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Commémoration : Abdel Karim Ghellab, combattant et homme de lettres


Rédigé par Abdelkader EL IDRISSI le Dimanche 15 Août 2021

Feu Abdel Karim Ghellab a rejoint la grâce de Dieu le 14 août 2017, et nous a laissé des empreintes intellectuelles, culturelles, littéraires et historiques de grande valeur.



Commémoration : Abdel Karim Ghellab, combattant et homme de lettres
Il convient de s’y référer de temps en temps pour se renseigner sur l’Histoire du Maroc, pour s’arrêter sur les transformations que notre société a connues pendant la période coloniale, et savourer la beauté de la créativité littéraire, de la splendeur de la narration et de l’éclat de l’art du roman.

Malgré la diversité des domaines où M. Ghellab s’était montré prodigue, il était resté le combattant patriotique qui traite l’action politique partant de la base morale et des valeurs nationales.

Il dit dans son livre « L’injuste vieillesse », qui est l’un de ses quatre livres autobiographiques : « Je ne me suis pas séparé de l’action politique depuis ma prise de conscience, et j’avoue que l’émotion nationale a retenu ma réflexion et mon travail politique, particulièrement quand il s’agit du Maroc ou du monde arabe, ou de tout ce qui touche au colonialisme sous ses formes ancienne et nouvelle. Je reconnais que la liberté a commandé ma pensée politique pendant une longue période, car c’est le cadre qui a prévalu sur ma vision et mes exercices depuis la Koutla de l’action nationale. Et sous l’influence de la liberté, j’ai écrit ce que j’ai écrit pendant de nombreuses années de ma vie de journaliste, mais j’avais et j’ai toujours foi en la liberté saine, consciente et émanant des profondeurs du peuple, le plus sain cadre régulateur de l’action politique. La pensée, la théorie et la pratique ont besoin d’une organisation politique qui garantit la démocratie intellectuelle et pratique, et garantit l’opinion et la liberté d’opinion de l’autre ».

C’était là un écrivain, penseur et théoricien, et tout écrivain n’est un penseur et un théoricien. Il a vécu pour les idées qu’il avait assimilées au sein de la cellule de la Koutla de l’action nationale, et qu’il avait reçues de ses professeurs pionniers, Allal El-Fassi, Abdel Aziz Bendriss, Mohammad Benabdallah et Hachmi Filali, et il les avait développées avec ses lectures approfondies dans les domaines de la connaissance. Il y avait injecté un nouvel esprit par la pratique, l’expérience, l’ouverture à son époque, et par le long exercice dans les domaines du militantisme politique, de l’action journalistique et de la créativité littéraire.

Abdel Karim Ghellab était un penseur politique et un combattant patriote alors même qu’il écrivait le roman et la Nouvelle et plongeait dans les études culturelles et les recherches islamiques. Il était, également, chercheur en Histoire nationale, subjugué par la tendance historique alors qu’il était en plein dans l’écriture d’un roman. Par conséquent, il enregistrait des caractéristiques de l’Histoire sociale et politique sous une forme artistique qui faisait parvenir le message au lecteur. 

Dans son roman « La terre est or », il relatait la souffrance des citoyens des zones rurales dont les terres ont été spoliées par le colonialisme. Il faisait ainsi découvrir les méthodes utilisées par ceux qu’on appelait « les colons », cependant qu’ils étaient les démolisseurs-usurpateurs. Ce caractère englobait toutes ses oeuvres « romantiques », car il était dans tous les domaines de son activité un historien, directement ou indirectement.

Cette passion pour l’Histoire nationale, et ce penchant pour la recherche dans les reliefs de la réalité marocaine, ont fait d’Abdel Karim Ghellab un écrivain de grande envergure.

Suivons-le alors qu’il raconte au lecteur sa relation avec l’Histoire, dans son livre « L’injuste vieillesse » où il dit : J’étais finalement fasciné par l’Histoire politique du Maghreb arabe. Chaque fois que je lisais un livre sur l’Histoire des anciens et des modernes, je me trouvais devant un manque flagrant dans le concept de l’Histoire, une fragmentation de l’Histoire, devant une attirance pour ce que les étrangers écrivaient, même après des efforts de discussion, une attirance pour des romans qui tiennent souvent des chimères, dans une simplification (outrancière) de l’Histoire, sans la mettre dans son arrière-plan et ses résultats... Je ne suis pas historien de profession ou de diplôme, comme le sont peut-être la plupart de ceux qui ont écrit l’Histoire, mais j’ai décidé d’écrire « Nouvelle lecture dans l’Histoire du Maghreb arabe ». J’ai commencé la tentative en publiant la première partie. J’affirme que le sujet accapare mon plus grand intérêt et plus de mon énergie, mais j’y retrouve mon égo défiant.

Les trois parties de ce livre ont été éditées par la Maison de l’Occident Islamique à Beyrouth, dans une édition élégante et attrayante, et je me suis consacré à sa lecture deux fois, la première à l’arrivée du livre au Maroc, et la seconde lors de la première phase du confinement que j’espère sera la dernière. Et je me suis trouvé en présence de Abdel Karim Ghellab, le penseur, le théoricien et l’analyste historique en quête de vérités pures. Ce livre résume son auteur, pour ainsi dire.

J’espère donc que le ministère de la Culture, ou l’Institut Royal de Recherche en Histoire du Maroc relevant de l’Académie du Royaume du Maroc, rééditent ce livre, qui devrait être diffusé dans les pays du Maghreb.
 
Abdelkader EL IDRISSI

 



Il y a 4 ans disparut le combattant et homme de lettres Abdel Karim Ghellab

 
Militant de la première heure et engagé pour l’indépendance du Maroc, Abdel Karim Ghellab est l’auteur d’une oeuvre importante et a longtemps dirigé le quotidien Al Alam. Rappel d’un parcours intellectuel et militant. Le 14 août 2021 marque le quatrième anniversaire de la disparition du journaliste et homme de lettres Abdel Karim Ghellab.

C’est là une occasion de s’arrêter sur l’itinéraire d’un pionnier à la vie bien remplie. Destiné à l’action patriotique, après sa naissance à Fès en 1919, il reçut sa première éducation dans des écoles privées, pour rejoindre ensuite l’Université d’Al Qaraouiyyine où déjà, en 1932, il contribua à la lecture du «Latif », après la promulgation du dahir berbère.

Après son emprisonnement en 1936, Abdel Karim Ghellab se rendra dans la capitale égyptienne, Le Caire, en octobre 1937, où il intègre la Faculté des Lettres, qui est une période florissante de sa vie, car il y sera un des élèves du doyen de la littérature arabe Taha Hussein, notamment en 1941.

Le destin a voulu qu’en 1959 Taha Hussein rencontre, à Rabat, son étudiant marocain brillant, alors qu’il était cadre au ministère des Affaires étrangères. Revenant sur la période du Caire dans la vie d’Abdel Karim Ghellab, il y a lieu de signaler son action politique consistant à faire prendre conscience de la cause du Maroc et sa nécessaire indépendance, dès le début des années 1940.

Il participa avec ses collègues marocains à la création de la «Ligue de défense de Marrakech» en 1943, laquelle avait soumis, en janvier 1944, un mémorandum aux ambassades alliées et au gouvernement égyptien appelant à l’indépendance du Maroc. Il fut choisi par ses collègues marocains, algériens et tunisiens comme Secrétaire général de la Conférence du Maghreb arabe tenue en 1947, prélude à la naissance du «Bureau du Maghreb», qui a mené la lutte pour l’indépendance du Maroc, de l’Algérie et de la Tunisie.

A son retour au Maroc en 1948, il a dirigé la rédaction du magazine «Le message du Maroc» et a travaillé comme journaliste au journal «Al-Alam», jusqu’à la suspension de celui-ci par la Résidence générale française en décembre 1952, année au cours de laquelle il intégrera la direction du Parti de l’Istiqlal. Il fut arrêté le 21 août 1953, quelques heures après l’exil du Sultan Mohammed Ben Youssef.

Après l’indépendance, il fut nommé ministre plénipotentiaire, mais le travail diplomatique n’était pas pour lui plaire, il démissionna de son poste et retourna travailler à «Al-Alam» en tant que rédacteur en chef, en janvier 1959, et l’année suivante il en est devenu le directeur jusqu’en 2004, année de sa démission. Il fut élu premier secrétaire général du Syndicat national de la presse marocaine, et retourna en prison en 1969 en tant que directeur d’ « Al-Alam», suite à la publication d’un article dans lequel il prêchait pour la souveraineté de la Nation.

De 1968 à 1976, il présida l’Union des écrivains marocains. En 1993, il fut élu à la Chambre des Représentants. L’homme de lettres Abdel Karim Ghallab a été l’auteur de 72 livres de plusieurs genres et a remporté le Prix du livre marocain à trois reprises.