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Actu Maroc

Audiences: La radio plus que jamais au poste


le Mardi 7 Avril 2020

Même confinés, les auditeurs marocains confirment leur attachement au média de la mobilité. Ils l’écoutent aujourd’hui massivement …à la maison et sur le poste.



Audiences: La radio plus que jamais au poste
Le Centre interprofessionnel de la mesure d’audience radio (CIRAD) a demandé à l’institut IPSOS de mesurer l’écoute de la radio pendant les premiers jours de confinement. Les résultats sont connus. Lieux et supports d’écoute : la radio déménage !  
 
Autoradio en chômage
Lié au confinement, le changement de lieu est radical. L’écoute au foyer progresse de plus de 15 points par rapport à la moyenne des sept premières semaines de l’année. En semaine, 91% des auditeurs écoutent la radio chez eux, au lieu de 75% en temps ordinaire. Coup de frein par contre pour la place de l’écoute en voiture, elle rétrograde de 17 à 9%. Sur le lieu de travail, l’écoute diminue aussi de moitié (de 9,3 à 4,4% des auditeurs). Dans les lieux publics, comme les cafés et restaurants actuellement fermés, la tendance est encore plus accentuée. A l’extérieur, la radio se déleste des deux tiers de ses auditeurs (de 8 à 3%).
 
Les modes d’écoute suivent naturellement le mouvement du changement de lieu.  L’interdiction de la plupart des déplacements en voiture réduit l’écoute via l’autoradio (de 15,5 à 8%), sans pour autant la faire disparaitre complètement. Et pour cause, puisque les transports de marchandises et les taxis, notamment, poursuivent leurs activités.

Le poste radio, qui est déjà habituellement le premier mode d’écoute, connait une embellie. L’écoute via le poste grimpe de 60 à 66,5%. L’usage du téléphone mobile augmente aussi (de 31 à 33%). L’audience sur supports numériques (via les applications, Internet sur ordinateur ou le téléviseur) passe de 7 à 6%. Le CIRAD y voit une conséquence vraisemblable de la baisse de l’écoute sur l’ordinateur du bureau.   
 
Audience et durée d’écoute stables
 Le nombre d’auditeurs à l’écoute de la radio pendant un quart d’heure moyen de la journée est stable : 1,981 millions de personnes. Elles représentent 7,32 % de la population des 11 ans et plus (8 % avant confinement).

Le média touche en moyenne chaque jour 13,235 millions d’auditeurs. Ils représentent 49% de la population des 11 ans et plus (retrait limité à 5 points).
En journée, la radio suit fidèlement sa courbe d’audience habituelle. L’écoute est renforcée de la mi-journée à 20h. En revanche, de 6h à 9h, elle fléchit et s’adapte au changement du rythme de vie lié au confinement.
 
En tout cas, l’auditeur confiné passe le même temps en compagnie de la radio qu’en période ordinaire, malgré les routines perturbées. En semaine,  la durée d’écoute moyenne de la radio par jour et par auditeur est de 2h51, contre 2h50 avant confinement.

S. MOULINE
 
*Résultats tirés des données collectées pour l’enquête permanente RADIOMÉTRIE MAROC sur les cinq derniers jours (Lundi-Vendredi) de la vague du 1er trimestre 2020 et les deux premiers jours de la vague du 2e trimestre 2020.

Trois questions à Jean Claude Fyon, expert des médias

Jean Claude Fyon
Jean Claude Fyon

Jean-Claude Fyon est expert des médias au Maroc. Il a notamment dirigé la radio Nostalgie-Belgique, puis accompagné les développements d’Aswat.
 
Que disent ces résultats ?
L’audience déménage sans s’évaporer. Le secteur craignait une perte sèche due à l’effacement de l’écoute en mobilité, ce n’est pas le cas. Les auditeurs reconfigurent leur consommation pour garder le contact avec ce qui est souvent à leurs yeux plus qu’une radio, un compagnon. La radio maintient son audience au quart d’heure moyen, alors qu’une part significative des auditeurs zappent le pic des matinales, simplement parce qu’ils dorment ! La stabilité, c’est déjà une performance.  
 
Quelle est la force de la radio en période de crise ?
La radio est une vraie source de connexion entre les gens. C’est « le » média du partage. Les auditeurs se mettent à jour, se détendent et parlent avec les membres de la communauté. Les standards sont submergés d’appels. Quand le monde pourrait se sentir comme un endroit plus solitaire, les voix connues des animateurs rassurent.
 
Faut-il s’inquiéter pour les radios face à la crise de la publicité ?  
Comme pour l’ensemble des médias privés qui n’ont que la publicité pour vivre. La radio indépendante représente un chiffre d’affaires annuel net estimé à 350 millions de dirhams. En mars, plusieurs opérateurs parlaient d’une perte de 40 %. Ce qui est perdu ne se rattrapera pas dans l’année. Les radios privées, qui ont entre 10 et 15 ans d’âge, n’ont pas terminé leur construction. Beaucoup restent économiquement fragiles. Toutes vont souffrir pour maintenir l’offre.

Recueilli par S.M.