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Analyse-Géopolitique : Entre Rabat et Belgrade, une alliance objective contre le séparatisme


Rédigé par Ahmed NAJI le Mercredi 29 Juillet 2020

Confrontés tous deux à des mouvements séparatistes, le Maroc et la Serbie entendent coopérer pour défendre ce qui leur tient le plus à cœur : leurs souveraineté et intégrité territoriale. Démystifier la propagande des séparatistes serait le grand œuvre commun.



Analyse-Géopolitique : Entre Rabat et Belgrade, une alliance objective contre le séparatisme
L’information, publiée par l’agence MAP il y a quelques jours, a été peu reprise par les médias nationaux. Le Maroc et la Serbie « sont déterminés à poursuivre leur coopération et coordination exceptionnelles au sein des organisations internationales à travers le soutien mutuel et la défense de leur souveraineté et leur intégrité territoriale», a déclaré Mohamed Amine Belhaj, ambassadeur du Maroc à Belgrade, dans un entretien à un journal serbe. Une semaine auparavant, c’était l’ambassadeur d’Algérie dans ce pays qui avait tenté d’y vendre le séparatisme polisarien.

Non-dits des médias

Généralement, l’image accolée aux Serbes dans les pays musulmans est celle de génocidaires, telle qu’elle leur a été inculquée par les médias occidentaux. Rares, par contre, sont ceux qui savent que les Serbes du Kosovo ont fait l’objet d’un nettoyage ethnique, en bonne partie chassés de leur villages, leurs églises détruites. Encore moins que l’Armée de libération du Kosovo, l’UCK, dissoute en 1999, est accusée de nombreux crimes contre l’humanité. La triste réalité est que personne ne peut prétendre avoir les mains propres dans les conflits armés qui ont enflammé les pays de l’ex-Yougoslavie. 

Il y a 21 ans, le 10 juin 1999 plus exactement, la campagne de « bombardement humanitaire » de l’OTAN contre la République fédérale de Yougoslavie a pris fin après 78 jours de frappes aériennes. C’était la première fois que les pays occidentaux ont eu recours au «fumeux» concept de «  Responsabilité de protéger », au prétexte que les Kosovars se faisaient massacrer par les Serbes.

Bizarrement, aucune résolution des Nations Unies à ce sujet ne fait état de frappes aériennes contre la Serbie, pour la simple raison qu’elles n’avaient aucune justification légale. Citer les bombardements de l’OTAN contre la Serbie revenait à reconnaître un acte d’agression contre un Etat souverain, ce qui est contraire au Droit international et à la Charte des Nations Unies. Mais il a fallu attendre que les avions de l’OTAN frappent l’ambassade de Chine à Belgrade, le 7 mai 1999, pour que l’opinion publique internationale commence à se poser de sérieuses questions sur la véracité des motifs invoqués par les pays occidentaux.

Étrange après-guerre

La guerre du Kosovo, entamée le 6 mars 1998, a duré, en tout, 1 an, 3 mois et 4 jours. Elle a constitué un véritable électrochoc pour la Russie, liée à la Serbie par une confraternité à la fois ethnique, slave, et religieuse, chrétienne orthodoxe. Moscou était alors trop faible pour réagir efficacement, comme il le fera plus tard en Syrie. Mais les frappes aériennes de l’OTAN contre la Serbie ont été pour beaucoup dans la perte d’illusions de la Russie sur les intentions des pays occidentaux et son retour en force, par la suite, sur la scène internationale.

Depuis lors, le statut du Kosovo, placé sous protectorat de l’ONU, est resté conflictuel, province autonome pour Belgrade, Etat indépendant depuis le 17 février 2008 pour Pristina et les pays qui l’ont soutenu. Il n’est toutefois pas reconnu par l’ONU. Plutôt que de céder à une solidarité religieuse non-justifiée, au vu de la nature mafieuse du mouvement séparatiste kosovar, le Maroc a préféré s’abstenir de reconnaître cette création artificielle de l’OTAN qu’est le Kosovo, qui y a installé un base militaire, le camp Bondsteel, 2ème plus importante installation militaire de l’Alliance atlantique en Europe. Ce site a été qualifié de « version réduite de Guantanamo » par un envoyé spécial du Conseil de l’Europe, en 2005.

Allant encore plus loin que le Maroc, qui n’est pas prêt de céder ne serait-ce qu’un pouce de son territoire, mais qui n’est pas confronté, non plus, à des différences ethniques et religieuses dans ses régions du Sud, la Serbie s’est dite prête à partager le Kosovo selon des critères ethnico-religieux, les Serbes chrétiens d’un côté, les Albanais musulmans de l’autre. 

Tout pour rien 

Alexandar Vucic, actuel président de la Serbie, est un europhile affiché. Pour donner des chances à son pays de se faire accepter au sein de l’Union Européenne, à laquelle une demande d’adhésion a été présentée, le 22 décembre 2009, et officiellement reconnu comme candidat, le 12 octobre 2011, il voit la solution au conflit dans un échange de territoires entre la Serbie et le Kosovo, la première gardant la partie où se trouvent des monastères chrétiens datant du Moyen âge, l’autre les villages à majorité albanaise musulmane. 

Les radicaux kosovars travaillent, cependant, depuis longtemps à rendre cette solution caduque, ayant brûlé 36 églises et monastères et expulsé les habitants serbes chrétiens, dans d’horribles pogroms, en 2004. Maintenant, HashimTaçi, président du Kosovo depuis le 7 avril 2016, officiellement inculpé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité contre des civils serbes et des Albanais qui ne partagent pas son radicalisme par la Tribunal spécial pour le Kosovo, le 26 juin 2020, réclame tout simplement les villages à majorité albanaise de la Serbie, sans rien vouloir donner en échange.

Intérêts similaires

Avec la réputation qu’ont taillée les médias occidentaux aux Serbes, qui ne sont pas non plus des anges, faire entendre leur cause dans le monde arabe est plus que problématique. Pour venir à bout de réflexes conditionnés par un incessant bourrage de crâne médiatique, un pays arabe également confronté à un séparatisme manipulé de l’étranger est un atout majeur pour Belgrade. Encore plus quand il s’agit, comme c’est le cas du Maroc, d’un pays associé à l’Union Européenne et allié de l’OTAN. 

Pour le Maroc, c’est toute la sphère culturelle slave orthodoxe qui peut être ainsi ciblée par une action de soft power. La Russie a perdu toute ambition géopolitique d’un resserrement de ses relations avec une Serbie qui regarde franchement vers l’Ouest. Mais les attaches religieuses et culturelles entre Serbes et Russes sont bien plus solides qu’il n’y paraît. Un coup de pouce de Rabat à Belgrade serait comme un clin d’œil à Moscou.

Du côté de la Turquie, franche partisane de la Grande Albanie, incluant le Kosovo, et semeuse de troubles en puissance en Libye, où elle déverse ses mercenaires islamistes aguerris en Syrie, le message sera également bien compris. 

Ahmed NAJI
 

  


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