Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Actu Maroc

Compagnies britanniques : Fortes ambitions pour le marché gazier au Maroc


Rédigé par A. CHANNAJE le Lundi 17 Janvier 2022

Alors que l’Europe peine à assurer un approvisionnement suffisant en gaz naturel pour ses usines, ses entreprises et ses ménages, le Maroc vise à multiplier sa propre production de gaz, souligne le Wall Street Journal.



Compagnies britanniques : Fortes ambitions pour le marché gazier au Maroc
Alors que la demande intérieure de gaz au Maroc augmente, le pays vise à accroître sa production tout en réduisant la dépendance à l’égard de l’énergie au charbon, offrant des allégements fiscaux aux sociétés d’exploration, a noté le média américain dans un article intitulé : « UK Firms Spearhead Morocco’s Gas Ambitions», publié le 14 janvier, et rédigé par Jaime Llinares Taboada. Plusieurs entreprises britanniques ont actuellement des projets pour développer les richesses gazières marocaines, ajoute la même source.

Potentiellement, poursuit le quotidien américain, une partie de cette production pourra approvisionner le Vieux Continent via le gazoduc Gazoduc Maghreb-Europe, qui traverse le Maroc et la Méditerranée jusqu’en Espagne, estime le Wall Street Journal, notant que le Maroc est, toutefois, loin d’être aujourd’hui un acteur majeur sur le marché du gaz.

« Il consomme environ 30 milliards de pieds cubes de gaz standard par an, contre 1.000 milliards de pieds cubes en Espagne », explique la même source, ajoutant que le Royaume est appelé, de plus, à importer la majeure partie du gaz qu’il utilise puisque la production actuelle est minime. Le journal US note, en ce sens, qu’environ 70 % de la production nationale est produite par l’entreprise britannique SDX Energy PLC.

Cependant, d’après le Wall Street Journal (WSJ), Sound Energy PLC, Chariot Ltd et Predator Oil & Gas Holdings PLC ont l’intention d’augmenter considérablement la production de gaz du Maroc, de répondre à la demande intérieure et d’exporter potentiellement l’excédent vers l’Europe. Parallèlement, le WSJ indique que la société américaine Conoco Phillips est arrivée, à son tour, récemment au Maroc pour y mener des activités d’exploration d’hydrocarbures.

« Le royaume offre des conditions fiscales très favorables aux entreprises, dont une exonération fiscale de 10 ans, et son marché intérieur devrait croître, stimulé par la consommation d’énergie industrielle. En outre, il vise à remplacer la production d’électricité au charbon par des centrales à gaz afin de réduire les émissions de carbone », a expliqué le média américain.

Feuille de route à l’horizon 2021-2050

Dans ce registre, le WSJ rappelle qu’une feuille de route nationale pour le développement du marché gazier du pays a été dévoilée en été 2021. L’objectif principal est de tripler la demande intérieure d’ici à 2040. Le WSJ fait allusion ici au Plan national pour le développement du gaz naturel 2021-2050 mis en place dans le cadre de la stratégie énergétique nationale. Un Plan qui jette les jalons du développement du gaz naturel pour les besoins industriels dans un premier temps, suivi des besoins domestiques, tout en poursuivant son développement pour intégrer les besoins de production d’électricité.

« Dans le cadre de cette stratégie, le gouvernement marocain a présenté une nouvelle réglementation pour le secteur gazier en aval et annoncé des plans de déploiement d’infrastructures supplémentaires de transport et de stockage du gaz », affirme le WSJ.

Cette nouvelle réglementation, faut-il le préciser, est relative notamment à la promulgation du projet de loi 94.17 relatif au secteur aval du gaz naturel, à l’élargissement des attributions de l’Autorité nationale de régulation de l’électricité afin de réguler le secteur du gaz naturel, à la mise en place d’un gestionnaire du Réseau de transport du gaz naturel marocain, ou encore à la réglementation des activités d’importation libre du gaz naturel de transport, de stockage et de distribution.

Les ambitions de Chariot …

Le journal US rappelle, en outre, que Chariot a annoncé, lundi 10 janvier 2022, qu’un puits d’appréciation à Anchois, situé au large de la côte Ouest du Maroc, avait confirmé la présence «d’importantes accumulations de gaz», y compris de nouvelles découvertes.

La société britannique a déclaré qu’il prévoyait de développer Anchois pour produire plus de 25 milliards de pieds cubes de gaz par an à partir de la fin de 2024. « Le projet nécessiterait des dépenses en capital d’environ 300 millions de dollars, et la société a déjà convenu d’un contrat de vente de 20 ans pour 15 milliards de pieds cubes de gaz par an », a écrit le WSJ. « Aujourd’hui, avec des prix du gaz considérablement plus élevés, Chariot s’efforce de faire d’Anchois le premier développement gazier offshore du pays », a souligné le journal.

« Nous pouvons vendre le produit localement, soit pour l’électricité, soit pour l’industrie. Et tout excédent de gaz que nous pouvons attacher au gazoduc GME et l’envoyer sous la Méditerranée en Espagne », a déclaré au WSJ Adonis Poroulis, directeur général de Chariot.

…et de Sound Energy

Sound Energy a également l’intention de capitaliser sur cette infrastructure existante pour acheminer le gaz de son projet Tendrara dans l’Est du pays, où la population est clairsemée, jusqu’aux clients du Nord-Ouest. Tout d’abord, Sound Energy prévoit de développer un petit projet de gaz naturel liquéfié pour transporter le carburant par camion, générant ainsi des liquidités. La société a déjà signé un accord de vente pouvant atteindre 3,5 milliards de pieds cubes de GNL par an avec Afriquia Gaz SA.

La deuxième phase du développement de Tendrara est plus importante et consiste à construire un gazoduc d’une capacité de 24 milliards de pieds cubes par an pour connecter les puits au GME (Gazoduc Maghreb-Europe), qui s’étend sur 120 kilomètres au Nord. Cette phase du projet est estimée à environ 250 millions de dollars.

En novembre, les actions de Sound Energy ont augmenté après avoir annoncé un contrat de vente de 10 ans avec la compagnie nationale d’électricité du Maroc pour jusqu’à 12 milliards de pieds cubes de gaz par an.

Sound Energy travaille également pour compléter un montage financier pour la deuxième phase du projet cette année. Cela pourrait permettre à la production de commencer vers la fin de 2024, les flux étant canalisés via le pipeline GME.

Focus sur le gazoduc Maghreb-Europe

Le Gazoduc Maghreb-Europe peut transporter plus de 400 milliards de pieds cubes de gaz par an. Il est utilisé par l’Espagne pour importer du gaz d’Algérie depuis 1996. En 2020, 139 milliards de pieds cubes de gaz ont atteint le réseau espagnol par son intermédiaire. Ce qui représente, selon le WSJ, 38% du total des importations algériennes du pays et suffisamment pour répondre à 11% de la consommation espagnole.

« Cependant, à l’automne 2021, l’Algérie a décidé de cesser d’envoyer du gaz vers l’Espagne via le gazoduc GME après avoir rompu les relations diplomatiques avec le Maroc. Le pipeline est resté inutilisé depuis le 1er novembre, mais cela pourrait changer à l’avenir si le Maroc développe suffisamment de gisements de gaz », a estimé le média US.

Faut-il souligner, enfin, qu’en terme d’impact de la fermeture du GME, d’après les dernières données d’Enagas, société espagnole qui gère le réseau de transport européen et qui exploite le réseau de gaz du pays, le flux de gaz par Tarifa via le MGE était nul en décembre 2021 alors qu’il atteignait 6.236 GWh en décembre 2020. Un flux qui n’a été compensé qu’en partie par le Gazoduc Medgaz via Almeria, et qui ne couvre que 23% de la demande de gaz en Espagne. 


A. CHANNAJE 


Les prévisions de la consommation de gaz naturel
 
Les experts de l’ONEE ont considéré que la demande des consommateurs finaux de gaz naturel serait de 1,1 milliard de mètres cube en 2025, de 1,7 milliard de mètres cube en 2030 pour atteindre 3 milliards de mètres cube en 2040. C’est ce qui ressort de l’Avis du Conseil de la Concurrence concernant le projet de loi n° 94.17 relatif au secteur aval du gaz naturel.

Ces estimations concernent la consommation de gaz naturel destinée à la génération électrique, au secteur industriel et au secteur du transport. Pour la production d’électricité, les besoins en gaz naturel sont estimés à 0,3 milliard de mètres cube en 2025, à 0,7 milliard de mètres cube en 2030 et à 1,4 milliard de mètres cube en 2040.

L’ONEE, seul consommateur de gaz existant actuellement, continuera de représenter environ 40 à 45% de la demande de gaz naturel à l’horizon 2030-2040. La demande des industriels en gaz naturel est appelée à croître, notamment dans le cadre de la stratégie de décarbonation. Les besoins de l’industrie sont estimés à 0,6 milliard de mètres cube en 2025, à 0,7 milliard de mètres cube en 2030 et à 1,4 milliard de mètres cube en 2040.