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Actu Maroc

AFD au Maroc : 30 ans d’investissements, 30 ans de «soft-power» !


Rédigé par Mohamed BERRADA le Jeudi 3 Février 2022

L’Agence Française de Développement (AFD) a présenté à l’occasion de ses trente ans au Maroc un bilan honorable de ses actions au Royaume. Des investissements, majoritairement à caractère social, qui interpellent sur «le soft-power exercé en retour». Eclairage.



L’Agence Française de Développement célèbre cette année son trentième anniversaire au Maroc. A cette occasion, une conférence de presse a été organisée par son directeur au Royaume, Mihoub Mezouaghi, accompagné par l’Ambassadrice de France au Maroc, Hélène Le Gal. Premier chiffre marquant à retenir : l’activité de l’AFD a atteint «un niveau historique» à 610 millions d’euros d’engagement en 2021, confirmant le positionnement du groupe en appui aux réformes clés du Royaume, selon les termes de M. Mezouaghi.

Ces partenariats portent principalement sur l’égalité des genres, l’agriculture et la biodiversité, l’accès à l’eau, mais aussi sur l’énergie dans les secteurs sociaux, les transports, l’économie sociale et solidaire, des secteurs dont une partie ne manque pas de nous rappeler les chantiers de l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH), projet phare de ce début du siècle destiné à élever le niveau social au Maroc et qui, selon certains analystes, serait un outil d’ingénierie sociale de l’Etat.

Un nouveau tournant se profile

Joint par « L’Opinion », Mihoub Mezouaghi ne tarit pas d’éloges envers le partenariat entre l’AFD et le Maroc, qu’il qualifie de solide. Pour lui, la qualité de la maîtrise d’ouvrage, les efforts dans l’investissement public fournis par le Maroc et l’interdépendance entre les deux pays sont les principaux socles de l’intérêt porté par l’AFD envers le Royaume.

Par ailleurs, l’accompagnement de l’AFD au Maroc pourrait connaître un nouveau tournant avec l’application du Nouveau Modèle de Développement (NMD). L’agence a en effet prévu une nouvelle stratégie pour accompagner le Royaume dans sa mise en place (voir repères).

Pourquoi un intérêt particulier de la France envers le NMD, alors que la commission chargée de son élaboration a préconisé à plusieurs reprises la souveraineté nationale, notamment alimentaire et médicale ? Pour rappel, un tweet de l’Ambassadrice de France au Maroc, Hélène Le Gal, avait suscité en juin dernier une polémique au Maroc. « Je remercie Chakib Benmoussa, président de la CSMD (Commission Spéciale pour le Modèle de Développement) et ambassadeur du Maroc en France, de m’avoir présenté ce matin un point d’étape de la CSMD {…] » écrivait la diplomate, interrogeant sur les raisons qui ont poussé celui qui est devenu ministre de l’Education par la suite à présenter un bilan d’étape devant une représentation étrangère.

Des investissements qui inquiètent !

« Dans les relations internationales, les destins liés sont toujours associés à des rapports de hiérarchie, des rapports de force », explique de son côté le chercheur en sciences sociales et géopolitologue, Rachid Achachi, commentant ainsi l’utilisation par Hélène Le Gal du terme « destin commun » pour décrire la relation entre le Maroc et la France lors de la conférence de presse du 31 janvier.

Il ajoute : « Il est tout à fait naturel pour un Etat d’exercer un soft-power sur un autre, surtout dans le cas de deux pays proches, comme la France et le Maroc, mais l’autre partie doit rester vigilante et contrôler ce qui se prend en contrepartie ». Il insiste ne pas vouloir balayer de la main toute l’aide considérable apportée par l’AFD au Maroc, « mais qu’il faut rester vigilant et intelligent avec le soft-power exercé en retour ». Il se demande par ailleurs si les subventions octroyées par l’AFD ne créent pas un schéma circulaire.

« Quand des acteurs reçoivent des subventions, auprès de qui vont-ils chercher le renforcement ? Sont-ils obligés de travailler avec des cabinets ou experts français ? Ce sont les questions qu’il faudra se poser dans le futur, et auxquelles il est très difficile de répondre actuellement », conclut le chroniqueur. Des propos que le directeur de l’AFD au Maroc botte en touche, précisant que tous les accompagnements sont déliés : « Tous nos financements font l’objet d’un appel d’offres et respectent scrupuleusement la réglementation de passation de marchés. Le choix des attributaires des marchés est décidé par nos partenaires maîtres d’ouvrage des projets », précise-t-il.


Mohamed BERRADA

Repères

L’AFD au Maroc
L’AFD, présente au Maroc depuis 1992, est dirigée par Mihoub Mezouaghi, docteur en sciences économiques, qui a rejoint le groupe en 2006 pour y occuper plusieurs postes de responsabilité avant de prendre la tête du bureau au Maroc. Le groupe AFD contribue à mettre en oeuvre la politique de la France en matière de développement et de solidarité. Composé de l’AFD, en charge du financement du secteur public et des ONG, de la recherche et de la formation sur le développement durable, de sa filiale Proparco, dédiée au financement du secteur privé, et d’Expertise France, agence de coopération technique, le Groupe finance, accompagne et accélère les transitions vers un monde plus juste et résilient.
 

Le climat au centre des préoccupations de l’AFD
L’agence estime que « l’accélération du changement climatique nous impose de construire de nouvelles trajectoires de développement, sobres en carbone et résilientes aux effets du changement climatique ». Durant la présentation devant la presse le 31 janvier, Mezouaghi n’a pas hésité à mettre en avant les contributions de l’agence en faveur du climat, via notamment le financement de lignes de tramway à Rabat-Salé et à Casablanca, la participation au financement de la LGV Tanger-Casablanca, une intervention en faveur du plan solaire marocain (Noor), le soutien à la stratégie nationale «Forêts du Maroc 2020-2030», etc.


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AFD au Maroc : 30 ans d’investissements, 30 ans de «soft-power» !

Activité


Comment fonctionnent les financements de l’AFD ?
 
Depuis son installation au Royaume, l’AFD a mobilisé 7,6 milliards d’euros, ce qui fait de Rabat son premier partenaire mondial. Durant la dernière décennie, elle a notamment investi dans la valorisation du capital humain, la favorisation de l’insertion économique des jeunes, le soutien de la réforme de la protection sociale, la participation au développement des villes durables, le soutien de l’agriculture, l’intégration des genres...

Cet accompagnement se fait essentiellement sous forme de prêts à l’Etat, aux banques et aux entreprises, mais aussi sous forme de subventions. Elle intervient également en faveur du Maroc auprès d’autres partenaires internationaux, comme l’Union Européenne.
 

Maroc-AFD


Le Royaume, premier partenaire dans le monde
 
Les chiffres le prouvent : le Maroc demeure le partenaire historique de l’AFD, malgré la mondialisation de cette dernière au cours de ces dernières années.

« L’extension géographique de l’AFD s’est faite progressivement au cours des quinze dernières années pour atteindre 120 pays, principalement dans les continents africain, sud-américain et asiatique. Pour autant, le Maroc reste aujourd’hui son premier partenaire dans le monde », explique Mihoub Mezouaghi, avant d’ajouter que « cela s’explique principalement par trois raisons.

D’abord, l’effort soutenu du Royaume en matière d’investissement public a significativement mobilisé ses partenaires financiers internationaux. Ensuite, la qualité de la maîtrise d’ouvrage de nos partenaires a permis de densifier le portefeuille de projets financés par l’AFD. Enfin, plus globalement, l’intensité des interdépendances économiques et humaines entre le Maroc et la France suscite de nombreuses opportunités de partenariat ».

Pour la seule année 2021, conclut notre interlocuteur, le Maroc a représenté 15% des investissements de l’AFD à destination du continent africain.
 

3 questions à Mihoub Mezouaghi, directeur de l’AFD au Maroc


« L’AFD a pour habitude d’accompagner les projets emblématiques du Maroc»
 
- Quelle lecture faites-vous du Nouveau Modèle de Développement ?

- Cette nouvelle génération de politiques publiques, introduite par cette conceptualisation d’une nouvelle trajectoire de développement, constitue très clairement un levier de renouvellement de notre partenariat. Parmi ces nouveaux chantiers stratégiques, l’AFD a notamment été l’un des premiers bailleurs à marquer son soutien à la réforme de la protection sociale et la nouvelle stratégie agricole Génération Green.


- Quelle est la nouvelle stratégie pour le partenariat entre l’AFD et le Maroc ?

- L’AFD a pour habitude d’accompagner les projets emblématiques du Maroc. Nous ouvrons un nouveau cycle stratégique 2022-2026 qui est, je crois, parfaitement aligné sur les priorités du Nouveau Modèle de Développement. Au cours des cinq prochaines années, nos financements seront articulés autour de 4 axes stratégiques : la relance économique par la promotion de l’investissement privé et les initiatives entrepreneuriales, l’inclusion économique des jeunes et des femmes, la décarbonation de l’économie et la résilience écologique des territoires.


- Vous êtes actuellement à Agadir, vous êtes très actifs dans les régions. L’AFD accorde une importance majeure à la régionalisation avancée au Maroc. Quelle est votre vision dans ce sens ?

- La régionalisation avancée a conduit le Royaume à engager une réforme complexe sur le plan institutionnel qui exige du temps pour introduire une nouvelle pratique d’action publique. Elle fait évoluer progressivement la gouvernance des politiques publiques en responsabilisant davantage les autorités locales dans leur formulation et leur mise en oeuvre.

Nous apprenons beaucoup du dialogue que nous avons avec nos partenaires des territoires sur leur appréciation des problématiques et leur capacité à orienter et initier des solutions. Le rôle d’un partenaire est alors davantage dans l’accompagnement financier et technique pour la mise en oeuvre de ces solutions.

Nous avons observé cette évolution dans notre portefeuille de financements, plus ancrés que les années passées dans les territoires. C’est par exemple l’esprit de notre partenariat avec le Fonds d’Equipement Communal pour mobiliser davantage de ressources financières en faveur des collectivités locales. Une actualisation en cours des PDR par les nouveaux élus ouvrira sans nul doute de nouvelles opportunités de partenariat pour rechercher davantage d’impact sur la qualité de service public de proximité et donc, in fine, sur la qualité de vie des citoyens.


Recueillis par M. B.