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Casablanca : Tentatives d’anéantissement de l’ultime bastion de la middle-class d’Anfa Supérieur


Rédigé par Kenza AZIOUZI le Dimanche 22 Novembre 2020

A l’heure où le patrimoine architectural de Casablanca subit assaut sur assaut, celui humain et sociétal, constitué par les habitants originels de certains quartiers mythiques de la métropole, n’est pas non plus épargné.



Casablanca : Tentatives d’anéantissement de l’ultime bastion de la middle-class d’Anfa Supérieur
C’est l’histoire d’un immeuble pas comme les autres. Un immeuble cerné de demeures fastueuses au cœur du quartier huppé et verdoyant d’Anfa Supérieur à Casablanca. Nous avons nommé la résidence FLOREAL, dernier bastion de la middle-class casablancaise dans ce quartier fortuné, qu’on essaie depuis un certain temps de vider de ses habitants originels et donc, de son âme.

Riche de sa longue histoire jalonnée d’épisodes historiques, le FLOREAL a été fondé en 1938, dans le voisinage immédiat du mythique hôtel d’Anfa qui a accueilli en 1943 la célèbre conférence éponyme en présence de leaders de la trempe de Franklin Roosevelt, Winston Churchill, Charles De Gaulle et le regretté souverain marocain, feu Mohammed V.

Propriété de Gabriel Laviron qui en confia la conception et la réalisation au célèbre et très prolifique architecte français et casablancais d’adoption, Marius Boyer, connu entre autres pour la conception de l’hôtel de ville, actuel siège de la Wilaya de Casablanca, ainsi que de l’immeuble du Comptoir des Mines et bien d’autres bâtiments du riche patrimoine architectural casablancais, le FLOREAL est un joyau d’esthétisme et d’architecture qui a traversé les âges, sans perdre ni de son aura, ni de son charme.  

Mais au-delà de son esthétisme et de la solidité de ses structures, cet immeuble est surtout le berceau d’un certain art de vivre casablancais, actuellement menacé. Ayant abrité parmi ses murs plusieurs générations de Casablancais de la classe moyenne haute, dont des artistes connus et moins connus, des hommes politiques, des commis de l’Etat et de simples anonymes, marocains de souche ou d’adoption, le FLOREAL s’est forgé au fil des ans une véritable âme et une aura singulière qui détonne avec son voisinage composé de villas luxueuses cernées de hautes murailles. 

Et ce sont justement ces tranches de vie, heureuses ou malheureuses, trépidantes ou simplement anodines, qui se retrouvent aujourd’hui menacées d’expulsion depuis que l’immeuble a changé de mains pour se retrouver dans l’escarcelle d’une entreprise de promotion immobilière. 

Sous le prétexte que ses fondations menacent ruine et de l’urgence de travaux de maintenance, ces hommes et ces femmes, pour la plupart séniors et dont la doyenne est âgée de 95 ans, appréhendent de se retrouver à la rue, loin de leur fief de cœur.

Leur litige soumis actuellement aux tribunaux approche de son règlement. 

Et la justice finira par trancher en faveur de l’une ou l’autre partie. Mais en attendant, les locataires du FLOREAL lancent un SOS aux pouvoirs publics pour que leurs doléances et surtout leurs solides arguments, soient pris en compte. 

Kenza AZIOUZI

Encadré

Un immeuble en parfait état de conservation
Parmi leur longue liste de griefs, les habitants du FLOREAL appréhendent leur expulsion sous le prétexte de travaux de réfection qu’ils jugent parfaitement inutiles et motivés par la seule volonté de justifier une augmentation faramineuse des frais de location. Augmentation qui aura pour effet d’acculer la plupart d’entre eux à quitter leurs domiciles. Pour leur défense, ils invoquent les conclusions de l’expertise confiée au Laboratoire Public d’Essais et d’Etudes (LPEE) qui a confirmé le parfait état de conservation de leur immeuble qui ne nécessite que des travaux superficiels ne justifiant aucunement l’évacuation des lieux. Ils invoquent également l’acquittement régulier et continu de leurs charges de copropriété et de location, ainsi que l’abandon volontaire de l’immeuble par ses actuels propriétaires. Ils redoutent enfin que cet immeuble joyau du style art déco des années 1940 ne soit dénaturé en vertu d’une étrange autorisation délivrée par les autorités locales aux actuels propriétaires.

  


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