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Tribune libre

VACCINS, Espoir, Polémique et Sensibilisation


Rédigé par Allal Amraoui le Lundi 23 Novembre 2020


Dr Allal Amraoui, Chirurgien, député istiqlalien Ancien Directeur régional de la Santé, Président du Centre marocain des études et recherches en politique de santé.
Dr Allal Amraoui, Chirurgien, député istiqlalien Ancien Directeur régional de la Santé, Président du Centre marocain des études et recherches en politique de santé.
Covid 19, épreuve sanitaire et économique

La pandémie de COVID-19 est sans aucun doute, la plus grande épreuve subie par notre monde depuis des décennies. Des centaines de milliers de vies ont été perdues, ou sont encore menacées, et l’économie mondiale connaît sans doute sa pire récession depuis les années 1930. Les pertes d’emplois et de revenus qui en résultent auront d’autres répercussions négatives sur les moyens de subsistance, la santé et le développement durable.

Au fur et à mesure que la transmission interhumaine de la COVID-19 se démultipliait, les systèmes nationaux et internationaux de santé, de surveillance et de riposte se sont effondrés, aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvres.

C’est très clair que pour plus ou moins combattre la pandémie de la Covid-19, il faut avoir une immunité soit naturelle, soit acquise. L’immunité naturelle, c’est ce qui arrive en ce moment, c’est à dire que les gens qui vont être infectés par le Coronavirus développent des anticorps leur permettant de combattre le virus. Pour ce qui est de l’immunité acquise, il s’agit d’utiliser un vaccin. Tous ceux qui avaient cru en la première ont déchanté et se sont rendus compte de l’impossibilité d’atteindre une immunité collective naturelle, l’exemple suédois en est la preuve ultime, ce pays qui a laissé circuler le virus durant plus de six mois, au prix de milliers vies perdues de plus par rapport à ses voisins vient de revenir à la démarche unanime du confinement. 

Reste donc l’immunité acquise et les espoirs d’une fin de pandémie et de retour à une vie normale qui reposent désormais plus sur un vaccin que sur la découverte de traitements qui seraient en mesure de soigner la Covid-19.

Ces vaccins seront-ils à la hauteur, fiables et efficaces ? Seront-ils produits en quantités suffisantes pour satisfaire la demande mondiale ? Quels pays à servir en premier et en quels délais ? Quelle partie de la population faut-il vacciner en priorité pour atteindre l’immunité de groupe ? Comment faire adhérer les citoyens à une va
ccination de masse (Sous réserve d’avoir des quantités suffisantes)? Sera-t-il obligatoire ?
Tant de questions avec relativement de plus en plus de réponses actuellement.

Réels espoirs et vigilance

Aujourd’hui plus de 200 projets de vaccins contre le Covid-19 sont en cours  à travers le monde. Parmi les 48 projets les plus avancés, actuellement testés sur des êtres humains, certains suscitent une réelle vague d'espoir à travers le monde avec des annonces prometteuses de vaccins efficaces à 90 % ou plus. Les projets de vaccin de Pfizer-BioNTech et de Moderna, mais aussi ceux des laboratoires chinois Sinovac et Sinopharm, attendent qu’ils soient examinés par des pairs et publiées dans une revue scientifique.

Si le but recherché par les vaccins anti-Covid est le même, leurs modes de fabrication varient, leurs efficacités et leurs risques aussi. 

La production étant lancée en parallèle des essais (sans certitude que ces vaccins seraient approuvés par les autorités de santé), il va falloir passer par le tunnel de la certification administrative des autorités sanitaires d'éventuels pays acheteurs (autorisation de mise sur le marché souveraine à chaque pays). Avant que les laboratoires soient en capacité de produire en masse et que les États organisent une vaccination collective, il va encore se passer un certain temps, voire un temps certain. Ce qui est sûr, c'est qu'aucun vaccin ne sera autorisé dans le monde sans une efficacité minimale de 50%, sachant qu’un taux d'efficacité de 60 ou 70% est déjà un bon résultat.

En attendant, L’Organisation mondiale de la santé tente de freiner l’optimisme qui est en train de naître un peu trop rapidement à la suite des annonces sur les vaccins contre le Covid-19, elle conseille de rester vigilants et de ne pas relâcher les mesures sanitaires, il faudra « au moins quatre à six mois avant qu’il y ait des niveaux suffisants de vaccination où que ce soit ».

L’homologation étant l’aboutissement de  procédures rigoureuses, encore faut-il pouvoir produire suffisamment de doses pour pouvoir distribuer le vaccin à un gigantesque marché. Et pour s'assurer la livraison des futures doses, les gouvernements se sont d'ailleurs dépêchés de conclure des accords préliminaires. Notre pays s’est inscrit en pole position pour être l’un des premiers servis, et ceci est une grande chance dont nous pouvons être fiers.

L'accès au vaccin dépendra aussi de la capacité à surmonter les contraintes importantes de logistiques liées au transport, stockage et conservation du produit. Il faudra trouver le personnel suffisant pour cette campagne d’envergure, alors qu’ils sont déjà très accaparés par l'épidémie et aussi assurer l’acceptation par la population, déterminante pour sa réussite.

Signalons que pour les besoins jugés urgents, les deux vaccins expérimentaux anti-Covid de la firme chinoise Sinopharm ont déjà été administrés « en urgence » à près d’un million de personnes, sans retours faisant état de réactions indésirables graves et aucune de ces personnes inoculées n’a attrapé le Covid-19, même si elles se sont rendues « dans plus de 150 pays » selon la compagnie.

Compte tenu des capacités de production limitées, il ne sera pas possible de vacciner tout le monde immédiatement. L’OMS insiste sur l’objectif que chaque pays soit en mesure de vacciner 20% de sa population d'ici à la fin 2021. Les données épidémiologiques soulignent en effet la nécessité d'une distribution équitable du vaccin pour une efficacité maximale.

Le vaccin contre la Covid-19 ne devant pas être un bien commercial, mais un bien public mondial, accessible le plus rapidement au plus grand nombre. Et pour contrer les intérêts égoïstes de chaque pays, l'OMS a donc lancé avec GAVI, la plateforme Covax, qui regroupe des gouvernements, des scientifiques, des membres de la société civile et du secteur privé, incluant les pays africains, et visant à s'assurer une répartition juste et équitable du vaccin. Deux stratégies sont à évaluer, vacciner à très grand nombre pour viser l’immunité de groupe, ou vacciner les populations à risque, sachant qu’ils réagissent souvent moins bien aux vaccinations.

La plus part des pays se proposent de vacciner en premier les catégories les plus exposées, les personnels de première ligne  comme les soignants, les autorités publiques et les forces de sécurité, ainsi que les  personnes âgées ou vulnérables au virus, avant que la vaccination soit élargie à tous les adultes. L’objectif est d’éviter non pas seulement des décès, mais aussi avoir une protection suffisante pour éviter les hospitalisations et les réanimations.
 
 
Nécessaire adhésion de tous les citoyens

Pour notre pays le Maroc, l’urgence est bel et bien là, on en est bien conscients. Urgence sanitaire d’abord car le pays est confronté à une recrudescence de la pandémie, accentuant la pression sur nos hôpitaux déjà rudement mis à l’épreuve.

Urgence économique ensuite puisque nous sommes officiellement entrés en récession fin juin, près d’un citoyen sur deux est aujourd’hui au chômage et le revenu des ménages a été divisé par deux.
Il faut dire que faute de pouvoir contenir la propagation du coronavirus et limiter son raid meurtrier, la seule alternative reste un confinement total, dont personne ne veut entendre parler en raison de son coût économique exorbitant et de ses conséquences sociales dévastatrices. L’autre alternative est de tout miser et parier à l’instar des grandes nations sur la vaccination pour vaincre la Covid-19. L’annonce royale nous a tous rassurés quand à la capacité de notre pays à se positionner dans la course mondiale à l’acquisition des vaccins. Le Maroc, grâce aux hautes orientations royales, a su faire preuve d’anticipation et s’est positionné pour en bénéficier en priorité. Sachant qu’aujourd’hui 51% des commandes sont destinées à 13% seulement de la population mondiale.

A l’inverse de beaucoup de pays dont la France, le Maroc a toujours estimé que l’obligation vaccinale est contre-productive. En revanche, il conseille fortement de suivre le calendrier national de vaccination et respecter les différentes dates recommandées par le ministère de la santé. Un programme national de vaccination efficace avec un taux de vaccination d’environ 95%, sans aucun doute la plus grande réussite de nos politiques de Santé depuis l’indépendance, ce qui a permis d’éradiquer plusieurs maladies et de faire chuter le taux de mortalité infantile. Les différents vaccins proposés, ciblent plusieurs maladies comme l’hépatite virale type B, le tétanos, la tuberculose, la poliomyélite, la coqueluche et la diphtérie. Ils s’attaquent aussi aux diarrhées à rotavirus, à la rougeole et la rubéole ainsi que les infections à pneumocoque et l’Haemophilus Influenza type B. Pour rappel, ce programme de vaccination a permis d’éradiquer plusieurs maladies et de faire chuter le taux de mortalité infantile. 

La vaccination est le moyen le plus sûr, le plus efficace, c’est ainsi qu’on éradique les maladies qui circulent. A grande envergure, elle s’avère le meilleur moyen d’atteindre une immunité de la population, et est nécessaire pour que le Covid-19 ne revienne pas.

Reste, même avec un vaccin très efficace, sûr et pouvant être fabriqué, il n'a de valeur pour la santé publique que s'il parvient effectivement aux personnes qu'il doit protéger et s'il est largement utilisé par les populations. S’il n’y a qu’une minorité de la population qui se fait vacciner, alors la protection générale ne sera pas suffisante pour que le virus arrête de se répandre. Et malgré le caractère meurtrier de l'épidémie, nous ne pouvons ignorer des voix populistes certes, qui résonnent à l’international, semant le doute autour même de l’existence de la pandémie, ou sur sa gravité, la crainte d’une trop grande précipitation dans la conception du vaccin, la peur d’effets secondaires. Les théories complotistes  alléguant par exemple qu'un vaccin contre le Covid servira à implanter une puce électronique sont également particulièrement présentes sur les réseaux sociaux dans le monde. Cette ambiance risque en effet d’encourager la réticence de la population au vaccin et pourrait freiner la couverture vaccinale.
 
Dilemme: protéger la santé publique et respecter le libre choix de l’individu

La question de rendre obligatoire le vaccin anti-Covid ou pas est d’actualité, il faudra en discuter en cas de nécessité. Le Maroc ayant abandonné certaines dispositions coercitives, parfois assorties de sanctions. Mais avec le contexte actuel de crise, ce paradigme pourrait être remis en question, dans la perspective de résoudre l’équation de protéger la santé publique et respecter le libre choix de l’individu.
La pandémie Covid-19 a déjà conduit le gouvernement à décréter l'état d'urgence sanitaire qui investit l’Etat de larges prérogatives, afin de prendre des mesures exceptionnelles appropriées, pour empêcher l’aggravation de l’état épidémique de la maladie et de mobiliser toutes les ressources disponibles pour protéger la vie des personnes et assurer leur sécurité.

Les citoyens sont donc censés, sous peines de sanctions, se conformer aux commandements et décisions émanant des autorités publiques.

Selon l'article 21 de la Constitution, « La sécurité sanitaire est à la fois un droit constitutionnel collectif pour les citoyens et une obligation à la charge de l’État». La loi cadre 34.09 relative au système de santé impose à l’état d’entreprendre « des actions de prophylaxie et de lutte contre les maladies », ainsi « la solidarité et la responsabilisation de la population dans la prévention, la conservation et la restauration de la santé » sont des principes dont la mise en œuvre « incombe principalement » aux pouvoirs publics.
Décréter l’obligation de vaccin pourrait aussi nourrir la théorie de « plan caché de vaccination » des antivax, et peut à l’instar de l’obligation du port du masque ne pas être suffisant, car il faudra pouvoir assurer le respect de cette obligation.

L’adhésion donc de la population est incontournable, et il faut savoir que la communication est une chose essentielle avant toute campagne de vaccination de masse, afin de clarifier aux citoyens tous les aspects liés au processus de vaccination pour assurer leur implication et instaurer un climat de confiance, et contrer les voies réticentes loin de toute théorie de complot.

Se prémunir et prémunir les autres

Pour conclure, il faut ressasser le principe de la vaccination repose non sur le bénéfice individuel, mais sur celui de la collectivité : je me vaccine afin de faire barrage à la propagation de la maladie, afin de me prémunir et de prémunir mes semblables.

Dr Allal Amraoui, Chirurgien, député istiqlalien,
ancien Directeur régional de la Santé,
Président du Centre marocain des études et recherches en politique de santé.

  



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