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Situation politique au Mali : Entre précipitation et fermeté, la CEDEAO à la croisée des chemins


Rédigé par Wolondouka SIDIBE le Lundi 17 Janvier 2022

Aujourd’hui, la situation malienne se caractérise par l’incertitude, les tensions, la polarisation et l’aggravation des risques depuis l’embargo imposé par les deux organisations régionales, la CEDEAO et l’Union économique et monétaire ouest-africaine, UEMOA. Mais après la forte mobilisation de soutien au gouvernement, intervenue vendredi, le Mali conforte sa position devant l’opinion nationale et internationale.



Depuis le dimanche 10 janvier, date à laquelle, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a imposé un embargo au Mali, les interrogations fusent de toutes parts au regard de l’impact que pourrait produire cette sanction sur la vie de la population malienne mais aussi les conséquences de l’asphyxie financière qui profile à l’horizon.

Des analystes aux politiciens, en passant par la société civile, c’est tout le Mali qui est vent debout contre ce qu’ils qualifient de mesures injustes et iniques. Au Maroc, on suit de près ce bras de fer que livrent l’organisation sous régionale et le gouvernement malien. Car il faut le dire des entreprises marocaines opèrent dans les différents pays de l’Afrique de l’Ouest même si c’est à des degrés divers. Et il y aura, sans aucun doute, des répercussions économiques liées aux sanctions imposées par la CEDEAO au Mali.

Des sanctions qui ne sont pas sans impacts non plus sur la présence marocaine en Afrique de l’Ouest notamment le secteur bancaire, le transport et les exportations, lesquels seront impactés, comme le souligne ce directeur d’une société, qui a requis l’anonymat. Quant aux pays voisins du Mali, comme le Sénégal, cet embargo perturbe déjà l’activité des opérateurs du pays de la Terenga. Car ici il s’agit de gros excédents commerciaux du Sénégal vis-à-vis du Mali qui seront touchés.

Pour Dr Khadim Bamba Diagne, économiste, et enseignant-chercheur à l’université Cheick Anta Diop de Dakar, ces mesures de la CEDEAO risquent de porter un coup d’arrêt au développement du Mali car il n’y aura pas de projection dans les projets ni dans les financements. Selon lui, le gouvernement n’a d’autres choix que de négocier en proposant des délais raisonnables pour les élections. Par cette réflexion, il s’aligne sur la position farouchement défendue par cette institution.

Manifestation de soutien

Mais en analysant le dossier malien, à la lumière de la sanction décrétée par la CEDEAO, on se rend compte que cet embargo risque de produire l’effet boomerang. La mobilisation du vendredi, à la demande du colonel Assimi Goïta en est la parfaite illustration.

En effet, lors des manifestations, organisées en réaction aux sanctions prises contre le Mali, la foule n’a cessé d’acclamer le nom de ce dernier. Certains intervenants l’ont même comparé à Thomas Sankara. Devant cette foule compacte, Place de l’Indépendance, les orateurs se succédaient, pour faire acclamer le nom du président-refondateur Assimi Goïta, que certains ont cité dans la lignée des héros de l’histoire millénaire du Mali, tels Sonni Ali Ber, ou l’Almamy Samory Touré. On apprend, pêle-mêle, qu’il n’y a plus de transition, que le pays est entré en Résistance, et même déjà dans une révolution, dans une refondation. « Peuple invincible. Peuple très intelligent ! Aujourd’hui, nous sommes 20 millions de militaires ! », a clamé le Premier ministre.

Autrement dit, en politique, les pressions insistantes et les sanctions intempestives peuvent parfois aboutir à des effets pervers, à l’opposé des objectifs poursuivis. Pire, il faut voir à quelle vitesse les sanctions décidées par la CEDEAO ont été présentées comme la conséquence d’une instrumentalisation des États ouest-africains par certaines puissances extérieures, en l’occurrence la France. L’Hexagone n’a d’ailleurs jamais caché son intention d’utiliser la CEDEAO pour sanctionner le Mali si ce pays faisait venir le groupe Wagner, qu’elle qualifie de mercenaire.

Article 4 de la CEDEAO

De son côté, un diplomate, approché à Rabat, est direct. Selon notre interlocuteur, dans l’anonymat, la CEDEAO a violé ses propres règles notamment l’Article 4 du texte constitutif. Celui-ci stipule : « Dans l’exercice des pouvoirs et dans l’accomplissement des missions qui leur sont conférés par le Traité de l’UMOA et par les présents Statuts, la Banque Centrale, ses organes, un membre quelconque de ses organes ou de son personnel ne peuvent solliciter, ni recevoir des directives ou des instructions des institutions ou organes communautaires, des gouvernements des Etats membres de l’UMOA, de tout autre organisme ou de toute autre personne. Les institutions et organes communautaires ainsi que les gouvernements des Etats membres de l’UMOA s’engagent à respecter ce principe », nous rappelle-t-il.

Fort de cela, le gouvernement malien va déposer une plainte contre les sanctions économiques imposées par la CEDEAO et l’UEMOA. L’annonce a été faite par le Premier ministre Choguel Maïga, dans une interview diffusée sur l’ORTM, la télévision d’État du Mali. Il a aussi évoqué la poursuite des négociations avec l’institution de la sous-région sans oublier l’attitude de la France. C’est dire qu’au lendemain de ce soutien massif, le gouvernement malien est plus que jamais décidé à la confrontation sans pour autant renoncer à la négociation. Les prochains mois nous éclaireront.

Rappelons que les sévères sanctions contre le Mali portent, entre autres, sur la fermeture des frontières terrestres et aériennes entre les pays de la CEDEAO et le Mali, la suspension de toutes les transactions commerciales entre les pays de la CEDEAO et le Mali, le gel des avoirs du Mali dans les banques centrales et commerciales de la CEDEAO et la suspension du Mali de toute aide financière des institutions financières de la CEDEAO.


Wolondouka SIDIBE



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