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Stress hydrique : Le gazon est-il aussi maudit qu’on le dit ?


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Mardi 8 Février 2022

Alors que la pénurie hydrique sévit dans notre pays, se pose la question de la pertinence d’aménager et de maintenir des espaces verts gazonnés et hydrivores.



Le 4 février 2021, le taux de remplissage des barrages du Royaume était estimé à 33.8%, bien en deçà des 46,7% enregistrés à la même date de l’année dernière. Un indicateur éloquent de la situation de pénurie hydrique dans laquelle s’enfonce notre pays après plusieurs années de baisse des précipitations. Un autre indicateur, non moins éloquent, est la myriade de mesures que la ville de Marrakech vient d’adopter, il y a quelques jours, afin de rationaliser l’utilisation de l’eau et d’anticiper une situation de pénurie hydrique grave.

Parmi ces mesures, celle relative à l’interdiction d’arrosage des espaces verts pendant le jour afin de minimiser les déperditions par évapotranspiration. Si les espaces verts urbains embellissent les villes et sont vitaux pour les services de mitigation des phénomènes extrêmes qu’ils fournissent, il est raisonnable de s’interroger sur les composantes qui meublent ces espaces et sur la pertinence de leur présence au vu du contexte et tendance actuels de raréfaction des ressources hydriques.

Gazon et consommation hydrique

Plusieurs voix se sont élevées ces dernières années pour pointer des choix paysagers perfectibles en termes d’aménagement des espaces verts urbains du Royaume. Parmi les remarques récurrentes, celle relative à l’omniprésence du gazon dont l’esthétique avantageuse cache souvent un besoin vorace en termes de consommation d’eau.

Abstraction faite des terrains dédiés à des sports dont le gazon est une composante incontournable, le choix de continuer d’aménager et d’entretenir du gazon sur des superficies urbaines importantes est aujourd’hui discutable. Bien qu’il existe plusieurs types de gazon dont les caractéristiques et besoins hydriques peuvent varier, il est admis que ces tapis végétalisés ont besoin d’une moyenne de 3500 litres d’eau par m²/an. Si le gazon est une option adaptée au climat de pays dont la pluviométrie est clémente, les impacts prévus et prédis des changements climatiques et le contexte hydrique actuel de notre pays imposent d’étudier d’autres options plus durables et plus raisonnables.

Pelouse et gazon, quelle différence ?

Avant d’évoquer les alternatives, il est d’abord nécessaire de souligner la différence entre gazon et pelouse. La pelouse désigne un terrain couvert d’une herbe serrée et de faible hauteur. Il s’agit d’une composition spontanée de plusieurs gaminées où vivotent tout un microcosme de biodiversité (champignons, insectes, fleurs…).

Le gazon est pour sa part une composition entretenue, le plus souvent homogène et très pauvre en biodiversité. S’il est possible d’aménager les espaces urbains de pelouses ou de prairies fleuries, le culte du gazon s’est imposé depuis plusieurs décennies (au niveau mondial) jusqu’à devenir l’option par défaut. C’est ainsi que notre pays dont le climat est en constante aridification continue à arborer et à entretenir des milliers de parcelles urbaines gazonnées où se déversent quotidiennement des volumes considérables d’eau recyclée mais également d’eau potable. Une réalité qui doucement transforme le gazon, pourtant si plaisant à fouler et à regarder, en énième gouffre pour des ressources hydriques précieuses et à utiliser avec beaucoup de parcimonie.

Vers une décision salutaire ?

« Je ne recommande pas l’utilisation du gazon. Cela dit, son utilisation confère des avantages esthétiques et paysagers certains. D’un autre côté, il faut noter que les espaces verts de la capitale sont arrosés à 75% par des eaux usées qui ont été traitées et ce pourcentage sera bientôt de 100% grâce à la mise en place d’un centre de traitement à Tamesna qui s’ajoutera à celui d’Ain Aouda. En revanche, une économie importante de l’eau peut se faire grâce au recours à un arrosage automatique par aspersion, surtout si cela est fait la nuit pour éviter la déperdition de l’eau par évaporation », nous confiait, dans un précédent entretien, M. Abdelhadi Bennis, président du club environnement de l’association Ribat Al Fath pour le développement durable. L’interdiction d’arrosage des espaces verts pendant le jour est donc une décision salutaire qui devrait inspirer les autres villes du Royaume.

Encore plus salutaire serait la décision des villes et territoires urbains de revoir leurs choix en matière de paysagisme et d’aménagement des espaces verts, car en définitif, un espace n’a pas forcément besoin d’être gazonné pour être vert.


Oussama ABAOUSS

Repères

Les gazons fleuris
Parmi les divers types de gazons, il existe des mélanges qui contiennent des plantes à feuilles larges comme la pâquerette. Certains de ces gazons fleuris sont conçus pour demander moins d’entretien, moins de tonte, peu ou pas d’engrais, et présentent une meilleure richesse en biodiversité. D’autres mélanges sont constitués pour végétaliser les bordures d’autoroutes, les pistes de ski, ou des voies de tramway en ville avec des espèces comme le « zoysia tenuifolia » qui demande peu d’eau et d’entretien.
 
Sport et gazon artificiel
Constitué de fibres synthétiques, le gazon artificiel ne nécessite ni tonte ni irrigation, mais requiert cependant un certain entretien peu coûteux par rapport au gazon naturel. Selon une récente étude, le marché mondial du gazon artificiel devrait atteindre 3,4 milliards de dollars d’ici 2025. Selon la même source, la durabilité et les coûts inférieurs par rapport au gazon naturel sont les principales raisons qui devraient stimuler la demande de gazon artificiel dans les sports et les pelouses.

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Jardinage


Bien choisir le gazon, moins le tondre, mieux l’arroser
 
À défaut de bannir le gazon et d’opter pour un autre type de végétation basse, il existe quelques recommandations qui permettent d’optimiser le rendement écologique du gazon. Les spécialistes conseillent d’abord de choisir une variété de gazon adaptée au sol et à la pluviométrie afin de rationaliser les efforts à fournir en termes d’entretien.

L’arrosage doit se faire au crépuscule afin de permettre une infiltration maximale et éviter ainsi la déperdition importante de l’eau causée pendant le jour par l’évaporation. Il existe à cet égard plusieurs solutions techniques d’arrosage qui permettent de bien répartir et d’optimiser l’utilisation des ressources hydriques.

Enfin, il est recommandé de résister à la tentation de tondre régulièrement le gazon afin de permettre le développement d’herbes suffisamment hautes. Eviter de tondre le gazon à ras permet par ailleurs de maintenir le sol aéré et de favoriser la multiplication de la macro-biodiversité qui fait partie d’une chaîne alimentaire plus large.
 

Recherche


Une étude souligne le faible rendement écologique du gazon
 
Les espaces verts urbains embellissent les paysages et offrent aux habitants la possibilité de jouir de lieux dans lesquels ils peuvent se détendre et se divertir. Ces espaces offrent également plusieurs services beaucoup plus importants : lutte contre les îlots de chaleur, amélioration de la qualité de l’air, enrichissement de la biodiversité, ou encore prévention des inondations. Une étude canadienne publiée récemment a révélé que les surfaces gazonnées sont les espaces verts qui « offrent les moins bonnes performances » en termes de services écologiques.

Ainsi, par temps ensoleillé, les surfaces gazonnées ont par exemple des températures au sol qui peuvent être supérieures de 20° à celles que les chercheurs ont enregistrées dans d’autres types de « végétation basse ». Même constat concernant la biodiversité : non seulement les superficies gazonnées contiennent beaucoup moins d’insectes et d’invertébrés, mais la dynamique de tonte participe à appauvrir encore plus la faible biodiversité qui arrive à s’y maintenir.

« La tonte du gazon a pour effet de faire disparaître la quasi-totalité des rares invertébrés », affirme l’étude, qui note un « faible rétablissement » quatre semaines après la tonte. « Une grande partie des insectes éliminés par la tonte des gazons sont des pollinisateurs naturels », précisent les chercheurs canadiens. L’étude a par ailleurs recommandé aux décideurs canadiens de privilégier « des végétations basses à haut rendement écologique » dans l’aménagement des zones vertes urbaines plutôt que d’opter pour du gazon.

 

3 questions à Mehdi Guadi, membre de l’AMCTC


« La question des espaces naturels dans les zones urbaines prend une ampleur nouvelle »
 
Délégué général de l’Alliance Marocaine des Collectivités Territoriales pour le Climat (AMCTC), Mehdi Guadi répond à nos questions sur l’intégration de biodiversité en milieu urbain.


- L’aménagement et l’entretien d’espaces verts dans les territoires et zones urbaines doivent-ils faire l’objet d’une nouvelle vision au vu de la raréfaction des ressources hydriques ?

- Dans le contexte actuel lié aux changements climatiques et à leurs impacts, la question des espaces naturels dans les zones urbaines prend une ampleur nouvelle. Ces espaces doivent contribuer autant à mitiger les impacts négatifs des phénomènes extrêmes (vagues de chaleur et inondations notamment) que permettre à la biodiversité urbaine de se maintenir et continuer à fournir ses services écosystémiques.

L’enjeu actuel est, d’une part, de pouvoir sélectionner les choix paysagers et urbanistiques qui s’imposent en privilégiant des espèces locales résilientes, ombrageuses et peu hydrivores. D’autre part, la sanctuarisation des derniers « bouts de nature » qui perdurent dans les zones urbaines est également un autre impératif vital surtout quand ces espaces sont des écosystèmes naturels et non-artificiels.



-Les collectivités locales marocaines s’engagent-elles pour la biodiversité urbaine ?

-Pour le moment, nous sommes plus dans les slogans et les voeux de bonne intention que dans de vraies politiques territoriales de préservation et d’intégration de la biodiversité qui n’est pas encore perçue comme une nécessité vitale. Le développement économique et la création de richesse monopolisent l’attention des décideurs au détriment du Vivant. Le fait est que, malheureusement, la mise en place de politiques territoriales en faveur de la biodiversité nécessite actuellement des ressources qui dépassent les moyens des collectivités.


-Avez-vous prévu des actions spécifiques pour une meilleure intégration des thématiques environnementales dans les préoccupations de vos membres ?


-Oui, nous avons démarré en décembre dernier notre plan de formation et d’accompagnement des collectivités-membres ou partenaires de notre réseau pour intégrer le climat au coeur de leurs politiques. La biodiversité sera un axe majeur de ce travail de mobilisation et nous travaillons à construire des projets de coopération décentralisée avec nos partenaires européens pour de nouveaux projets axés sur la biodiversité.


Recueillis par O. A.

 








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