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Casablanca-Rabat : Le tramway, un mode qui a trouvé son public dont la moitié sont des femmes


Rédigé par Chaimae BARKI le Vendredi 12 Novembre 2021

Les résultats de l'évaluation ex-post des lignes de tramways de Casablanca et Rabat-Salé, 10 ans après leur mise en service, révèlent que la moitié des passagers des lignes de tramways de Casablanca et Rabat-Salé sont des femmes. Détails.



Casablanca-Rabat : Le tramway, un mode qui a trouvé son public dont la moitié sont des femmes
Après 10 ans de fonctionnement, une évaluation ex-post, menée avec le soutien de l’AFD et des deux maîtres d’ouvrages de Rabat Salé et Casablanca, a permis d’évaluer les impacts de ces deux projets sur la mobilité, les dynamiques urbaines, le lien social, l’égalité homme femme, l’environnement, le climat et l’activité économique. Ainsi, la moitié des passagers des lignes de tramways de Casablanca et Rabat-Salé sont des femmes, ressort-il des résultats de l’évaluation ex-post des premières lignes de ces tramways, présentés ce mercredi 10 Novembre 2021, lors d’un webinaire initié par l’Agence Française de Développement (AFD), sous le thème « le tramway comme système de transport de masse durable: Évaluation ex-post des tramways marocains ».

Les femmes, public Emblématique

« Les femmes préfèrent le tramway pour aller travailler, avec +70% à Casablanca par rapport aux hommes et +150% à Rabat-Salé », a relevé Thomas Delahais, consultant et expert en évaluation à Quadrant Conseil, qui présentait les résultats d’une enquête de l’évaluation des tramways.

D’après l’expert, les femmes sont prêtes à marcher plus pour atteindre une station de tramway, faisant remarquer une augmentation des usages occasionnels pour plus de raison (santé, proches, courses, loisirs..) dans plus de zones nouvelles. M. Delahais a, également, relevé que dans la zone de chalandise de la ville de Casablanca, 13,5% des femmes optent pour le tramway contre 7,5% des hommes. Intervenant à cette occasion, le directeur général de Casa Transports, Nabil Belabed a indiqué que le tramway constitue un mode de transport très apprécié par les femmes, mettant en avant l’intérêt que portent les Casablancais et Casablancaises pour les deux lignes de tramway de la ville, notamment la deuxième, « dont le degré de croissance et de maturité a été bien plus rapide que ce que nous espérions initialement »a-t-il déclaré.

Vers une mobilité durable et digne

Après avoir présenté un bref historique du tramway de Rabat-Salé, la directrice générale déléguée de la Société du tramway de Rabat Salé (STRS), Loubna Boutaleb, a indiqué, pour sa part, que ce moyen de transport a eu « un vrai succès » au niveau de l’agglomération. Les deux projets de tramway ont eu des impacts sur les agglomérations qu’ils desservent, mais ils ont aussi permis de constituer un modèle de gouvernance et de financement pérennes pour les transports en commun au Maroc. C’est ce modèle qui s’applique en grande partie aux nouveaux réseaux de bus lancés en 2020.

L’enjeu, désormais, est ainsi l’articulation entre les différents modes pour permettre à un plus grand nombre d’habitants de Rabat-Salé et de Casablanca de bénéficier de conditions de mobilité durables et dignes, prélude essentiel au développement.

« Un moyen fiable »

Avec respectivement 120.000 et 110.000 voyages par jour en 2018, les deux premiers tramways de Rabat-Salé et de Casablanca ont trouvé leur public, relève l’étude. « Le tramway, qui est emprunté quotidiennement par environ 110.000 voyageurs, a une immense popularité chez le citoyen qui, aujourd’hui, demande plus de lignes pour répondre à ses besoins de déplacement », a indiqué Mme Boutaleb.

A Rabat-Salé, 25% des Slaouis vivant dans le périmètre du tramway le prenaient en 2014 pour aller au travail, et 35% pour les études (hors marche à pied), les étudiants constituant près des deux tiers de la clientèle. Selon l’évaluation de l’AFD, les usagers sont prêts à marcher plus longtemps, et à des trajets très longs (8 km en moyenne à Casablanca, contre 3,5 à Rabat-Salé), précise-t-on.

Par ailleurs, l’étude lie ce succès à «la confiance dans un moyen fiable, sûr et digne, bulle apaisée, qui équivaut à la voiture pour ceux qui le prennent ». Dans ce sens, Antoine Chèvre, chef de projet Transport à l’AFD a relevé que les projets de tramways au Maroc sont « des succès » et un exemple en termes d’inspiration et de bonnes pratiques. Il a noté que le tramway d’aujourd’hui joue un rôle important dans la fourniture de services de transport en commun propres et confortables. « Grâce au tramway, ce mode de transport moderne avec des standards internationaux, qu’on a pu regagner cette image des transports collectifs », a-t-il souligné.

Les résultats de l’évaluation ressortent, également, que les tramways ont permis une requalification des espaces proches de ceux-ci, plus agréables à arpenter, plus sûrs, mais aussi une projection de la ville moderne (piétonne, aérée..) qui concerne aussi les quartiers populaires. Ce mode de transport a, en outre, des conséquences positives pour les quartiers traversés, permettant une « marchabilité », particulièrement à Casablanca, et une appréciation des habitants des conséquences sur les quartiers traversés, surtout à Rabat-Salé, selon les conclusions de l’évaluation.

Aussi, l’enquête relève que les projets de tramways ont été réalisés dans les temps et budget impartis, notant que leur exploitation est quasiment au petit équilibre (les recettes couvrent les dépenses d’exploitation), ce qui est une exception pour les systèmes guidés de masse.

Une et mille raison d'être optimiste...

Pour ce qui est des limites des tramways, l’enquête soulève le peu de mise en cohérence avec les politiques de mobilité urbaines, économiques et environnementales, ce qui bride les impacts possibles du tramway. 

Ainsi, bien qu’ils présentent à ce stade des impacts nuancés, les tramways actuels de Rabat-Salé et de Casablanca sont loin d’avoir démérité : le fait qu’ils soient empruntés, ne serait-ce que ponctuellement, par la majorité de la population, que les habitants en aient confiance, qu’ils s’y projettent « comme dans une voiture » sont des briques essentielles pour une reconfiguration plus large de la mobilité dans ces villes. Le niveau de service est resté très élevé sur une décennie désormais, un enjeu essentiel sera qu’il se maintienne à ce niveau, sur lequel les usagers sont particulièrement sourcilleux, et que cette qualité se diffuse aux nouveaux réseaux de bus, qui devront regagner la confiance des habitants pour tirer à terme les transports en commun vers le haut dans les deux villes.