Menu
L'Opinion
Lire GRATUITEMENT notre journal en PDF
L'Opinion
Facebook
Twitter
YouTube Channel
Instagram
LinkedIn

Actu Maroc

Variant Delta : Ces clusters qui rappellent la menace de la résurgence pandémique


Rédigé par L. OUAZRY le Lundi 26 Juillet 2021

Depuis plusieurs semaines, les clusters du variant Delta se multiplient dans le Royaume, faisant planer sous nos cieux l’ombre d’un reconfinement. Contactés par nos soins, les épidémiologistes appellent à la vigilance.



Les cas de contamination au Covid-19 connaissent une hausse inquiétante. Les dernières données du département de la Santé attestent de chiffres préoccupants. Plus préoccupant encore, des clusters sont détectés dans plusieurs régions.

Alors que tous les indicateurs étaient globalement maîtrisés après plusieurs semaines consécutives de baisse des cas de contamination au Sars-Cov-2 et un excellent démarrage de la campagne de vaccination, on assiste depuis quelques jours à un retournement de situation.Une augmentation très sensible de nouveaux cas de Covid-19 est enregistrée quotidiennement. La menace d’un reconfinement plane sur nos têtes.

Recrudescence des chiffres

Nous sommes ainsi passés d’une moyenne de moins de 400 cas par jour à 1500 cas par jour entre fin juin et le 10 juillet. Et il n’y a pas que ça…Des foyers de contamination au variant Delta ont été détectés dans plusieurs régions. Après Casablanca, Kénitra, Rabat, un cluster a été découvert dans un établissement hôtelier à Agadir où près de 80 personnes, dont des membres du personnel, ont été testées positives.

Selon les chiffres du département de la Santé, le taux de reproduction de la Covid-19 s’est aggravé à 1,3 au niveau national durant la dernière quinzaine (22 juin/05 juillet) :« Il s’agit d’une augmentation notable de 61,1% des cas positifs », a déclaré Abdelkrim Meziane Bellefquih, chef de la division des maladies transmissibles au ministère de la Santé. Ce dernier n’a pas manqué d’alerter quant au risque d’une nouvelle vague, appelant à plus de vigilance et de fermeté.

Les experts tirent la sonnette d’alarme

De son côté, le Pr Azeddine Ibrahimi, directeur du laboratoire de biotechnologie de la Faculté de médecine et de pharmacie Mohammed V à Rabat, également membre du comité scientifique en charge du suivi du Covid, estime que le variant Delta, présent au Maroc depuis le début du mois de mai, va être rapidement le virus majoritaire et qu’il faut prendre cela en considération dans nos stratégies.

«On s’en doutait un peu qu’avec l’arrivée de ce variant et au vu de son taux très élevé de contagiosité, la prévalence du virus allait s’accroître». Et de poursuivre : « Il est donc impératif de revoir nos plans, nos comportements et de faire preuve de maturité collective. Autrement, on risque de payer le prix fort».

Même son de cloche pour le Dr Saïd Afif, président de la Société marocaine des sciences médicales et membre de la commission en charge de la stratégie de la vaccination, qui estime que l’épidémie ne pourra être contrôlée qu’avec 90% à 95% de personnes vaccinées. En attendant, «on doit se plier scrupuleusement aux gestes barrières», insiste-t-il. Pour rappel, le nombre de primo-vaccinés est de l’ordre de 10.356.845, alors que celui des personnes ayant reçu les deux doses du vaccin s’élève à 9.221.525.

Menace d’un nouveau confinement

Les membres de la commission en charge de la stratégie de vaccination sont unanimes :« Une nouvelle vague n’est pas exclue ! ». Un tour de vis pourrait être opéré pour contrer le variant Delta. Doit-on s’attendre à un nouveau confinement pour éviter une situation critique ? Divers facteurs sont à l’origine de la détérioration de la situation sanitaire : ouverture des frontières, reprises des activités récréatives, reprise des vols, relâchement des mesures restrictives, arrivée du variant Delta sur le sol marocain, sont autant de facteurs derrière ce rebond.

En effet, force est de constater que les gestes barrières sont de plus en plus délaissés, en particulier chez les jeunes. Alors que c’est la population qui est la plus mobile, qui sort le plus et qui n’est pas vaccinée.

En conséquence, le Maroc risque de payer fort le laxisme ambiant depuis plusieurs jours. La situation critique chez nos voisins tunisiens, en France, en Australie, dans les Pays Bas et bien d’autres régions devrait nous alerter et nous inciter à plus de vigilance. D’autant plus que nos infrastructures sanitaires sont trop fragiles.

Depuis le début du mois de juillet, les chiffres s’affolent. Toutes les régions sont concernées par cette croissance, selon les chiffres du département de la Santé. Toutefois, le pic le plus important est enregistré dans la région de Souss-Massa-Drâa, où on note une progression de 100%. Cela s’explique par le cluster de l’hôtel d’Agadir.

Le Maroc a donc intérêt à éviter à tout prix le scénario de l’automne dernier, qui avait pour principal facteur déclencheur les déplacements et regroupements massifs à l’occasion de l’Aïd Al-Adha. Un pic d’hospitalisations, similaire à celui de l’automne 2020, est fort à parier en l’absence de mesures de contrôle. «L’enjeu n’est pas de durcir les restrictions, ou de réduire les libertés, les politiques doivent penser à des mesures concrètes qui ont du sens», dixit Dr Jaâfar Heikel, épidémiologiste, spécialiste en maladies infectieuses et expert en management sanitaire.

Plus de sensibilisation

«Il suffit de sortir quelques heures à Casablanca, d’aller sur la côte le soir pour s’apercevoir que les gestes barrières ne sont pas respectés, alors que les jeunes ne sont pas vaccinés», avance Dr Heikel. Et de poursuivre : «C’est juste une relation de cause à effet. Si les mesures restrictives ne sont pas appliquées, il est tout à fait normal de voir les cas positifs augmenter.

Ceci dit, il ne faut pas oublier qu’il y a une relation entre l’évolution des cas positifs et l’augmentation du nombre des tests. Avec la reprise de l’aérien, les gens font plus de tests», explique l’épidémiologiste. En effet, le nombre des tests a beaucoup augmenté, en particulier depuis le 15 juin dernier. On compte plus de 20.000 tests par jour, à l’exception des week-ends. Face à cette situation, il urge de faire le nécessaire pour freiner les contagions.

Toujours selon le Pr Heikel, il faut un travail de sensibilisation. «Le ministère de la Santé doit communiquer de manière fluide, accessible à tous. Il faut beaucoup de pédagogie (beaucoup de carottes et peu de bâton)», estime-t-il.

En effet, de nombreux experts recommandent un abaissement de la capacité d’accueil de certains lieux récréatifs pour contenir la pandémie. Un pass sanitaire (vaccination ou test négatif) pour accéder aux hôtels, restaurants, cinémas, ainsi que des mesures partielles de restrictions dans les territoires les plus touchés sont aussi recommandés.

Le département de la Santé au même titre que le chef du Gouvernement, M. Saâd Eddine El Othmani, ont multiplié les messages d’avertissement quant à un éventuel retour en arrière : « Soit nous allons nous ressaisir et ramener la courbe épidémiologique à une trajectoire positive, soit nous allons droit vers une nouvelle vague ».

Dans cette optique, de nombreuses actions ont été opérées en vue de limiter la circulation du virus et la multiplication des clusters. Les dispositions sanitaires ont ainsi été revues, en fonction des derniers chiffres.
 
L. OUAZRY

3 questions au Pr Jaâfar Heikel, épidémiologiste-spécialiste des maladies infectieuses, expert en économie de la santé


« On n’a pas un problème de lois, mais d’application des lois »
 
- Nous assistons depuis quelques jours à une recrudescence des cas positifs au Sars-Cov-2 et des clusters ont été détectés dans plusieurs régions. Comment expliquer ce rebond de contaminations au Covid-19 ?

- Les raisons sont évidentes. D’ailleurs, je suis étonné qu’on soit étonné. Le Maroc a rouvert ses frontières, l’aérien a repris, les MRE sont de retour, les mariages ont repris, les restaurants, cafés et autres hôtels ont rouvert… et c’est tant mieux ! La vie sociale et économique doit reprendre certes, mais avec des conditions. Cette reprise doit donc être encadrée. Or, sur le terrain, les choses sont désolantes. Les gestes barrières ne sont pas respectés ; les mesures restrictives, non appliquées. Il y a une sorte de relâchement de la part de la population et un laisser-aller de la part des autorités.


- Vous seriez donc pour un reconfinement ?

- Je suis un scientifique et un homme de terrain, donc je n’ai pas les prérogatives pour ce genre de décisions. Mais d’emblée, je suis contre un confinement total. Car cela aurait une répercussion négative sur le plan socio-économique. C’est bien de reprendre ses activités économiques, sociales ou récréatives, mais des mesures d’accompagnement sont impératives. Le virus continue de sévir et on doit rester prudent.


- Comment concilier entre cette volonté de relance économique et les contraintes sanitaires ?


- La vaccination est importante. Mais en attendant d’atteindre nos objectifs vaccinaux, commençons par ce qu’on peut faire. Cela suppose une application rigoureuse des mesures restrictives et des gestes barrières. Les restaurants ne ferment pas tous à 23 heures, la capacité d’accueil de 50% n’est pas respectée. Il n’y a qu’à faire un tour à Aïn Diab pour s’en apercevoir.

Nous avons traversé un bon bout de chemin dans cette lutte qu’il serait dommage de basculer à nouveau dans des situations critiques. Alors qu’il suffit d’être fermes et d’appliquer la loi. Mais encore une fois, il faudra une équité dans cette rigueur. Tout le monde doit respecter ces mesures restrictives et tout le monde doit être sanctionné de la même manière. Pas de deux poids deux mesures.

Comme d’habitude, on n’a pas un problème de lois, mais d’application des lois. L’enjeu n’est pas de resserrer les boulons à travers de nouvelles restrictions, mais de mettre en place des mesures pratiques pour plus d’efficacité. Les tests salivaires ne coûtent pas cher, je ne comprends pas pourquoi ils ne sont pas exploités, alors qu’ils peuvent être efficaces car rapides. Cela pourrait être une option pour les mariages, les hôtels, les restaurants, etc. Pour gérer tout ça, il faut prendre l’avis des experts. Enfin, le ministère aussi est appelé à communiquer plus et mieux.

Recueillis par L. O.
 

  


Dans la même rubrique :
< >