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Environnement

Cinquantenaire de la traversée de l’Atlantique sur un bateau en papyrus


Rédigé par O.A le Dimanche 17 Mai 2020

Il y a cinquante ans, Hajj Madani Ait Ouhanni prenait part à une expédition scientifique norvégienne qui a rallié Safi aux iles caraïbes à l’aide d’un bateau un papyrus. Retour sur une expédition historique qui a prouvé que des civilisations anciennes étaient capables avec les moyens de l’époque de traverser l’Atlantique vers les Amériques bien avant Christophe Colomb.



Il est âgé de 81 ans, il est Marocain de Safi et il est aujourd’hui le dernier témoin encore en vie d’une fabuleuse aventure qui a débuté le 17 mai 1970. À l’époque directeur de plusieurs établissements touristiques dont celui où étaient hébergés les membres de l’équipage de l’expédition "Ra II", Hajj Madani Ait Ouhanni s’est retrouvé embarqué -un peu par hasard- dans une aventure épique quand des membres de cette expédition maritime et scientifique se sont désisté pour des raisons personnelles. L’expédition qui préparait son départ depuis la ville se Safi n’était pas un projet de promenade de tout repos. Dirigée par l’explorateur norvégien Thor Heyerdahl, l’épopée avait pour ambition de démontrer que des civilisations anciennes étaient capables de traverser l’Atlantique en utilisant de simples bateaux en papyrus. En traversant l’océan à l’aide d’un bateau d’une autre époque, l’équipage pouvait ainsi démontrer que la découverte du continent américain aurait pu se faire bien avant le voyage de Christophe Colomb.

Un départ sur un coup de hasard

"Je me souviens que cette défection me donna l’occasion pour convaincre Thor Heyerdahl, avec qui je me suis lié d’une profonde amitié, de choisir un Marocain pour faire partie de l’aventure. À la fin, le choix de Thor tomba sur moi" raconte Hajj Madani Ait Ouhanni en précisant qu’il n’a pas hésité à accepter cette invitation afin de saisir une occasion unique d’inscrire le nom du Maroc dans les annales de l’histoire. C’est ainsi que l’expédition avait commencé le 17 mai 1970 à bord d’une embarcation en papyrus construite selon la pure tradition de l’Égypte antique : pas le moindre clou, l’eau potable conservée dans des cruches en terre cuite, et avec pour uniques appareils, un instrument pour mesurer le temps à la manière des anciens Égyptiens, et une boussole pour s’orienter.

Un esprit d’équipe à toute épreuve

"Le périple avait atteint ses objectifs et nous sommes parvenus aux Îles Barbade (Caraïbes) le 12 juillet, soit après 57 jours de navigation maritime, et 6.400 km parcourus", se remémore Lhajj Madani Ait Ouhanni. En plus de prouver que les anciens Égyptiens auraient pu être les premiers à découvrir le continent américain, 5000 ans avant Christophe Colomb, et à y laisser leurs empreintes dans la conception et la construction des pyramides, l’expédition avait aussi permis de mesurer la pollution de l’océan Atlantique. Grâce à Heyerdahl, la communauté internationale avait interdit en 1972 le déversement d'huiles usagées en pleine mer. La réussite de cette aventure a été garantie par la cohésion d’un équipage qui n’avait pas froid aux yeux. "Les membres de l’équipage, composé de 08 hommes, appartenaient à différentes nationalités et confessions, mais formaient une équipe soudée et unie par le même objectif : accomplir jusqu’au bout notre mission et notre rêve" précise Hajj Madani Ait Ouhanni.

Accomplissement et reconnaissance

"Nous arrivâmes sains et saufs à notre destination en dépit de la houle, des pluies tropicales, des tempêtes, de la faim, de certaines complications de santé, de la tension, du stress et de la peur de l’échec" explique le Safiote natif de Marrakech en précisant que l’équipe avait vécu les pires moments lorsque le gouvernail de l’embarcation se brisa. L’équipage avait néanmoins atteint son objectif et sa mission était accomplie. Interrogé sur les moments forts qui l’ont marqué durant sa vie, Hajj Madani se rappelle, avec émotion et fierté, d’avoir eu le privilège d’être reçu par Feu Sa Majesté Hassan II et décoré par le président égyptien Jamal Abdennasser en compagnie des autres membres de cette expédition. Hajj Madani évoque avec fierté la lettre Royale adressée par Feu Sa Majesté Hassan II à Thor Heyerdahl, dont il garde soigneusement une copie. Dans cette lettre, le regretté Souverain avait exprimé Sa joie "d'avoir pu assister à vos préparatifs, d'avoir encouragé votre initiative, de vous avoir permis de réaliser votre ambition à partir de nos côtes et d'avoir manifesté Notre confiance à votre projet et Notre joie à votre succès, en associant un de nos concitoyens à votre entreprise".

Le 50è anniversaire de ce grand périple est célébré ce dimanche par l’Ambassade de la Norvège au Maroc. En tant que témoin vivant de cette expédition, Hajj Madani compte pour sa part publier ses souvenirs dans un livre à paraitre prochainement.