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​Interview avec Mouad Moutaoukil, écrivain: Mouad Moutaoukil promet mots et merveilles


Rédigé par Safaa KSAANI le Lundi 19 Avril 2021

Il est écrivain, étudiant en médecine, mathématicien, auteur de nombreux ouvrages, et n’a que 24 ans. Il s’agit de Mouad Moutaoukil. Il a récemment publié “Amours” (éditions Orion).



Vous venez de publier “Amours”, un recueil de sept nouvelles qui se sont superposées pour accoucher du pluriel d'une notion si singulière. De quoi parlez-vous dans chacune de ces sept nouvelles ?

Chaque nouvelle du recueil est un monde à part. Sous le thème commun de l’amour, chacune présente cette notion sous une forme ou une autre, certaines mettent en valeur des passions comme celle pour l’art, la peinture, l’écriture ou encore le voyage. D’autres sensibilisent implicitement à certains sujets importants comme les maladies sexuellement transmissibles, l’avortement clandestin, le droit à l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) et les troubles mentaux.

Amour et Amours, quelles nuances ?

Il n’y a qu’un s de différence, mais c’est toute une vision qui change. Quand on reconnaît que l’amour peut prendre ce « s » du pluriel, c’est un pacte de paix avec nos esprits idéalistes qui se forme ; on se donne le droit d’aimer à plusieurs reprises, d’expérimenter différentes formes de l’amour, d’élargir notre champ et notre pouvoir d’aimer, donner à cette sensation sublime finalement la place qu’elle mérite dans nos vies. C’est ce qu’avait transmis Ronsard à travers ses Amours et plusieurs grands hommes à la fois dans leur œuvre et dans leur vie.

Quels changements a subi l’amour au fil des siècles ?


Ce qui est sûr, c’est que l’amour a accompagné l’humanité depuis le tout début. Au cours de l’Histoire, la forme a certainement changé, mais je crois que le fond est resté intact. Il s’agit toujours de cette magie incernable, de ce sentiment enivrant qui s’empare de nos âmes et nous transporte dans des lieux inimaginables. Encore très jeune, je lisais beaucoup les classiques de la littérature française, et ce fut mon premier contact avec l’amour. Je l’ai découvert à travers les récits de Stendhal, les poèmes de Baudelaire et de Hugo, les pièces de Marivaux. J’ai donc appris à admirer et respecter l’amour avant même de le vivre. Projetant cette vision sur la réalité actuelle, on ne peut que remarquer l’assourdissante absence de l’amour dans les vies de tout un chacun, surtout dans notre société qui, sous le prétexte du conservatisme, évite toute expression d’amour, je cite comme exemple l’article 490 du code pénal qui interdit de « faire l’amour » en dehors du cadre du mariage. On a l’impression que ce qui est censé être tout un univers est limité à un petit carré intransgressible.

En tant qu’étudiant en médecine, pouvez-vous nous parler des effets positifs de l’expression de l’amour à autrui sur le corps humain ?

L’amour, comme tout phénomène qui implique l’action ou réaction de l’être humain, est une cascade de réactions chimiques. Il s’agit d’une multitude d’événements biochimiques qui se déclenche dans notre cerveau, se répercute sur les battements de notre cœur, sur la taille de nos pupilles, impacte notre voix, et nous excite. Il sollicite le circuit de récompense et nous procure du plaisir. C’est plus de 200 molécules chimiques qui se mélangent et font chavirer, mais surtout la dopamine et la sérotonine, qui se trouvent au centre du système de récompense, nous poussant à vouloir recommencer. Toutefois, cette vision physique des choses n’est pas celle que je préfère retenir, il s’agit d’une simple explication scientifique qui ne devrait diminuer en rien la magie de cette sensation enivrante. Si on choisit de voir l’amour comme étant une addiction ou une pathologie, je préfèrerais garder un insight négatif.

Vous êtes un jeune de 24 ans, mathématicien, étudiant en médecine et écrivain de nombreux ouvrages. Comment conciliez-vous études et passion ? 
 
Tout est question d'organisation. J'écris surtout par besoin, des fois, l'écriture s'impose comme priorité, plus rarement, je m'organise pour trouver des moments d'écriture, de lecture ou de travail sur mes projets littéraires.

​Portrait

​Interview avec Mouad Moutaoukil, écrivain: Mouad Moutaoukil promet mots et merveilles
“Je lisais des romans de 700 pages en deux ou trois jours”
C’est au primaire que Mouad Moutaoukil prend conscience de son attirance pour les mots. Sa mère, qui étudiait la littérature française, lui avait offert plusieurs livres. Le reste s'est fait tout seul. “La lecture devint vite mon activité préférée, je lisais des romans de 700 pages en deux ou trois jours. J'ai voulu réellement produire des écrits également, et faire ressentir à d'autres ce que me faisaient ressentir tous ces écrivains que je lisais”, nous raconte le jeune Fassi de 24 ans. 

Convaincu que chaque écrivain est en grande partie influencé par ses lectures, surtout les plus précoces, Mouad Moutaoukil explique que ses écrits portent sans doute la trace de grands écrivains et des nouvellistes de taille qui l’ont marqué, “comme Maupassant ou Tchekhov, des romanciers prodigieux comme Balzac et Zola, des poètes fabuleux comme Rimbaud et Verlaine. J’essaie, comme tout écrivain, de trouver à la fois les bons mots et la bonne forme pour rester fidèle au ressenti que je veux reproduire à travers mon récit”, relate-t-il. 

En plus des mots, il a un attrait pour la psychiatrie. “La médecine est un domaine large et toutes les spécialités sont complémentaires. Je m'intéresse à plusieurs organes du corps humain, notamment le cœur mais surtout le cerveau. Je me penche plutôt vers la psychiatrie, comprendre le fonctionnement concret du cerveau humain demeure un mystère à la fois en science et en pratique médicale”, nous confie-t-il.