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Monde

USA-Yémen : Retrait des Houthis de la liste de groupes terroristes


le Dimanche 7 Février 2021

Les Etats-Unis vont retirer les rebelles Houthis du Yémen de leur black liste des groupes terroristes. L’ONU a salué la décision.



USA-Yémen : Retrait des Houthis de la liste de groupes terroristes
Le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken a «formellement» informé vendredi le Congrès de son intention de retirer les Houthis de cette liste noire, a annoncé le département d’Etat. La mesure prendra effet rapidement. «Annuler cette désignation est une avancée vers la paix», a réagi samedi auprès de l’AFP Abdulelah Hajar, un responsable houthi.

«La révocation de cette désignation apportera un profond soulagement à des millions de Yéménites qui dépendent de l’assistance humanitaire et des importations commerciales pour répondre à leur besoins vitaux de base», s’est aussi réjoui le porte-parole du secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres dans un communiqué.

Les Houthis avaient été classés parmi les groupes terroristes à la fin du mandat de Donald Trump, mais des organisations d’aide humanitaire estimaient que cela entravait leur action sur le terrain.

Engagement US à défendre le territoire saoudien
«Cette décision n’a rien à voir avec ce que nous pensons des Houthis et de leur conduite répréhensible, dont des attaques contre des civils et l’enlèvement de citoyens américains», a déclaré le porte-parole du département d’Etat

«Nous nous sommes engagés à aider l’Arabie saoudite à défendre son territoire contre de nouvelles attaques. Notre action est due uniquement aux conséquences humanitaires de cette désignation de dernière minute de l’administration précédente, dont les Nations unies et des organisations humanitaires ont depuis dit clairement qu’elle allait accélérer la plus grave crise humanitaire au monde», a-til expliqué.

Des organisations humanitaires ont déclaré qu’elles n’avaient pas d’autre choix que de traiter avec les Houthis, qui gouvernent de facto une grande partie du Yémen dont la capitale Sanaa. Or, leur désignation comme terroristes exposait toute entité traitant avec ces rebelles au risque d’être poursuivie en justice par les Etats-Unis.

Le prédécesseur d’Antony Blinken, Mike Pompeo, avait justifié cette mesure en soulignant les liens des Houthis avec l’Iran, auquel le président Trump était très hostile, et en invoquant une attaque meurtrière des rebelles en décembre sur l’aéroport d’Aden, deuxième ville du Yémen.

Le revirement intervient juste après l’annonce par le nouveau président Joe Biden de la fin du soutien américain à la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite qui combat les Houthis.

Cette décision peut «réparer les erreurs passées», a affirmé samedi Téhéran. Mais elle ne va pas «résoudre à elle seule le problème du Yémen», a ajouté le ministère des Affaires étrangères dans un communiqué.

Les belligérants ont réaffirmé leur volonté de mettre fin au conflit après l’engagement de Biden à soutenir les «efforts diplomatiques», mais une solution apparaît toujours hors de portée, estiment des experts

Une guerre qui « doit cesser »
Le conflit oppose depuis plus de six ans les Houthis aux forces gouvernementales, soutenues depuis 2015 par la coalition saoudienne. Il a fait des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés, selon des organisations internationales, et provoqué la pire crise humanitaire au monde, selon l’ONU.

«Cette guerre doit cesser», a martelé jeudi Joe Biden, annonçant l’annulation de ventes d’armes à Ryad et la nomination d’un diplomate chevronné, Timothy Lenderking, comme émissaire pour le Yémen.

Le gouvernement yéménite reconnu par la communauté internationale a salué ces annonces, soulignant «l’importance de soutenir les efforts diplomatiques» et accueillant la nomination de M. Lenderking comme une «étape importante» pour «mettre fin à la guerre causée par les Houthis soutenus par l’Iran».

L’Iran nie fournir des armes aux Houthis mais ne cache pas son soutien politique aux rebelles.

Ceux-ci ont apporté leur soutien au nouveau gouvernement américain, qui avait indiqué dès janvier qu’elle reconsidérerait l’inscription sur la liste noire.

«Nous sommes prudemment optimistes», a indiqué à l’AFP Hamid Assem, un responsable Houthi. «Nos missiles ne s’arrêteront pas tant qu’il n’y aura pas de cessez-lefeu (...) Ce sont eux qui ont commencé la guerre, ce sont eux qui doivent y mettre fin», avait-il toutefois prévenu, se référant au gouvernement et à ses alliés.

Ryad a salué «l’engagement» de Biden «à coopérer avec le royaume pour défendre sa souveraineté et contrer les menaces contre elle». L’Arabie saoudite est depuis des mois la cible d’attaques répétées des rebelles.

Adel al-Jubeir, ministre d’Etat saoudien aux Affaires étrangères, a exprimé sur Twitter sa «hâte» de travailler avec les «amis américains pour mettre fin aux conflits».

Grave menace de catastrophe environnementale
Le Yémen a mis en garde samedi contre la pire catastrophe environnementale et humanitaire que l’effondrement du réservoir flottant de pétrole Safer pourrait causer aux pays de la région et du monde, après que les Houthis se soient retirés de leur accord avec les Nations Unies sur le maintien du réservoir flottant dans la mer Rouge au large de Hodeidah, à l’ouest du pays.

Le représentant permanent du Yémen auprès des Nations Unies, Abdullah Al-Saadi, a accusé lors d’une virtuelle réunion avec son homologue au Royaume-Uni Barbara Woodward, les Houthis d’avoir retardé et empêché l’équipe technique des Nations Unies d’atteindre le réservoir pour évaluer son état, effectuer la maintenance initiale et en disperser le pétrole. Il a déclaré - selon l’agence de presse officielle Saba - que la milice Houthi utilise ce fichier pour négocier et faire chanter la communauté internationale.

Le pétrolier «Safer» est une unité flottante de stockage et de déchargement, ancrée au large de la côte ouest du Yémen, à 60 km au nord du port de Hodeidah, et est utilisée pour stocker et exporter du pétrole provenant des champs pétrolifères du gouvernorat de Ma’rib. Le navire n’a pas subi de travaux de maintenance depuis 2015, le pétrole brut (1,148 million de barils) et la montée des gaz constituent une menace sérieuse pour la région, et les Nations Unies affirment que le navire est une bombe à retardement qui pourrait exploser à tout moment.