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Sécheresse, coûts énergétiques, crise Ukrainienne : CDG Capital Insight liste les implications attendues pour l’économie nationale


Rédigé par A. CHANNAJE le Mardi 8 Mars 2022

En 2022, la conjoncture nationale pourrait être impactée par la hausse des prix des matières premières, le rétrécissement des conditions de financement à l’international, et le ralentissement de la demande étrangère adressée au Maroc...



Sécheresse, coûts énergétiques, crise Ukrainienne : CDG Capital Insight liste les implications attendues pour l’économie nationale
Trois principaux risques pèsent sur la croissance économique marocaine en 2022. Il s’agit, selon CDG Capital Insight, du renchérissement des prix des matières premières et énergétiques au niveau international, amplifié par la guerre Russie/Ukraine, de la réalisation d’une nouvelle année de sécheresse à l’image de la saison 2019- 2020, et de l’apparition d’un nouveau variant covid19 après la vague Omicron et le retour des restrictions sanitaires.

« Le secteur primaire pourrait régresser plus que prévu compte tenu du mauvais déroulement des conditions climatiques. Cette situation pourrait impacter également l’industrie alimentaire, l’une des composantes principales du secteur secondaire », explique la banque d’affaire dans son nouveau rapport sur les perspectives macro-économiques pour l’année 2022 dans un contexte global tendu.

Pour le secteur secondaire, les économistes de la banque constatent l’érosion des marges de bénéfices particulièrement pour les industries manufacturières et le BTP compte tenu du renchérissement des prix des matières premières et des demi-produits. S’agissant du secteur tertiaire, ils soulignent que certaines branches, notamment le transport et le tourisme, pourraient rester en récession.

Ledit rapport note, par ailleurs, que la demande des ménages pourrait subir trois facteurs de ralentissement: affaiblissement des transferts des MRE après le pic enregistré en 2021, faible redressement du taux de chômage, et recul du revenu des ménages en zones rurales suite aux faibles résultats de la campagne agricole 2021/2022.

Compte tenu de ces risques pour l’économie marocaine,  CDG Capital Insight prévoit un fort ralentissement en dessous du seuil de 3% en 2022. Elle s’attend également à ce que le creusement des déficits commercial et du compte courant se poursuit en 2022 en lien avec la hausse importante prévue des importations (effet prix essentiellement), le ralentissement du taux d’accroissement des recettes MRE, la faible reprise des recettes touristiques, et la hausse modérée des IDE.

Se basant sur prévisions de Bank Al-Maghrib, CDG Capital Insight prévoit, par ailleurs, une légère accentuation du déficit de liquidité en 2022 pour atteindre-64,9 milliards de dirhams à la fin de l’année, et ce en résultat de la poursuite de la hausse atténuée de la circulation fiduciaire de + 15 milliards de dirhams/an, et du rebond des réserves de change de 11 milliards de dirhams comparativement à fin 2021.

Besoins de financement du Trésor
 
Autre pronostic de la banque d’affaire : les besoins de financement du Trésor vont continuer à augmenter en 2022, pour se situer globalement à 164 milliards de dirhams. Ces besoins devraient être assurés par un recours au financement extérieur de l’ordre de 40 milliards de dirhams. Toutefois, d’après la même source, les conditions de financement à l’international sont devenues plus rigides avec des perspectives défavorables compte tenu de deux facteurs :
  • L’amorce imminente d’un cycle de taux haussiers aux Etats-Unis et la fin des politiques monétaires expansionnistes dans plusieurs pays développés.
  • La dégradation de certains équilibres des finances publiques, notamment le niveau du déficit et le taux d’endettement en % du PIB, notamment en monnaie étrangère pour le cas du Maroc.
Ces deux facteurs devraient, d’après les économistes de CDG Capital Insight, induire ainsi un appétit moindre des investisseurs internationaux pour de la dette des pays émergents et en développement.

En dépit de la légère hausse des taux enregistrés sur le marché intérieur au cours des premiers mois de l’année 2021, poursuit la même source, les taux demeurent à des niveaux historiquement bas.

Pour 2022, CDG Capital Insight pronostique une stabilité de la courbe des taux avec une légère pression à la hausse sur les segments moyen et long terme.

« Après les deux sorties du Trésor à l’international enregistrées en2020, l’endettement de l’Etat en monnaie étrangère en % du PIB a augmenté de 4,3%, en glissement annuel, pour s’établir à 18,3%, soit 60% des avoirs officiels de réserves dont le montant avoisine 332 Mrd DH àfinfévrier2022 », fait savoir la même source.
 
Niveau confortable des Avoirs officiels de Réserve
 
A ce sujet, CDG Capital Insight fait observer le niveau confortable des Avoirs officiels de réserves (AOR) dont dispose le Maroc. Elle rappelle que suite au déclenchement de la crise sanitaire en 2020, les autorités marocaines ont veillé au renforcement des AOR en vue de garantir l’approvisionnement du pays en biens et services importés, assurer les engagements financiers et maintenir le «rating» au niveau international.

Selon la banque d’affaire, l’amélioration des AOR résulte de trois facteurs : la forte reprise des transferts des MRE (+25 milliards de dirhams en 2021), les deux sorties du Trésor à l’international en 2020 pour un montant de 37,5 milliards de dirhams, et le tirage sur la LPL de 27,7 milliards de dirhams (dont le tiers a été remboursé par anticipation en décembre 2020).

« Toutefois, en termes de mois d’importations en biens et services, le taux de couverture a sensiblement reculé compte tenu de la hausse importante des importations CAF aussi bien en volume qu’en valeur (prix+coût du fret) », précise-t-on.

Loi de Finances 2022
 
Dans ce rapport, CDG Capital Insight n’a pas manqué de mettre l’accent aussi sur les grandes lignes de la Loi de finances 2022. « A l’image de l’année écoulée, la Loi de finances 2022 prévoit un effort d’investissement très important provenant des différentes composantes de la sphère publique », explique la banque d’affaire, notant qu’un budget de 245 milliards de dirhams est programmé, « provenant du budget de l’Etat à hauteur de 89 milliards de dirhams (y compris le report d’environ 11 milliards de dirhams de 2021), des Etablissements et Entreprises Publiques (EEP) avec 92 milliards de dirhams, du Fonds Mohammed VI pour l’investissement pour 45 milliards de dirhams et des collectivités territoriales avec 19 milliards de dirhams ».

Toutefois, note CDG Capital Insight, l’exécution de cette loi de finances devrait faire face à trois zones de risque. Le premier risque est relatif aux recettes fiscales prévues qui sont en forte hausse malgré la conjoncture difficile en2022. Pour le second et les troisièmes risques, il s’agit des engagements importants aussi bien de fonctionnement que d’investissement, et du rétrécissement des conditions de financement en monnaie étrangère.


A. CHANNAJE