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Tartufferie contre bénévolat : Jeune filles belges menacées de décapitation


Rédigé par AB le Samedi 10 Août 2019

Les gardiens autoproclamés de la morale devraient s'en réjouir. L'association belge flamande Bouworde ne va plus affecter des bénévoles au Maroc cet été, après qu'une équipe de jeunes filles, entre 14 et 17 ans, aient été menacées sur Facebook de "décapitation" par un instituteur qui a finalement été arrêté pour apologie d'acte terroriste.



Tartufferie contre bénévolat : Jeune filles belges menacées de décapitation
C'est l'histoire d'une dérive idéologique, d'une misogynie systématique et d'une suspicion complotiste développée contre tout ce qui a une origine occidentale. En somme, d'une combinaison de postures chère aux esprits radicalisés qui, grâce aux espaces libres d'expression qu'offrent les réseaux sociaux, exposent leur haine, nous rappelant que le mal vit parmi nous, qu'il faut surtout passer un coup de balaie devant notre petite porte.
 
Les faits remontent à fin juillet. Des images circulaient dans la Toile de jeunes filles, pelles de chantier en main, sous le soleil brûlant du sud, menant des travaux de réfection d'une route rurale au village d'Adar, dans la province de Taroudant. L'initiative est largement saluée par les internautes qui, par la même occasion, pointent la faillite des responsables locaux dans ce qui, plutôt que de nécessiter une action bénévole, devait relever de leurs attributions. Mais, jusque là, tout est normal. Ce n'est ni la première, ni la dernière fois que des dirigeants marocains faillent à leurs missions.
 
Mardi 6 août, un communiqué de la DGSN annonce l'arrestation à Ksar El Kebir d'un instituteur de 26 ans, suite à un appel qu'il a lancé dans une page Facebook pour "décapiter les filles afin qu'elles deviennent un exemple à ceux qui piétinent les principes de notre religion".
 
Le choc de cette nouvelle ne s’était pas encore estompé qu'un autre gardien de la morale -cette fois ci, beaucoup mieux placé qu'un instituteur mais, visiblement, à l'esprit aussi déraisonnable que le premier- rembobine: "depuis quand les européens mettent des maillots de bain pour des travaux de chantier?", s'est interrogé le député PJDiste Ali El Asri, sur sa page Facebook.

S'en suit un long texte "argumentaire" de ce "représentant de la nation", où il se demande si le but de ces filles ne serait pas "autre chose qu'humanitaire", puisque, argue-t-il, "au lieu de porter l'uniforme de chantier, elles mettent un maillot de bain, [...] bien que le ciment est connu pour ses effets néfastes contre la peau quand il est exposé à la chaleur". Comme tout tenant des idées complotistes, cet élu d'un parti qui se veut islamiste a dû recourir à des procédés pseudo-scientifiques pour expliquer sa thèse. Plutôt que d'être "choqué" par le fait que son pays a besoin de bénévoles européennes pour construire des routes, El Asri le fut, donc, parce qu'elle portent un short sous un soleil de plomb.
 
 

L'association flamande ne va plus envoyer de nouvelles équipes au Maroc

L'Ambassade belge entre en scène
 
Ce qui aurait dû être une simple action humanitaire de l'association Bouword, parmi des dizaines d'autres qu'elle mène dans le monde, est devenue une affaire de menaces à l'intégrité physique, d'incitation au terrorisme et de dénigrement de la part d'un membre du parti au gouvernement. Après consultation avec l'Ambassade de Belgique à Rabat, Bouword a décidé de suspendre l'envoi de ses équipes au Maroc. "Face aux inquiétudes exprimées par les proches des jeunes filles, l'association a fini par suspendre ses activités au Maroc", a annoncé l'agence de presse Belga.
 
Dans une déclaration à la Radio et Télévision Belge Francophone (RTBF), la porte-parole de l'association, Karen Heylighen a affirmé les réserves de l'ambassade: "nous avons reçu le conseil de ne pas envoyer de nouveaux groupes au Maroc. Nous allons suivre cet avis". "L'ambassade a donné ce conseil au vu de la publicité de ces menaces dans la presse et sur les réseaux sociaux", rapporte RTBF.
 
Selon la même source, les jeunes, qui sont actuellement présents sur place, peuvent, quant à eux, poursuivre sans crainte leurs vacances, après leur travail bénévole. Bouworde donne, malgré tout, la possibilité à ceux qui le souhaiteraient de rentrer plus tôt au pays. Mais seuls trois des 37 bénévoles auraient exprimé ce souhait.
 

  


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