Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Actu Maroc

Violence conjugale : « La prise en charge des victimes de violence a pris du retard »


Rédigé par Bouteina BENNANI le Mardi 19 Mai 2020

Un premier rapport de l’Union de l’Action Féministe (UAF) fait état de hausse des cas de violences à l’égard des femmes depuis le début du confinement. Les chiffres recueillis auprès des 13 centres Annajda le confirment



Violence conjugale : « La prise en charge des victimes de violence a pris du retard »

Entretien avec Mme Fatima Maghnaoui Présidente du centre Annajda de Rabat

Mme Fatima Maghnaoui
Mme Fatima Maghnaoui
-Quel état faites-vous de la violence pendant le confinement dû au Covid-19 ?
Il y a une hausse de la violence, surtout conjugale, prévue d’ailleurs par l’UAF, sachant que plusieurs dossiers de femmes « en instance de divorce » sont déposés aux tribunaux et que les victimes sont sous le même toit que leurs agresseurs. Aussi, les femmes qui accèdent aux centres sont analphabètes, sans moyens de subsistance ou vivent grâce à de petits commerces, des conditions qui ne présagent rien de bon. S’ajoute la difficulté d’accès à la justice en début de crise sanitaire, puisque les tribunaux étaient fermés. Ce n’est qu’après une recrudescence de violences que les cellules d’écoute au sein des tribunaux ont été rouvertes et des numéros pour appel et dépôt de plaintes ont été installés. Et encore, certaines victimes n’ont ni Smartphones ni argent pour la recharge.

Quels sévices endurent ces femmes ?
Les barrière ne sont pas respectées. Certaines ont même été victimes d’accidents de la circulation dans la région d’Agadir. Sans compter les cas de contamination dans des usines de Larache et de Tanger, au sein de sociétés de câblage à Kénitra et des usines de textile... Le plus flagrant, c’est que la commission de veille économique n’a fait bénéficier qu’une minorité de femmes. Elle a focalisé sur les hommes chefs de familles sans penser aux femmes cheffes de familles qui ne sont ni mariées ni divorcées.

Quels sont vos griefs et vos revendications ? 
Sur ce point, les collectivités territoriales n’ont pas joué leur rôle pour endiguer ce fléau de violence contre les femmes. Le ministère de la Famille, quant à lui, devait élaborer une stratégie pour intégrer ces victimes de violence dans le plan d’action national comme ce qui a été pensé pour les ramédistes ou autres. L’hébergement des victimes se fait avec des SDF et non dans des structures spécialisées. Les spots télévisés ont pris du retard pour ce qui est de la sensibilisation à plus de solidarité en matière de paix et de sécurité dans les foyers. Et, le moins que puisse faire un tribunal, c’est de convoquer l’agresseur et lui faire signer un engagement sur l’honneur de non-violence... Il sied toutefois de citer des points positifs relativement à la sûreté nationale qui nous accompagne dans l’aide que nous apportons.

L’Union de l’Action Féminine tire la sonnette d’alarme

La femme victime de violence, confinée chez elle, est à tous les fronts. Elle est souvent domestique et infirmière au chevet de beaux-parents malades, dans un cadre de vie insalubre et un habitat exigu et archicomble. En plus, elle est sous pression psychologique et physique de la part du mari. Elle vit doublement cette violence, en plus de la peur de contracter le virus.

D’après un premier rapport de l’UAF, les cas de violences à l’égard des femmes sont en hausse depuis le début du confinement et la situation est préoccupante. Les chiffres ont été recueillis au niveau des 13 centres Annajda, relevant de l’association.

La synthèse des rapports des 13 centres Annajda au niveau national montre l’évolution des cas, depuis le mois de janvier jusqu’à maintenant. Au niveau des centres de l’Union de l’Action Féminine, les sentinelles associatives, autrement dit les écoutantes ont reçu les appels téléphoniques de 1086 femmes victimes de violence, depuis le début de la crise sanitaire. Le rapport de l’UAF a enregistré 48 cas au mois de mars et 102 au mois d’avril à Agadir, contre 36 cas en janvier et 43 en février, ce qui constitue une hausse de 31%. A Tanger, ce nombre est passé de 50 au mois de mars à 70 en avril (hausse de 26%) ; A Marrakech : de 5 à 11, respectivement aux mois 3 et 4 (baisse de 19% par rapport au début de l’année) ; Meknès : 9 et 31 cas, Errachidia : 30 et 33 (hausse de 22%) ; Casablanca : 36 et 74 (34% de plus) et un passage de 41 à 68 a été relevé au niveau de Rabat (hausse de 19%).