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Actu Maroc

Chacun pour soi et le corona pour tous

Une interdépendance sans solidarité


Rédigé par Abdallah BENSMAIN le Mardi 24 Mars 2020

Une victime inattendue de la pandémie du coronavirus qui sévit pourrait bien être le fameux« village planétaire » qui s’est imposé aux nationalismes les plus bornés, aux pays les plus fermés.



Chacun pour soi et le corona pour tous
Aucune frontière ne semble plus en mesure de protéger les peuples. La Chine, Cuba, la Russie, la Corée du Nord qui passaient pour des pays fermés au monde n’ont pas échappés au mal insidieux qui s’est propagé à travers la planète, n’épargnant aucun pays, ni aucun continent. Certes, la Corée du Nord n’a pas annoncé de cas déclaré sur son territoire mais a mis en quarantaine les diplomates présents sur son sol, comme elle a refusé l’aide américaine pour combattre le mal, une aide également refusée par l ‘Iran et la Chine qui fut mise en confinement au début du déclenchement de la pandémie.

Cette mise au ban de la Chine qui fut dénoncée comme l’origine et le foyer propagateur de la pandémie a montré que la mondialisation heureuse est une utopie, mais, surtout, sans solidarité.

Edgar Morin affirme ainsi, avec raison, que « la mondialisation est une interdépendance sans solidarité. Le mouvement de globalisation a certes produit l’unification techno-économique de la planète, mais il n’a pas fait progresser la compréhension entre les peuples ».

Les relations humaines sont bouleversées mais personne ne peut en mesurer l’ampleur pour l’avenir. Au-delà des comportements immédiats d’évitement dictés par la crainte d’être contaminés des uns et des autres, il n’est pas dit que les séquelles seront superficielles.

Elles ne disparaitront pas avec la victoire sur le coronavirus et l’épidémie qu’il propage naturellement également dans les esprits. La fermeture des frontières entrainera aussi celle des coeurs et, bien entendu, des esprits, préparant le terrain propice au souverainisme économique, comme le défendent des pays tels que la France qui en appelle à la relocalisation des industries implan-tées dans des pays étrangers.

L’expression « America First » de Donald Trump est un mot d’ordre qui s’accompagne de menaces à l’encontre des entreprises américaines qui ne relocalisent pas et ne créent pas d’emplois à l’intérieur des Etats-Unis même.

La Chine qui était et reste encore – pour combien de temps encore? – l’usine du monde devrait sentir le souffle du boulet. Les déclarations récurrentes de membres du gouvernement français sur la nécessaire relocalisation de l’industrie française placent le Maroc, avec ses ambitions de devenir l’usine de l’Europe voire de l’Asie pour l’Afrique et son environnement immédiat, dans une position similaire à celle du dragon asiatique.

La différence avec la Chine est que le Maroc sensibilise ses partenaires à des colocalisations gagnant-gagnant et non à des délocalisations pures et simples. Dernière élément enfin de cette logique de repli sur soi : le G7 entend chercher des solutions communes mais… pour combien de temps encore ?
 
Abdallah BENSMAIN