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Tourisme estival : Une haute saison à petits budgets !


Rédigé par Abdellah MOUTAWAKIL Jeudi 28 Juillet 2022

La reprise touristique se confirme, avec des arrivées en hausse et un taux de récupération qui dépasse les 71% par rapport aux années d’avant crise du Covid-19. Les recettes également sont en hausse, mais pour les touristes et les opérateurs, la saison est synonyme de petits budgets. Explications.



C’est une haute saison touristique particulière qui se déroule cette année. Certes, la reprise est confirmée par des indicateurs très encourageants, avec l’arrivée de 3,4 millions de touristes durant le premier semestre, selon le ministère du Tourisme. Mais, pour les opérateurs et les touristes eux-mêmes, l’équation est très loin d’être facile. « Nous assistons à une saison estivale à petits budgets. Qu’il s’agisse de touristes nationaux ou étrangers, tous surveillent leurs dépenses », constate un opérateur touristique.

« En réalité, nous faisons seulement tourner la machine, mais le compte n’y est pas vraiment », poursuit notre interlocuteur, membre de la Confédération Nationale du Tourisme, qui a requis l’anonymat. L’impact de la guerre en Ukraine et la baisse généralisée du pouvoir d’achat sont les principales raisons invoquées pour expliquer cette réticence ou plutôt l’incapacité des touristes à se permettre certaines folies en cette saison estivale considérée comme celle de la reprise effective du secteur touristique.

Budget de 400 euros

A titre d’exemple, les tours opérateurs étrangers qui orientent leurs clients vers le Maroc proposent des packages qui varient entre 300 et 400 euros la semaine, soit entre 3.000 et 4.000 dirhams. « Ce package comprend parfois du all-inclusive, à savoir l’aérien, les transferts en voiture, voire parfois la pension complète à l’hôtel », renseigne un tour opérateur marocain.

« Finalement, les partenaires marocains essaient de s’adapter à la situation en essayant de proposer quelque chose de convenable, mais c’est loin d’être rentable », poursuit notre interlocuteur. En tout cas, du côté de l’Office National Marocain du Tourisme (ONMT), on table sur la promotion pour renouer avec les marchés européens, principaux émetteurs de touristes en direction du Maroc.

Selon la ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, Fatim-Zahra Ammor, les recettes en devises enregistrées au cours des cinq premiers mois de 2022 se sont élevées à 20 milliards de dirhams, soit une augmentation de 173% par rapport à 2021, et un taux de récupération de 71% par rapport à 2019, avant le Covid-19.

Les nationaux aussi

Pour ce qui est des touristes nationaux, la situation n’est pas plus reluisante non plus. « Les Marocains surveillent leurs budgets également, mais veulent coûte que coûte avoir des offres de qualité », observe un professionnel du secteur. Là aussi, aussi bien sur le plan formel que dans le secteur informel, on assure que tous optent pour les tarifs les plus bas, quitte à abaisser le niveau de leur standing.

D’ailleurs, à ce propos, du côté des agents immobiliers, on rapporte des difficultés à écouler les appartements de haut standing. « Les gens préfèrent des appartements de moyen standing afin de faire des économies sur leurs dépenses », déclare Brahim Lachaibi, Responsable de l’agence Acces Immo, basée à Tanger, une destination balnéaire particulièrement prisée en cette saison estivale. « Actuellement, la situation est telle que certains collègues des agences de voyages et tours opérateurs proposent des offres aux nationaux en leur donnant la possibilité de payer sur 10 tranches. Donc, les gens s’endettent pour leurs loisirs pendant les vacances », indique le patron d’un tour opérateur marocain.

Résilience

En tout cas, du côté du gouvernement, on semble bien observer la situation. Selon la ministre du Tourisme, son département se penche actuellement « sur la mise en place de bases solides d’un développement durable du tourisme interne à travers l’encouragement de l’investissement dans ce type de tourisme et dans les loisirs, la création de stations proposant des prix à la portée de tous les touristes marocains ». Car il ne faut pas oublier que lors des deux dernières années de la pandémie, c’est le tourisme interne qui avait permis au secteur de tenir le coup. Et cela, le gouvernement le reconnait sans ambages. Selon la ministre Ammor, le tourisme interne demeure « une condition essentielle qui garantit la résilience du secteur touristique face aux crises ».



Abdellah MOUTAWAKIL

Repères

Voyages : Les Marocains optent pour le balnéaire
D’après les sondages réalisés auprès des touristes nationaux, 51% des touristes marocains préfèrent le tourisme balnéaire, 58% optent pour voyager pendant les vacances scolaires et 60% préfèrent voyager en famille, tandis que 72% sont plus intéressés par le prix des prestations touristiques. Ces résultats ont été communiqués par la ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, Fatim-Zahra Ammor, en réponse à des questions orales à la Chambre des Conseillers, le mardi 26 juillet.
 
Saison estivale : Coup de pouce de « Marhaba 2022 »
Qui dit saison estivale au Maroc pense à l’opération « Marhaba », avec l’arrivée de millions de Marocains résidant à l’étranger (MRE). Ces Marocains du monde contribuent fortement à gonfler les flux touristiques. Et cette année, ils sont là en nombre. Plus de 700.000 MRE sont arrivés au Maroc à partir des ports espagnols durant l’opération Marhaba 2022, observe d’ores et déjà la Protection Civile espagnole. Les ports de Tarifa et d’Algésiras ont reçu le plus gros trafic avec respectivement 74% et 73,2% des passagers.

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Tourisme estival : Une haute saison à petits budgets !

Vacances estivales


Où vont les Marocains ?
 
« Les touristes marocains qui ont les moyens préfèrent partir à l’étranger, notamment en Turquie ». Au niveau des opérateurs touristiques, c’est l’une des principales tendances que l’on observe depuis le début de l’été. Et pour cause, les destinations turques, certes plus éloignées que celles des voisins d’Europe du Sud, sont pourtant plus accessibles pour les touristes marocains.

En effet, cela en raison de la difficulté d’obtention d’un visa Schengen, alors que ce sésame n’est pas exigé par la Turquie. Cette année, les pays européens semblent encore une fois peu disposés à faciliter l’accès des visiteurs étrangers à leur territoire. Est-ce en raison du Covid ? Probablement. En 2021, sur les 157.100 demandes de visas Schengen déposées au Maroc, 39.520 ont été rejetées, soit un taux de rejet de 27,6%, qui est bien supérieur au taux de rejet mondial moyen des demandes Schengen (13,5%).

Recettes en devises


20 milliards de dirhams en six mois !
 
Selon la ministre du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire, Fatim-Zahra Ammor, quelque 3,4 millions de touristes étrangers ont visité le Maroc au cours des six premiers mois de l’année en cours.

En réponse à des questions orales à la Chambre des Conseillers, la ministre a souligné que ce nombre a quadruplé par rapport à la même période en 2021, et représente 63% du nombre d’arrivées enregistré en 2019. Rien qu’en juin dernier, le nombre des touristes a atteint 1,14 million, soit une hausse de 5% par rapport à 2019. Quant aux recettes en devises enregistrées au cours des cinq premiers mois de 2022, elles se sont élevées à 20 milliards de dirhams, soit une augmentation de 173% par rapport à 2021, et un taux de récupération de 71% par rapport à 2019.

Lors de son intervention devant la Chambre des Conseillers, Fatim-Zahra Ammor a indiqué que son département travaille actuellement sur la mise à niveau de l’offre touristique afin de répondre aux exigences de la clientèle étrangère et marocaine.

Aussi, a-t-elle rappelé le plan d’urgence de 2 milliards de dirhams destiné au soutien du secteur touristique, comme un effort consenti par le gouvernement pour venir en appoint aux professionnels. Toujours selon la ministre du Tourisme, les priorités de son ministère sont : le renforcement de la connectivité aérienne pour développer le tourisme international et national ; la collaboration avec des tours opérateurs internationaux pour promouvoir la destination Maroc ; l’organisation d’une campagne internationale et nationale entre autres.
 

3 questions à Mohamed Saïd Tahiri

Tourisme estival : Une haute saison à petits budgets !

« Les budgets ont baissé, les opérateurs doivent s’adapter »
 
Pour Mohamed Saïd Tahiri, opérateur dans le secteur touristique, la reprise est bien là, mais face à la baisse du pouvoir d’achat, c’est aux opérateurs touristiques de s’adapter afin de tirer leur épingle du jeu.

- Sentez-vous réellement que la reprise se confirme dans votre secteur?

- Oui, la reprise est bien là. Les chiffres confirment que cette reprise est effective, elle est en train de se faire. C’est une très bonne nouvelle, d’autant plus que les plus pessimistes d’entre nous pensaient que cette reprise n’allait avoir lieu qu’en 2024. Là, je crois que dès 2023, nous pourrons atteindre cet objectif si la dynamique actuelle se confirme. Cette reprise est facilitée par la levée des restrictions sur les voyages, mais aussi par l’important travail de promotion mené par l’ONMT et les professionnels du secteur.


- Mais on parle d’une reprise à petits budgets ? Est-ce rentable pour les opérateurs ?

- C’est un constat, et c’est un fait. Il y a effectivement un problème budgétaire chez les gens. La situation économique les oblige à chercher des offres plus familiales. C’est à nous, opérateurs, de nous adapter à cette situation, en cherchant et en proposant des produits accessibles et adaptés à tous. Et je souligne que ces problèmes budgétaires sont constatés aussi bien chez les touristes nationaux qu’étrangers.


- Qu’est-ce qui renchérit actuellement les coûts pour la destination Maroc ?

- Le Maroc est une destination qui a encore sa magie. Nous avons aussi la chance de disposer de destinations touristiques bien desservies sur le plan du transport aérien. Cela aide à la reprise que nous observons actuellement. Toutefois, les tarifs se sont renchéris, notamment en ce qui concerne le transport maritime. C’est surtout le cas sur des destinations avec l’Espagne, ce qui impacte aussi bien les budgets des MRE que des touristes espagnols qui viennent visiter le Maroc.

 

Recueillis par A. M.

 



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