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Conso & Bien-Être

Troubles alimentaires : quand le confinement devient un enfer


Rédigé par Meryem EL BARHRASSI le Vendredi 8 Mai 2020

Seules ou en famille, subissant le regard de leurs proches, les victimes de troubles du comportement alimentaire tentent de surmonter cette épreuve « au jour le jour ».



Troubles alimentaires : quand le confinement devient un enfer
S’alimenter fait partie des besoins vitaux de chaque être humain, mais le confinement en a modifié les conditions d’accès. Les restaurants ont fermé, emportant avec eux le plateau de sushis, l’assiette steak-frites ou encore le café gourmand en terrasse. «Tous les repas, y compris le déjeuner, sont désormais pris à la maison et l’individu est confronté à cette nécessité de trouver soi-même cette nourriture et de la préparer», indique Dr Yousra Moustafid, nutritionniste.

Les troubles du comportement alimentaire (TCA) peuvent être plus importants en cette période de confinement. Difficiles à vivre au quotidien, ils représentent souvent une source d’isolement en plus d’un risque pour la santé. Aujourd’hui, la pandémie de Coronavirus, et le confinement qu’elle induit, compliquent nettement le quotidien déjà difficile de ces patients. Pour Amine, cette phase est une expérience difficile à surmonter. Malgré plusieurs mois de thérapie, l’étudiant de 24 ans n’est pas parvenu à mettre fin à ses pulsions. «Je n’ai pas eu de crise pendant plusieurs jours au début du confinement, et puis j’ai craqué. Je sors de dix jours de boulimie », rapporte-t-il. Sur une application qui fait office de journal de poids, Amine dresse sa consommation de calories quotidienne. «Lorsque je fais une crise, j’avale entre 3500 et 5000 calories. Ça me choque », souligne le jeune étudiant.

Une difficulté supplémentaire pendant le confinement

Pour les personnes atteintes de TCA, être enfermées face à son corps avec un frigo plein de nourriture est un véritable challenge. Dès les premiers instants, l’angoisse s’installe, car ils ne peuvent plus mettre en place les astuces qui leur permettent habituellement de tenir leurs peurs et leurs compulsions à distance.

Le confinement perturbe les sensations et les repères alimentaires déjà mis à mal chez les personnes atteintes de troubles alimentaires. Dr Moustafid explique qu’il peut en résulter une augmentation des crises de boulimie (ingestions excessives d’aliments, de façon répétitive et durable), liée au fait que l’on reste à la maison. L’ennui, un réfrigérateur plein, l’oisiveté… représentent alors des facteurs de risque pour des personnes sujettes à des comportements compulsifs. Pour celles qui souffrent d’anorexie (refus de s’alimenter), l’angoisse et l’anxiété provoquées par le contexte actuel peuvent perturber les sensations de faim et « provoquer une diminution ou une perte de l’appétit », ajoute la nutritionniste.

Le regard des parents

Des milliers de calories supplémentaires qu’Amine tente de cacher à ses parents avec qui il est confiné. «Ils sont tout le temps là. C’est ce qu’il y a de plus difficile », avoue-t-il. Manger est donc devenu stratégique. Pour ne pas les inquiéter et «par honte aussi», Amine choisit strictement ses aliments : «S’il y a cinq paquets de chips, je n’en prends qu’un pour que cela passe inaperçu. Je laisse aussi quelques biscuits et fais croire que les autres ont été mangés tout au long de la semaine », raconte le jeune. 

Tout ce stress psychique peut faire ressurgir des pensées anorexiques ou boulimiques. D’autant que le rythme de vie en confinement est bien différent et ses restrictions freinent l’hyperactivité de certains malades. «Habituellement je suis très organisé : je vais aux cours, au travail, puis je cours ou me rends à la piscine en fin de journée. Avec le confinement, je me couche tard et me lève tard», précise Amine.

Dialoguer pour mieux aider

À tout cela s’ajoute la perte du lien social, rompu par le confinement, et ainsi le sentiment de solitude. «Les patients souffrant de TCA sont déjà pour la plupart en situation de retrait social», explique Dr Moustafid.

Il faut pouvoir prendre conscience que ce n’est pas un manque de volonté mais une maladie reconnue. « Je pense que prendre conscience que son enfant, son conjoint souffre d’une vraie maladie permet d’instaurer le dialogue plus facilement », souligne Dr Moustafid.

Il faut ensuite apprendre à détecter les symptômes afin d’apporter une aide adaptée. Ces maladies peuvent se manifester de plusieurs façons, parfois bien différentes de ce que nous imaginons. Par exemple, une personne atteinte de ces troubles n’est pas forcément maigre.  

Enfin, le repas doit rester un moment vide de tensions. Le sujet des troubles alimentaires est très sensible et mérite d’être discuté. Il faut toutefois trouver le bon moment et la bonne manière de l’aborder avec la personne concernée.  

Meryem EL BARHRASSI 

  


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