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Monde

Yémen : Trêve ramadanesque et échange de prisonniers


Rédigé par La rédaction le Mercredi 30 Mars 2022

La coalition menée par l’Arabie saoudite annonce un cessez-le-feu pendant le Ramadan. Une suspension des hostilités devrait débuter. Du répit pour les civils.



La coalition dirigée par l’Arabie saoudite qui soutient le gouvernement yéménite contre les rebelles houthis dans le conflit au Yémen a annoncé mardi soir l’arrêt des opérations militaires à partir de mercredi matin et pour le mois de jeûne du Ramadan.

« La coalition annonce par la présente l’arrêt des opérations militaires au Yémen à partir de 06h00 (03h00 GMT) mercredi 30 mars 2022 », indique-t-elle dans un communiqué publié par l’Agence de presse saoudienne. Ce cessez-le-feu est destiné à offrir « les conditions propices nécessaires au succès des consultations (yéménites) et un environnement favorable pour le mois sacré du Ramadan pour faire la paix, et réaliser la sécurité et la stabilité au Yémen », a ajouté le commandement de la coalition dans son communiqué.

Les rebelles Houthis, après avoir mené vendredi seize attaques contre le royaume, avaient annoncé samedi une trêve unilatérale de trois jours. Les insurgés, soutenus par l’Iran, ont proposé que cette trêve devienne « permanente » si Ryad levait le « blocus » sur le Yémen, cessait ses raids aériens et retirait ses « forces » du pays en guerre depuis 2014.

Echange de prisonniers

Mardi matin, Ryad avait dit attendre des « mesures sérieuses » de la part des rebelles yéménites Houthis, notamment un échange de prisonniers, avant de se prononcer sur la trêve. Les insurgés avaient annoncé dimanche soir un accord portant sur la libération de 1.400 prisonniers détenus par le gouvernement contre 823 détenus par les Houthis, parmi lesquels 16 Saoudiens, trois Soudanais et le frère du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi.

« Un accord d’échange de prisonniers a été conclu par le biais des Nations unies », avait écrit sur Twitter le représentant des Houthis, Abdelkader Al-Mourtada. Le responsable de ce dossier côté gouvernemental, Hadi Haig, avait toutefois précisé sur Twitter que l’accord était « encore à l’étude ».

Le dernier échange de prisonniers avait permis la libération de plus d’un millier de personnes en octobre 2020. Ryad accueille mercredi des pourparlers sous l’égide du Conseil de coopération du Golfe, qui regroupe six pays, mais sans la participation des Houthis qui ont refusé de se rendre en territoire « ennemi ».

Un terrain pour mettre fin à cette guerre

Par ailleurs, l'Iran a confirmé que l'initiative de cessez-le-feu représentait un « message fort » pour mettre fin à la guerre de sept ans.

Un porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Saeed Khatibzadeh, a estimé dans un communiqué que le plan présenté par les Houthis "contient un message fort pour mettre fin à la guerre et régler politiquement la crise yéménite". Il a ajouté que « si le plan de cessez-le-feu fait l'objet d'une interaction sérieuse et positive de la part de la coalition dirigée par Riyad, il pourrait constituer un bon terrain pour mettre fin à cette guerre.

Khatibzadeh a exprimé son espoir que "nous assisterons à la fin du conflit et à la réconciliation nationale au Yémen à la veille du mois sacré du Ramadan, en donnant la priorité aux questions humanitaires et au processus d'échange de prisonniers".

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, a déclaré que l'Arabie saoudite avait demandé à l'Iran d'user de son influence au Yémen pour mettre fin à la guerre qui y sévit depuis près de sept ans.

Dans une interview télévisée, Abdollahian a déclaré que l'Arabie saoudite avait demandé à plusieurs reprises aux Iraniens d'utiliser leurs relations et leur influence au Yémen pour mettre fin à la guerre.

Il a souligné que Téhéran avait informé le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, en marge de la conférence de Munich en Allemagne, que la situation humanitaire au Yémen est catastrophique, et que les Nations unies devraient participer à la levée du siège du Yémen pour mettre fin à la guerre et tenir des pourparlers yéménites.


 


Sept ans d’une « guerre ignorée »

Mars 2015 a vu l’enclanchement des hostilités au Yémen entre les forces d’une coalition internationale, menée par l’Arabie saoudite et les EAU, et les rebelles houthis soutenus par l’Iran. Sept ans d’enlisement et un coût humain colossal illustrent l’inertie internationale accentuée par la guerre en Ukraine. Il y a sept années, quand la coalition militaire pilotée par l’Arabie saoudite lance ses premières frappes au Yémen pour appuyer le gouvernement menacé par les rebelles houthistes, l’opération ne devait durer que quelques semaines tout au plus.

Aujourd’hui, l’ONU estime à près de 380.000 le nombre de morts, ayant succombé pour la plupart à des facteurs indirects de la guerre, comme la faim, les maladies et le manque d’eau potable. L’intervention militaire, menée au départ par neuf pays mais qui repose désormais sur l’Arabie saoudite et dans une moindre mesure sur les Émirats arabes unis, a certes permis de stopper l’avancée houthiste dans le sud et l’est. Mais elle ne les a pas délogés du nord du pays, et de Sanaa, prise en 2014.

La rébellion, s’est même enhardie, et multiplie des attaques sur le sol saoudien – la dernière a touché une raffinerie du géant pétrolier Aramco vendredi 25 mars à Jeddah – et émirien. Riyad, conscient de cet enlisement coûteux, cherche une sortie « honorable » face à la rébellion, mais poursuit en attendant ses bombardements.

Depuis ces derniers mois, le coût humain de la guerre ne cesse de s’accroître. Selon l’ONG Data Yemen Project, la tendance s’est nettement accrue depuis le non-renouvellement fin octobre du groupe d’experts de l’ONU), créé en 2017 par le Conseil des droits de l’homme, pour enquêter sur ces violations commises par toutes les parties au conflit.

« Depuis la dissolution du GEE, le nombre de morts par mois a plus que triplé jusqu’à atteindre 426 tués en janvier 2022 – le mois le plus violent depuis quatre ans, explique Iona Craig, du Data Yemen Project à Londres. Cette corrélation montre que des mécanismes internationaux indépendants de surveillance des violations du droit international constituent un moyen de dissuasion efficace contre les dommages civils », ajoute Iona Craig.
 

  


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