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Ahmed Ghayet : « Nous devons unir nos forces et agir pour ne pas laisser le terrain aux haineux »

Entretien avec Ahmed Ghayet, Président de l’association « Marocains Pluriels »


Rédigé par Safaa KSAANI le Mercredi 4 Novembre 2020

En ces temps troubles marqués par la recrudescence de la haine, l’intolérance et le rejet de l’autre, des jeunes militants associatifs ont organisé une rencontre à l’église Notre Dame de Lourdes à Casablanca dédiée à la tolérance et au vivre-ensemble. Ahmed Ghayet nous en parle



Ahmed Ghayet : « Nous devons unir nos forces et agir pour ne pas laisser le terrain aux haineux »
- De jeunes militants des associations «Marocains Pluriels» et «Les 109» ont rendu visite, dimanche 1er novembre, à la paroisse Notre Dame de Lourdes de Casablanca, en témoignage de l’attachement au vivre-ensemble entre musulmans et chrétiens. Quel commentaire en faites-vous ?
- J’ai beaucoup aimé l’esprit de cette initiative, c’est pourquoi je m’y suis impliqué dès le départ. J’ai aimé que ces jeunes s’impliquent de cette façon. Cela montre que notre culture ancestrale de vivre-ensemble et d’ouverture est bien vivace et ne se conjugue pas au passé. Notre jeunesse en est la belle héritière et prend le relais. Tout être humain ne peut que s’indigner lorsqu’un tel crime est commis. D’ailleurs, la communauté chrétienne avait montré son soutien lorsque des musulmans avaient été tués dans une mosquée en Nouvelle Zélande. Que nos jeunes manifestent leur compassion et présentent leurs condoléances est signe que les valeurs que nous portons – en tant que Marocains, en tant que Musulmans- sont ancrées chez les nouvelles générations.

- Face à la montée des violences et à l’assimilation de l’Islam au terrorisme, le combat contre l’intolérance et le fanatisme est-il prêt d’être gagné ? Qu’est-ce qui motive cette tendance ?
- Ce combat n’est jamais gagné, c’est une lutte de toujours.C’est pourquoi je crois aux vertus de l’éducation, de la culture, de l’ouverture sur l’Autre. Nous ne pouvons laisser nos jeunes seuls face aux semeurs de haine, seuls face à ceux qui les embrigadent, qui leur « mangent » le cerveau, notamment via les réseaux sociaux. De plus, utiliser une religion, quelle qu’elle soit, pour commettre de telles atrocités est un acte criminel, les religions mènent vers la paix, l’amour d’autrui… hélas, la méconnaissance, l’ignorance parfois, la manipulation des plus fragiles à des fins qui sont tout sauf religieuses, mêlées à l’apparition des nouvelles technologies - et surtout leur mauvaise maîtrise - nous conduisent à ces dérives de haine, de violence, de rejet.

- Êtes-vous optimiste quant à l’amélioration des liens entre les trois religions monothéistes ? 
- Oui, je le suis, car je crois foncièrement en les valeurs de l’Humanité. Je crois en la fraternité, en l’empathie, et en l’envie de vivre en paix. Et puis je vois à quel point les femmes et les hommes de bonne volonté des trois religions s’activent à relever le défi, à tisser des liens, construire des passerelles…Sans doute faudra t-il du temps, car semer le mal est évidemment plus facile que bâtir le bien. Mais nous y arriverons. Nous sommes les plus nombreux. Maintenant, nous devons nous unir, unir nos forces et agir pour ne pas laisser le terrain aux haineux.

- En tant que président de «Marocains Pluriels», qu’est-ce qui est fait au niveau de votre association pour cultiver l’ouverture d’esprit et la tolérance ?
- Depuis dix ans, « Marocains Pluriels » et les associations de jeunes avec lesquelles nous œuvrons à travers le Royaume, nous ne cessons d’organiser des actions, des activités - sur le terrain - qui unissent les trois religions. A titre d’exemple, je citerai le ‘’ Ftour Pluriel’’, les célébrations en commun des fêtes religieuses des trois confessions, entre autres. En fait, nos jeunes sont curieux de tout, ils veulent savoir, ils veulent connaître… nous sommes donc sur le terrain, car c’est là que tout se passe. 

- D’un autre côté, quelle lecture faites-vous du mouvement de boycott de la France, qui prend de l’ampleur au Maroc en raison de la stigmatisation de l’Islam ?
- Hélas, la stigmatisation de l’Islam - comme toute stigmatisation - conduit à toutes les violences. Dans le cas actuel, la stigmatisation est venue de caricatures, elles sont celles de la discorde ! Discorde en France tout d’abord et discorde dans le monde. Bien sûr, nous devrions opposer à ces caricatures notre indifférence. Le Prophète (PSL) a subi bien pire de son vivant. Mais faire preuve d’indifférence demande du recul, du temps, de la réflexion, or, la sensibilité des Musulmans est ‘’ chauffée à blanc’’ par trop de racisme, trop de stigmatisation, trop d’apprentis sorciers tels Eric Zemmour qui ont antenne ouverte sur ces propagateurs de haine que sont les chaînes d’info en continu. Et puis, n’est-il pas évident que ces caricatures sont du pain béni pour les terroristes de tous bords, pour l’extrême-droite, pour les semeurs de haine, pour ceux qui y trouvent une arme idéale pour bouffer le cerveau des plus jeunes, des plus fragiles…Puisque ces caricatures entraînent meurtrissures, humiliations, incompréhensions qui touchent les Musulmans dans leur intime identité, puisque ces caricatures atteignent tout particulièrement les jeunes en touchant au Sacré, le Prophète de l’Islam (PSL) qu’ils chérissent, puisque des crimes, des attentats sont perpétrés, faussement au nom de la religion musulmane et qui font de tous les Musulmans des «suspects» potentiels aux yeux de certains, serait-ce trop demander que de les stopper ?

Un piège nous est tendu, à tous, le boycott le montre, sommes-nous assez inconscients pour tomber dedans les pieds joints ? Au contraire, il faut tout mettre en œuvre pour éviter ce piège : stigmatisation, boucs- émissaires, violence, terrorisme, haine forment un cercle vicieux qui s’auto-alimente. Les outils pour agir s’appellent respect mutuel, compréhension, dignité…
 
Recueillis par
Safaa KSAANI 

Tolérance

Musulmans et chrétiens témoignent du vivre-ensemble
De jeunes militants des Associations «Marocains Pluriels» et «Les 109» ont rendu visite, dimanche dernier, à la paroisse Notre-Dame de Lourdes de Casablanca, en témoignage de l’attachement au vivre-ensemble entre musulmans et chrétiens. 

Cette cérémonie, qui s’est déroulée dans un cadre de cordialité, a permis aux deux parties de réitérer leur attachement infaillible à la promotion des valeurs du vivreensemble, de l’amitié et de la fraternité, lesquelles s’appuient sur le dialogue, le partage et la tolérance. «Ce geste de vivre-ensemble vise à répondre aux nombreux messages de félicitations reçus de la part de chrétiens vivant chez nous, véritables Marocains de cœur ou de l’étranger en tant qu’amoureux du Maroc, via les réseaux sociaux à l’occasion de l’Aïd Al-Mawlid Annabawi», a indiqué le président de «Marocains Pluriels», Ahmed Ghayet. 

De son côté, le père Laurent Berte, responsable de la paroisse NotreDame de Lourdes, a souligné l’importance d’inviter chaque personne, quelle que soit sa religion, à la fraternité, à la solidarité, à la reconnaissance mutuelle et à l’entraide. «Nous sommes de passage dans ce monde. Le plus important est de se préparer à la rencontre de Dieu un jour», a-t-il expliqué.

Pour sa part, le président de l’association «Les 109», Mohamed Reda Khadfy, a indiqué que cet événement permet de montrer que le Maroc sera toujours une terre d’accueil pour toutes les religions et que toute personne peut pratiquer son culte librement. «Nous nous réjouissons que le Maroc n’ait pas succombé aux menaces terroristes comme ce fut, malheureusement, le cas pour d’autres pays», a-t-il conclu.
 
S. K.

Repères

L’attaque de Nice dénoncée par le Maroc
Quelques heures après l’attaque perpétrée par un jeune Tunisien de 21 ans à l’intérieur de la cathédrale de Nice, le Maroc a exprimé sa proximité et sa compassion aux victimes et leurs familles. Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères a déploré cette attaque terroriste et a appelé à « dépasser le contexte délétère et le climat tendu autour de la religion ».Le ministère a également invité les différentes parties à faire preuve de modération, de sagesse et de respect de l’altérité.
Fusillade à Vienne avant le reconfinement anti Covid-19
La petite République d’Europe centrale a été saisie par l’horreur, lundi dernier, suite à une attaque préparée par au moins un homme lourdement armé autour de la grande synagogue de Vienne, située en plein cœur de la capitale autrichienne. Alors que de nombreux habitants de Vienne profitaient des dernières heures d’ouverture des cafés et restaurants avant le reconfinement anti Covid-19, prévu pour démarrer à minuit, des tirs sont entendus. Selon un bilan encore provisoire, quatre personnes ont été tuées et quatorze autres blessées, dont sept gravement, dans ce qui s’annonce comme le premier attentat djihadiste de masse à toucher l’Autriche.
Terre de coexistence entre les religions 
Le Maroc est connu pour la cohabitation harmonieuse qui y règne entre les musulmans, les juifs et les chrétiens, et ce, grâce à sa longue Histoire de diversité religieuse et de tolérance. La visite officielle du Pape François au Maroc en mars 2019, à l’invitation de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, constitue un témoignage fort de cette dynamique d’ouverture et de coexistence qui distingue le Royaume.