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Actu Maroc

Vague de froid : Le plan de Laftit pour secourir les villages du “Maroc profond”


Rédigé par Anass MACHLOUKH le Jeudi 30 Décembre 2021

Confrontés à la vague de froid et aux chutes des neiges, les villages montagneux et quelques zones rurales enclavées seront secourus par le gouvernement qui a mobilisé des équipes médicales et logistiques pour les assister durant cette période. Détails.



Photo : Pascal Kober
Photo : Pascal Kober
En pleine saison hivernale, la vague de froid atteint son apogée, menaçant ainsi les zones montagneuses et rurales qui courent d’être coupées du reste du monde à cause des chutes de neige. Chaque année pendant l’hiver, les habitants de nombreux villages, surtout dans les régions éloignées du Moyen Atlas, celles de Draâ-Tafilalet et les provinces de Chichaoua et du Haouz, se trouvent isolés du reste du pays après le blocage des routes. Ce qui provoque des pénuries de produits alimentaires et un manque de bois pour le chauffage.

L’an dernier, des vidéos émouvantes de familles démunies bravant le froid avaient suscité une émotion générale dans les réseaux sociaux, ce qui a poussé tout un tas d’associations à organiser des campagnes humanitaires. Le souvenir de la saison de 2008, où plusieurs vies ont été perdues à cause de la chute des températures, reste encore vivant dans les mémoires.

Conscients de l’ampleur des risques encourus par les villageois, le ministère de l’Intérieur semble prendre ses dispositions pour éviter une débâcle humanitaire. Interrogé sur ce point à la Chambre des Conseillers, lors de la séance hebdomadaire consacrée aux questions orales, Abdelouafi Laftit a exposé, de façon détaillée, ce que son département compte faire pour venir en aide aux habitants des villages montagneux et parer aux risques que fait peser leur enclavement.

Les ministères concernés se mobilisent

Pour cela, un plan national d’atténuation des effets de la vague de froid pour la saison hivernale 2021- 2022 a été mis en place, selon Abdelouafi Laftit. Tous les départements ministériels joignent leurs efforts pour venir en aide à près de 800.000 personnes, réparties sur 150.468 familles dans 1.797 douars, relevant de 27 provinces.

Une Commission nationale, qui regroupe les différents ministères et secteurs concernés, le Centre de commandement et de vigilance au niveau du ministère de l’Intérieur et les comités provinciaux de vigilance, de suivi et d’évaluation, est actuellement mobilisée pour établir les modalités de mise en oeuvre de ce Plan national.

Le niveau d’enclavement varie d’une région à une autre, le ministère de l’Intérieur a fixé trois niveaux d’alerte, selon des critères tels que la durée éventuelle d’isolement.

Le niveau rouge correspond aux douars à risque d’isolement pour une durée de plus de 7 jours, 250.000 personnes, résidant dans 654 douars, sont concernées. De leur côté, 330.000 personnes, réparties sur 845 douars, pourraient être isolées de 4 à 7 jours. Ceci correspond au niveau d’alerte orange, selon les explications d’Abdelouafi Laftit. 220.000 habitants de 298 douars sont concernés par le niveau “jaune”, qui signifie un risque d’enclavement mois élevé (deux à trois jours).

Unités médicales et hôpitaux de campagne

Le gouvernement envisage, comme c’est le cas chaque année, de fournir des services de santé. Il sera, à cet effet, secondé par les Forces Armées Royales (FAR) qui vont mettre en place des hôpitaux de campagne, sur Hautes instructions de SM le Roi, Chef Suprême et Chef d’Etat-Major Général des FAR. Le ministère de la Santé participe, à son tour, à cette opération, en déployant des “hôpitaux mobiles”.

En plus de cela, compte tenu de la recrudescence de la pandémie, des équipes médicales mobiles vont effectuer des visites de terrain dans les différentes provinces recensées, tout en faisant le suivi de la situation des femmes enceintes et des personnes âgées souffrant d’isolement ou de maladies chroniques.

Par ailleurs, les opérations de secours ne visent pas uniquement le volet médical, mais concernent également l’approvisionnement. Compte tenu de la coupure des routes, le risque de pénuries demeure très probable.

Le ministère de l’Intérieur prévoit la distribution d’aides alimentaires et de couvertures, avec l’encadrement de la contribution de la société civile dans les zones concernées, en assurant des services d’hébergement et de secours, la prise en charge des personnes sans domicile. Les équipes de terrain seront épaulées par un appui aérien. Des plateformes seront aménagées pour l’atterrissage des hélicoptères de la Gendarmerie Royale et du ministère de la Santé.

Approvisionnement assuré

Les populations ciblées par ce plan national, évoqué par Abdelouafi Laftit, auront droit au bois de chauffage et de fours, qui seront distribués également, selon le ministre, aux établissements d’enseignement, aux centres de santé et aux maternités situés dans les zones ciblées. Comme les zones enclavées vivent principalement des activités agricoles et de l’élevage, les autorités envisagent d’assurer leur approvisionnement en fourrages subventionnés pour le bétail, dans le cadre du programme du ministère de l’Agriculture, de la Pêche, du Développement rural et des Eaux et Forêts.

L’approvisionnement alimentaire et l’aide médicale ne suffisant pas, le désenclavement demeure l’un des principaux soucis des habitants. Abdelouafi Laftit en est conscient, puisqu’il a annoncé aux Conseillers un plan préparé par la commission interministérielle pour l’ouverture des routes de façon permanente.

Pour veiller au bon déroulement de cette opération, les services du ministère ont pris plusieurs mesures proactives, a ajouté M Laftit, qui en a cité l’opérationnalisation du Centre de commandement et de vigilance au niveau du ministère de l’Intérieur afin d’assurer le suivi de l’évolution de la situation, la coordination des opérations d’intervention en cas de besoin, le suivi et l’évaluation permanente de la situation sur le terrain par les comités provinciaux de vigilance.

M. Laftit a affirmé que le Maroc a accumulé une grande expérience en matière de gestion de telles situations et n’a rien à envier aux pays habitués à ces conditions climatiques, faisant état de la hausse très positive qui caractérise la performance des différents intervenants dans ce domaine. Et de conclure que la forte mobilisation de tous les acteurs doit rester de mise, tant au niveau central que local, surtout en cette période de l’année, afin d’assurer le désenclavement des zones montagneuses et l’ouverture des routes et garantir l’approvisionnement régulier et la continuité des services sociaux de base, dont la santé et l’éducation.

 


Réduction des disparités territoriales : où en sommes-nous ?

L’enclavement des régions montagneuses pendant l’hiver renvoie à la question cruciale de la réduction des disparités territoriales et sociales, malgré plusieurs plans nationaux destinés à procurer aux zones rurales les services de base tels que l’eau potable, l’électricité et l’accès aux routes.

Devant les Conseillers, le ministre de l’Intérieur a fait le bilan des actions menées dans ce cadre, ces dernières années. Il a fait état de la construction et la réhabilitation de 12.881 kilomètres de routes et pistes rurales, outre la construction et le renforcement de 116 ouvrages d’art, la construction et l’extension de 2.176 établissements scolaires, l’acquisition de 539 véhicules de transport scolaires ainsi que 165 opérations d’achat d’équipements scolaires.

Dans le domaine de la Santé, il a cité la mise en place de 436 systèmes d’alimentation en eau potable, 16.853 opérations d’alimentation en eau via un raccordement individuel et mixte, les fontaines publiques ainsi que l’extension du réseau d’alimentation en eau potable sur une longueur de 813 kilomètres.

Quant au raccordement au réseau électrique, le ministre de l’Intérieur a fait état de l’électrification généralisée en faveur de 627 douars, outre la mise en place de panneaux photovoltaïques au profit de 2.707 familles ainsi que l’extension des lignes basse tension sur une longueur de 870 kilomètres.