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Culture

Zouhir Ibn El Farouk, photos pour faire un monde


Rédigé par Anis HAJJAM le Dimanche 19 Juin 2022

Photographe flamboyant et talentueux en transformations, il conte à travers « Informe » une destruction massivement tangible. L’exposition se poursuit jusqu’au 2 juillet à la galerie Shart à Casablanca. Une éclaircie où le dégradé du sombre s’invite comme incontournable interlocuteur.



Aura 8#, épreuve à plat UV, 50 x 75 cm, 2020.
Aura 8#, épreuve à plat UV, 50 x 75 cm, 2020.
C’est à partir de la lumière qu’on s’aventure à tamiser ce qui éblouit. Et c’est le jaillissement sans forme aucune qui prend forme. Du coup, on s’évertue à regarder entre les lignes. Le travail d’Ibn El Farouk serait-il une menace de mort adressée à la photographie ambiante, à cette même photographie « classique » qui subit depuis bail de troublantes destructions techniques ? C’est à en rire, puisque quand on décide d’exécuter une cible, on ne l’informe pas du forfait, on le réalise.

Ibn El Farouk choisit d’exécuter des transformations avec de stupéfiantes intrigues. « Informe » est structurellement difforme, subtilement difforme. Et c’est ce qui rend l’artiste-photographe bouleversement fébrile lorsqu’il est invité à phraser sur ses oeuvres. Deux techniques, deux approches et c’est parti avant qu’il ne tousse pour ensuite repartir. Oui, il est passionné, oui il l’exprime avec forte exubérance. Et pour cela, il a de quoi plaider. Il déshabille le cliché pour plus tard le draper de multiples abstractions. Il est certainement le seul à pouvoir flirter avec la raison, la pure sienne.

Le subconscient et le placebo

Mais que photographie-t-il pour ainsi reproduire ses propres visions ? Il capte la réalité pour en faire découler des laves fictionnelles prêtes à malaxer le rêve et le songe, capables de mettre aux prises l’ici et l’ailleurs.

Entre le sablé et l’aérien, Ibn El Farouk fait dialoguer ciel et terre en usant de frontières récurrentes renvoyant aux lignes pas forcément rouges qu’il est déconseillé de franchir. Avec inadvertance certainement, le subconscient jouant le placebo. On est face à un produit stupéfiant dont l’effet immédiat est repoussé à des lendemains incertains mais à l’haleine qui se tient telle une tenue de soirée intelligemment débrayée. L’artiste travaille la profondeur pour que la surface soit fertile. De là, il jonche ses réalisations de sols maudits et de hauteurs variablement menaçantes. Ainsi va son monde qu’il hésite à nous présenter en claques physiques, qu’il réussit à nous faire vivre en triturant le réel.

Eau douce et mer agitée

Dans cette confondante suspension du temps, il y a la couleur. Elle est souvent inavouée, mais elle est bien de la partie. Elle s’installe et s’évapore, s’impose et s’évanouit au gré de tribulations poético-philosophiques. Elle est criante et timide, fille de bonne famille et rebelle. Elle s’insurge et retrouve son calme. Elle est parfois belle et souvent amochée, joyeuse et grave.

Bref, elle reflète la vie et l’embarquement de celle-ci dans l’abîme. Elle traduit souterrainement l’incroyable résistance dont l’humain est capable. Cette couleur progressivement sombre s’invite sur l’un des murs de la galerie pour former un agrégat de postes de télévision parfaitement superposés. A lui ajuster divers logos, on est dans la pluralité d’un langage à ensemble polyglotte. Décidément, cet « Informe » est le face-à-face entre un fleuve d’eau douce et une mer agitée.

A l’arrivée, l’eau douce reste douce et la mer ravale ses vagues. Pas de prises de bec mais de mutuelles reproches en suspens. Ibn El Farouk entent-il leur trouver à l’avenir un terrain de mésentente ? Entre-temps, il photographie et fait chavirer ses clichés jusqu’au jour où ils se rendent sans bruit mais en déclamant leurs enfouies histoires. Pour l’instant, il les imagine et les accompagne. Jusqu’où et vers où ? Ce n’est apparemment pas de cela qu’il s’occupe. Il s’évanouit face au matériel qu’il fermente et pétrit à longueur de manipulations techniques. Une pâte à modeler à l’envi...



Anis HAJJAM



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