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Zones humides : Vers la résurrection écologique du lac Dayet Aoua ?


Rédigé par Omar ASSIF Lundi 16 Janvier 2023

Après plusieurs années de préparation, le projet de restauration écologique de Day Aoua a été officiellement lancé. Zoom sur une expérience pionnière au niveau national.



L e Moyen Atlas est pour beaucoup de Marocains connu comme le « Château d’eau du Maroc ». Une qualification justifiée au vu des grands Oueds dont les sources sont situées dans cette région, mais également au vu des ressources hydriques souterraines locales dont la richesse est unique au niveau national. Ainsi, la région est connue par plusieurs magnifiques lacs de montagne qui, depuis quelques années, sont pourtant en souffrance.
 
Certaines de ces zones humides ont considérablement régressé en termes de superficie, alors que d’autres se sont complètement asséchées. Dayet Aoua illustre bien ce dernier exemple puisque son lac est à sec depuis plusieurs années. Les impacts du changement climatique, qui ont entraîné une baisse des volumes des précipitations de pluie et de neige dans cette zone, ont été régulièrement pointés du doigt pour expliquer la dégradation de cet écosystème. Cela dit, d’autres causes liées aux activités humaines, notamment le pompage excessif pour l’irrigation de culture hydrivores, ont grandement participé à exacerber la situation.
 
Projet de restauration
 
Il y a quelques jours, l’ONG Living Planet Morocco (LPM) a annoncé la signature d’une convention-cadre de partenariat pour la restauration écologique du lac de Dayet Aoua qui engage plusieurs parties prenantes, à savoir : la Province d’Ifrane, la Commune de Dayet Aoua, l’Agence du Bassin Hydraulique de Sebou, la Direction Régionale de l’Agence Nationale des Eaux et Forêts – Région Fès Meknès, la Direction Provinciale de l’Agriculture d’Ifrane et l’Organisation Living Planet Morocco.
 
À terme, l’objectif de ce projet est de « régénérer le potentiel écologique, paysager, culturel et socio-économique de Dayet Aoua à travers la contribution à l’amélioration de ses valeurs patrimoniales et de ses fonctions écologiques actuelles ». Le coût prévisionnel global des actions de la première phase de restauration du lac Dayet Aoua est estimé à 6,10 millions de dirhams dont l’organisation Living Planet Morocco contribuera à hauteur de 3,5 millions de dirhams grâce à l’appui financier de plusieurs partenaires et bailleurs de fonds internationaux.
 
Première phase 2023-2024
 
Comme il est toujours plus facile et plus rapide de détruire un écosystème naturel que de le reconstruire, le projet de restauration du lac Dayet Aoua devra passer par plusieurs phases et sa mise en œuvre s’étendra certainement durant des années.

Selon l’ONG marocaine, « Le programme 2023-2024, fixé dans cette convention-cadre de partenariat, se basera sur la réalisation d’un ensemble d’études d’ingénierie et géotechniques afin d’initier des travaux de réhabilitation et de construction des séguias situées dans le bassin hydrologique du lac, de mise en place d’un ouvrage de préservation du lac dans l’objectif de réduire les écoulements souterrains, ainsi que d’aménagement d’un canal d’alimentation de la zone Z1, considérée comme la partie naturelle de cette zone humide. Le chantier de restauration du lac de Dayet-Aoua comportera également des actions de sensibilisation et de rationalisation de l’utilisation des ressources hydriques au niveau de la Commune Territoriale de Dayet Aoua ».
 
Le retour d’un joyau perdu
 
À sec depuis fin 2018, Dayet Aoua est historiquement considéré comme l’un des lacs les plus réputés et visités du Maroc et comme l’une des précieuses zones humides montagneuses disposant d’habitats remarquables et variés. Ainsi, le projet de restauration, dont la signature de la convention-cadre s’est faite à la Province d’Ifrane le 27 décembre dernier, s’inscrit « dans une dynamique pionnière au niveau national, basée sur une approche participative et intégrée de conservation des ressources en eau et des zones humides naturelles ».
 
Comme il s’agit du premier chantier de restauration écologique d’un lac naturel au niveau national, les efforts qui devront être déployés par les partenaires pourront servir de modèle à répliquer pour initier des projets similaires dans d’autres régions. À noter que le lac Dayet Aoua est désigné comme Site national d’Intérêt Biologique et Écologique, Aire d’importance internationale pour les oiseaux et zone humide importante du site Ramsar Lacs d’Imouzzer du Kandar.

Omar ASSIF 

3 questions à Dr Oussama Belloulid 

« L’appui de nos partenaires institutionnels locaux a été décisif » 

Chargé du programme Eaux Douces à l’Organisation marocaine Living Planet Morocco, Oussama Belloulid répond à nos questions sur le projet de restauration de Dayet Aoua.

 
- Est-ce que l’assèchement du lac Dayet Aoua est une première ?
 
- Historiquement, Dayet Aoua est un lac qui a précédemment connu des périodes d’assèchement. Cela dit, pour les périodes modernes, la situation actuelle du lac, qui est à sec depuis bientôt 4 ans, est inédite.
 
- Comment l’eau se renouvelle-t-elle au niveau du lac en temps normal ?
 
- Il y a bien évidemment le ruissellement qui arrive depuis le bassin versant du lac après les précipitations. Ces apports hydriques sont renforcés par des sources situées aux abords du lac. En dessous de la Daya, il faut imaginer un réservoir souterrain d’eau qui se remplit, et son « trop-plein » correspond au lac lui-même. Les études que nous avons effectuées ces dernières années indiquent que l’eau est actuellement à moins 7 mètres du niveau du lac. Pour une remise en eau de cet écosystème, il faut que ce déficit soit d’abord comblé et ce n’est qu’ensuite que l’eau pourra progressivement affleurer en surface.
 
- Comment ont été définies les activités qui seront mises en œuvre pour restaurer le lac ?
 
- Notre ONG travaille depuis plusieurs années à établir une base de connaissance suffisante pour bien diagnostiquer le problème dont souffre le lac. Plusieurs « solutions » ont été envisagées, mais notre priorité a été de privilégier une solution fondée sur la nature qui n’impacte ni les activités humaines menées dans la région, ni d’autres écosystèmes naturels situés en aval. L’appui de nos partenaires institutionnels locaux a été décisif puisqu’ils ont tous fait preuve d’une volonté et d’une motivation à toute épreuve pour envisager une solution de restauration écologique du lac. C’est suite à ce travail commun que nous avons pu déterminer l’approche technique la plus appropriée.

Recueillis par O. A. 

L’info...Graphie
 

Fonds de l’Eau

Des mécanismes de financement qui s’adaptent aux spécificités des territoires

 
Le projet de restauration de Dayet Aoua s’inscrit dans le cadre du programme « Fonds de l’Eau du Sebou » porté par l’ONG Living Planet Morocco. Bien que les Fonds de l’Eau dans le monde soient tous adaptés aux spécificités des territoires où ils sont implantés, ces mécanismes de financement durable sont quasiment tous basés sur une approche de valorisation des services écosystémiques fournis par les bassins-versants et s’appuient sur un principe de solidarité entre les fournisseurs des ressources en amont et les utilisateurs en aval.

Un Fonds de l’Eau a vocation à financer des projets de conservation des ressources en eaux et de la diversité biologique, de reforestation, de mise en place de pratiques agricoles durables, de création de zones de conservation et de renforcement des capacités. Le Fonds de l’Eau est un outil adaptable aux spécificités de chaque zone d’intervention permettant ainsi une flexibilité dans l’action et une approche collective et inclusive alliant efficacité écologique, efficience économique et équité sociale.
 

Célébration 

L’ONU appelle à l’engagement pour la restauration des zones humides

 
Le 2 février prochain sera célébrée la Journée mondiale des zones humides 2023. Le thème choisi pour cette année est « Revitaliser et restaurer les zones humides dégradées », soulignant ainsi l’importance d’une bonne restauration de ces zones, afin qu’elles puissent être utilisées de manière rationnelle et durable. Selon un communiqué de l’Organisation des Nations Unies (ONU), « au cœur de la campagne de cette année : un appel urgent à l’action. L’objectif est d’inciter à agir et à investir aussi bien en capital financier qu’en capital humain et politique pour empêcher les zones humides du monde entier d’intégralement disparaître et restaurer celles que nous avons déjà perdues ».
 
A noter que la restauration des zones humides consiste à « maintenir les caractéristiques physiques, chimiques ou biologiques d’une ancienne zone humide ou d’une zone dégradée afin de lui rendre ses fonctions naturelles ». La restauration des zones humides peut avoir de multiples avantages sur la biodiversité, le bien-être humain, l’adaptation au changement climatique et les conditions socio-économiques, pour n’en citer que quelques-uns. L’ONU précise également dans son communiqué qu’il est plus que jamais « urgent de sensibiliser l’opinion nationale et mondiale aux zones humides afin d’inverser leur disparition rapide et d’encourager les actions de conservation et de restauration. La Journée mondiale des zones humides est de ce fait le moment idéal pour mieux faire connaître ces écosystèmes d’une importance capitale ».
 








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