut donc devenir une plaque tournante vers l’Afrique, qui connaitra la présence d’acteurs économiques chinois, turcs, américains…qui peuvent soit faire une transformation de leurs produits ici au Maroc, soit profiter du port juste comme un tremplin vers l’Afrique. Il y a également plusieurs nouvelles industries qui pourraient émerger dans la région. Outre l’industrie de la pêche et l’industrie agro-alimentaire, j’estime qu’une raffinerie de pétrole, tournée sur l’Afrique pourra bien marcher à Dakhla, surtout avec le port qui va faciliter l’export. En somme, il est de l’évidence que toutes ces dynamiques créeront de la richesse économique et par ricochet auront un impact positif sur le développement de la région, faisant de la ville de Dakhla une success story économique et sociale.