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Affaire Éric Laurent / Catherine Graciet : Histoire d’une disgrâce qui rabaisse la presse française


Rédigé par Anass Machloukh Jeudi 16 Mars 2023

La Justice française a condamné à un an de prison Éric Laurent et Catherine Graciet, coupables de chantage à l’endroit du Maroc. Le Royaume sort finalement gagnant d’une affaire qui a terni l’image du journalisme français.



C’est une histoire assez invraisemblable qui vient de s’achever, où deux journalistes margoulins ont cédé à la tentation de l’argent, foulant ainsi au pied leur intégrité et celle de la presse de l’Hexagone tout entière. Après des années de procès, la Justice française a rendu son verdict en condamnant Éric Laurent et Catherine Graciet à un an de prison avec sursis et 10.000 euros d’amende pour chantage à l’endroit du Maroc et de son Souverain. Le jugement est tombé mardi 14 mars, en vertu duquel les deux journalistes ont été reconnus coupables de chantage, ce qu’ils ont inlassablement nié depuis l’éclatement de ce scandale qui a défrayé la chronique.

L’affaire remonte à 2015 où Éric Laurent a contacté le Palais Royal pour faire savoir qu’il préparait un livre qu’il jugeait « explosif » pour le Royaume. Laurent, qui connaît assez bien le Maroc parce que c’est lui-même qui avait recueilli les mémoires de feu Hassan II, dans son fameux livre « Mémoire d’un Roi », a prétendu que son livre est « dévastateur », dont « le contenu serait tel que le pays risquait d’imploser ». C’est dans ces termes qu’il l’a décrit à l’émission de « C à vous », le 7 septembre, au lendemain de l’éclatement de l’affaire. 

Un marchandage indéfendable !

Le 11 août 2015, un premier rendez-vous a eu lieu avec l’émissaire du Royaume, Hicham Naciri, au luxueux hôtel « Rafael » à Paris. A l’issue des échanges, les deux acolytes ont signé de leur propre main un accord explicite dans lequel ils attestent abandonner la publication de leur livre jugé dévastateur en contrepartie de deux millions d’euros.  « Par ce texte, nous déclarons que nous n’écrirons plus rien sur le Royaume du Maroc et ne nous exprimerons plus jamais publiquement sur ce pays en contrepartie du versement de la somme de deux millions d’euros », ont-ils juré, tout en attestant avoir reçu, le jour de la signature de l’accord, une avance de 80.000 euros à raison de 40.000 chacun.

Après ce premier rendez-vous, le Maroc avait porté plainte pour chantage à Paris, et la police française a rapidement ouvert une enquête. Les deux rencontres qui s’en sont suivies ont été tenues sous surveillance policière les 21 et 27 août. Finalement, les deux journalistes avaient été interpellés avec deux enveloppes contenant chacune 40.000 euros en liquide.

Bien que toutes les preuves les accablaient, ils ont nié au début avoir exercé un quelconque chantage et d’avoir voulu monnayer leur enquête. Les deux journalistes ont prétendu qu’ils ont contacté le Cabinet Royal pour lui faire part des informations qu’ils ont recueillies dans le cadre d’une supposée enquête sur l’intimité de l’institution royale. Ils prétendaient vouloir donner la parole au Maroc et croiser les deux versions. Ce qui n’était absolument pas le cas puisque le démarche fut sournoise dès le départ. 

La plaidoirie des deux complices est tombée à l’eau du moment qu’ils ont reconnu avoir besoin de l’argent. Catherine Graciet a reconnu elle-même dans un documentaire de France Télévision, intitulé « Roi du Maroc, le règne secret », « être allé au rendez-vous avec l’émissaire marocain pour prendre la mesure de la proposition financière ».

« J’ai eu droit à 20 minutes où j’ai flanché de façon humaine parce que je me suis vue avec beaucoup plus d’argent que ce que je pourrais gagner en beaucoup de temps », a -t-elle lâché, tout en qualifiant son inconduite de « minable ».

« C’est minable, j’ai commis une faute déontologique », a-t-elle avoué, précisant : « A un moment donné, j’ai voulu de l’argent et je l’assume pleinement ». Même le journaliste qui l’interviewait a dû l’interrompre pour l’interroger sur la malhonnêteté de sa démarche. Il lui a demandé si à ce moment-là « elle n’avait pas pensé qu’elle rayait d’un trait de plume dix ans de carrière ».

Un besoin d’argent qui tourne au chantage !

Pour sa part, Éric Laurent s’est obstiné à faire croire qu’il s’agissait « d’un deal, pas d’un chantage », c’est ainsi qu’il a plaidé son innocence dans le tribunal médiatique. Il a sillonné les plateaux au lendemain de sa mise en examen pour apporter sa version des faits sans convaincre ses confrères qui ont eu l’air écœuré en l’interrogeant. Il a reconnu avoir eu soif d’argent pour des raisons personnelles. Au micro de RMC, il a dit littéralement, le 1er septembre 2015, qu’il a accepté l’argent parce qu’il en avait besoin à cause de son épouse atteinte d’un cancer généralisé. « Je le dis clairement, cet argent m’aurait aidé », a-t-il confié à Jean Jacques Bourdin, ajoutant sans plisser les yeux : « C’est une transaction privée, c’est mon travail, j’ai le droit d’en faire ce que je veux ».

Quelques jours plus tard, il s’est rendu sur le plateau de « C à vous », pour se défendre sans savoir qu’il se trahira davantage. « Vous avez accepté de l’argent ? », lui demanda Pierre Lescure, ce à quoi il répondit gauchement : « Non ! j’ai accepté une transaction ». De quoi agacer les journalistes au plateau qui étaient sidérés de le voir nier toute faute déontologique sous prétexte que c’est un travail personnel dont il peut faire ce qu’il veut. « C’est une preuve de bonne de foi de la part du Maroc de saisir la Justice française », lui rétorqua vertement Patrick Cohen.

En effet, les enregistrements des échanges entre les journalistes et l’émissaire marocain ont été ébruités et publiés dans le Journal du Dimanche (JDD). Le contenu des retranscriptions leur a donné totalement tort et ne laissa aucun doute sur leur culpabilité.

Des recours infructueux

Le contenu de ces enregistrements a fait l’objet d’une forte contestation de la part de la défense. Mais la Cour de Cassation a tranché en rejetant les recours des deux journalistes en 2017. Durant le procès, les accusés avaient nié en bloc les accusations de chantage même si toutes les preuves les accablaient. "Où est le chantage, M. le président ?", s'est défendu à la barre Éric Laurent, qui a contesté, comme sa coprévenue, "la moindre infraction pénale".
En fait, comment se fait-il que des journalistes préviennent quelqu’un qu’ils préparent des livres dévastateurs sans vouloir tirer profit de leur enquête. Pourquoi ne l’ont-ils pas fait quand ils ont un premier livre à charge contre le Royaume en 2012 sans donner la parole à l’intéressé.

Quoi qu’ils aient dit, ils n’ont pas convaincu la Justice qui a conclu à leur culpabilité. Selon le jugement, "le prix du silence, c'est-à-dire correspondant à la non-parution du livre, non seulement vient des deux journalistes, mais le montant fixé aussi". La Cour a également estimé qu'ils ont exercé une "pression" sur l'émissaire en parlant entre autres d'un livre qui serait "dévastateur" pour le Royaume.

Ainsi s’achève une des péripéties judiciaires les plus retentissantes de ces dernières années. Le Royaume s’en sort gagnant d’une affaire qui a fortement écorché l’honneur de la presse hexagonale.

L’amertume de Gilles Perrault !

Cette affaire a été fort préjudiciable à l’image du journalisme français, au grand regret de Gilles Perrault, l’auteur de « Notre ami le Roi », qui a reconnu que le marchandage auquel se sont livrés Laurent et Graciet a décrédibilisé la presse française.    « De toute façon, chantage ou pas chantage, qui a pris l’initiative, la Justice le dira. Mais, c’est secondaire, ce qui compte c’est qu’ils ont accepté de se laisser acheter, c’est fini, le mal est fait », a-t-il asséné, reconnaissant que « c’est misérable ». Devant la caméra de France Télévision, Perrault n’a pas caché son amertume quand il a dit :« La parole du journalisme français est dévaluée, nous perdons toute crédibilité, pour un temps ».
 
 



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