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Monde

Baromètre Deloitte des CEOs africains : L’après-Covid-19 vu par les patrons africains


Rédigé par A. CHANNAJE le Vendredi 25 Septembre 2020

86% de chefs d’entreprises africaines sont confiants, tablant sur une reprise au cours du 1er trimestre 2021, selon baromètre des CEOs africains. 70% d’entre eux sont « très confiants », prévoyant une reprise dès le 3ème trimestre ou 4ème trimestre 2020.



Baromètre Deloitte des CEOs africains : L’après-Covid-19 vu par les patrons africains
La deuxième édition du baromètre des CEOs africains vient de paraître, mardi 22 septembre. Réalisée par l’Africa CEO Forum, qui fait partie de « Jeune Afrique Media Group », en partenariat avec le cabinet d’audit et de conseil Deloitte Afrique, cette étude intervient dans un contexte particulier, marqué essentiellement par cette crise sanitaire sans précédent.

Elle a été menée en deux temps. Un premier sondage a été opéré entre fin 2019 et début 2020 auprès de 150 chefs d’entreprises africains, dont des marocains, sur la situation en 2019 et les perspectives pour les années à venir. Un second a été réalisé auprès de 231 CEOs (Chief Executive Officer) en mai 2020 afin de mesurer les effets de la crise du Covid-19 sur l’activité de leur entreprise et le niveau de confiance dans l’économie du continent. Cette étude vise également à comprendre les mesures à court terme adoptées par les entreprises, et leurs effets structurels à long terme. Il en ressort, en premier lieu, que la pandémie a eu un impact fort sur le moral des dirigeants d’entreprises africaines qui ont vu leur activité chuter. 95% d’entre eux affirment avoir subi un impact négatif sur leur chiffre d’affaires. La chute de moral est particulièrement importante au sein des secteurs de la grande distribution, des services financiers et de l’énergie. Autre enseignement tiré de cette enquête : avant l’actuelle crise sanitaire, plus de 80% des CEOs étaient optimistes quant à la prospérité économique de leurs pays en 2020. Depuis le déclenchement de la crise, cette tendance s’est inversée : 75% des sondés sont désormais pessimistes pour 2020.

Quant à la rapidité de la reprise d’activité poste Covid-19, 70% de chefs d’entreprises africaines sont « très confiants », prévoyant une reprise dès le 3ème trimestre ou 4ème trimestre 2020. Alors que 86% sont « plutôt confiants », et tablent sur une reprise au cours du 1er trimestre 2021.

Les trois priorités

La priorité a été donnée au déploiement de nouvelles mesures de santé et de sécurité au travail afin de maintenir l’activité (réduction du nombre de salariés présents sur site, fourniture en équipement de protection aux employés, réaménagement des règles d’occupation des espaces de travail). La seconde priorité prise est la fourniture des outils et solutions informatiques favorisant la continuité des opérations qui ont rapidement été déployés (équipement du personnel, achats de box internet pré chargées, outils de Conferencing …). La crise Covid-19 conduit à une accélération de l’importance du digital dans l’amélioration de la vie et la modernisation de l’économie.

La flexibilisation des échéances financières est le 3ème volet d’urgence adopté, via la suspension ou la limitation des paiements et la négociation de lignes de financement.

Le rôle social de l’entreprise
L’enquête montre d’autre part que, pour 93% des sondés, la contribution à l’amélioration de la situation sociale des parties prenantes (employés et populations locales) fait partie de la stratégie d’entreprise. Le top management est souvent à l’origine de cette démarche d’inclusion sociale (67% des répondants). En effet, les dirigeants sont convaincus du rôle social de l’entreprise, portée par des valeurs fortes, telles que l’intégrité, la confiance et l’exigence de qualité. Il est demandé aux salariés d’appliquer ces valeurs, dont dépend la réputation des entreprises qui les embauchent, ce qui est d’autant plus vrai pour des groupes familiaux. Mais les dirigeants eux-mêmes paraissent également guidés par ces valeurs dans leur démarche sociale auprès de leurs salariés, à qui ils se doivent d’offrir un emploi digne et de qualité, souligne l’étude.

La ZLECA, un levier d’accélération de la croissance
L’enquête montre que les chefs d’entreprises africaines sont de plus en plus confiants dans le développement économique du continent à long terme (80% des répondants en 2020 contre 73% en 2019). Ils considèrent qu’un ralentissement économique mondial impactera négativement leurs opérations domestiques. Cet optimisme est néanmoins nuancé par un recul de la confiance à court terme, d’une part, à cause de la crise sanitaire, et, d’autre part, aux nombreuses échéances électorales qui se profilent sur le continent en 2020, est-il indiqué.

Ces disparités régionales perçues font ressortir avec plus d’acuité encore la nécessité de renforcer la coopération économique panafricaine, et de tendre vers une harmonisation économique toujours plus grande du continent. A cet égard, les répondants à l’étude partagent tous le même enthousiasme pour le projet de la zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), considéré comme un levier important d’accélération de la croissance. Ils partagent également, poursuit l’étude, la conviction que ce processus d’unification ne peut être porté exclusivement par les pouvoirs publics. Ils semblent, dans l’ensemble, sceptiques quant à la faisabilité d’un lancement effectif de la ZLECA à court terme.

L’étude estime aussi que le secteur privé doit nécessairement jouer un rôle complémentaire, et s’impliquer davantage dans les négociations entourant la création de la ZLECA, en appui et en coopération avec la puissance publique, est-il recommandé.

L’étude fait ressortir, par ailleurs, que la situation politique du continent, de l’avis des chefs d’entreprises africaines, s’est améliorée dans de nombreux pays, portée par de nouvelles élections, des transitions politiques pacifiques et de nombreuses réformes publiques engagées… Les chefs d’entreprises africaines estiment, cependant, que les freins au développement paraissent persister dans d’autres régions, comme la corruption, l’insécurité et les troubles politiques et civils.
 
A. CHANNAJE