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Santé mobile, l’avenir de nos soins de santé ?


Rédigé par Meryem EL BARHRASSI le Dimanche 21 Février 2021

“Sliples gadgets” santé ou véritables technologies médicales, les applications mobiles de santé sont en train d’envahir, voire de révolutionner le secteur des soins de santé. Si elles peuvent potentiellement améliorer la santé de leurs utilisateurs, garantir la sécurité des patients et la fiabilité des données cela représente encore un challenge au Maroc.



Santé mobile, l’avenir de nos soins de santé ?
Les applications de santé sont un business florissant. Vous souhaitez arrêter de fumer, évaluer votre activité physique, surveiller le taux de sucre dans votre sang, votre tension artérielle ou simplement prendre vos médicaments à temps ? Il existe sûrement une application faite pour vous. En un mot, la santé mobile représente un énorme potentiel pour notre système de soins. Mais il reste maintenant aux acteurs des soins de santé à utiliser concrètement ses nombreuses possibilités pour plus d’efficacité et une meilleure santé. À l’heure actuelle, la santé mobile constitue plutôt un objectif en soi. Pour être intégrées dans les politiques de santé, les applications de santé devront répondre à des critères de qualité. 

« Un calculateur d’index de masse corporelle, une application de suivi de l’activité sportive, une application d’interprétation des étiquettes des produits alimentaires, un calendrier de suivi du cycle menstruel, un pill reminder (qui permet de rappeler la prise d’un médicament)…, les applications mobiles de santé peuvent intéresser plusieurs sujets et rendent possibles des usages santé attendus par les utilisateurs et jugés pertinents pour changer ou accompagner le changement des comportements de santé. Elles s’adressent pour la plupart au grand public soit aux patients directement », explique Dr Marouane Hakam, Médecin-Expert et enseignant en e-santé et télémédecine.

Un intérêt pour les maladies chroniques

Les médecins jugent que ces objets sont avant tout utiles pour ceux qui souffrent de maladies chroniques ou d’affections de longue durée, mais dans une moindre mesure pour les plus jeunes. Ils pensent aussi qu’ils contribuent à la prévention des risques de santé comme l’obésité, le diabète ou l’hypertension.

« L’utilité de l’automesure est démontrée pour la pression artérielle, l’asthme et, dans certains cas, la fréquence cardiaque à condition d’utiliser un appareil homologué », détaille Dr Sara Bourkia, médecin généraliste. De manière générale, ce genre d’applications est intéressant pour les personnes qui connaissent bien leur pathologie et savent quels sont les signaux d’alerte. 

Un immense potentiel, mais…

Les applications sont nombreuses, mais sont encore loin de faire partie intégrante de nos habitudes de soin. Quelles sont les barrières à franchir pour une utilisation plus répandue ? Tout d’abord, il y a les aspects juridico-techniques. Qui va porter la responsabilité si une décision erronée est prise sur base d’informations fournies par une application ? Qu’en est-il de la protection de notre vie privée si nos données sont partagées ?

L’obsession de la mesure est l’un des effets pervers de ces applications qui mesurent tout, ce qui peut s’avérer chez certains culpabilisant, voire anxiogène. Quitte à passer à côté des vrais problèmes. « Un jour, un jeune homme de 35 ans en bonne santé est venu me demander un check-up complet. Soit. Dans son cas, arrêter de fumer serait plus intéressant que faire des prises de sang », raconte Dr Bourkia. L’autre grand danger, autrement plus grave, est lié à la protection des données personnelles. Car ils sont gigantesques les enjeux liés à la circulation de nos données de santé. Et pour les firmes commerciales, la tentation est grande d’utiliser ces données pour développer des produits. Tout récemment, Google a fait parler d’elle. Elle a en effet passé un accord avec une fondation privée de soins qui rassemble trois hôpitaux de Londres, accédant à cette occasion aux dossiers médicaux de 1,6 million de patients. L’objectif officiel de cette opération est de suivre à distance des patients atteints de maladie rénale grâce à une application d’alerte. Mais quel usage sera-t-il fait des données à la fin du projet ? Le doute subsiste.

« Un petit tour du côté des ‘Conditions générales d’utilisation’ ou de ‘La politique de confidentialité’ vous permettra de savoir si l’outil respecte les usages à ce sujet ou pas. Une application européenne devra forcément respecter les RGPD (Règlement général sur la protection des données) tandis qu’une application marocaine devra être autorisée par le CNDP (Commission Nationale de Contrôle de la Protection des Données à Caractère Personnel) », conseille Dr Marouane Hakam. Au final, le plus important c’est de se lancer et de tester… et surtout de se transformer petit à petit en e-patient : Un patient qui se donne le pouvoir en s’impliquant, en s’éduquant et en se donnant les moyens de faire face à sa situation grâce aux outils de santé connectée.

Meryem EL BARHRASSI

3 questions au Dr Hakam Marouane

Hakam Marouane
Hakam Marouane
« La e-santé n’est pas la panacée »

Les applications mobiles de santé, permettant de suivre un comportement, de délivrer un conseil, d’accéder à une base de données, une source, de référence ou non, se multiplient. Dr Hakam Marouane, Médecin-Expert et enseignant en e-santé et en télémédecine apporte son éclairage.

- Les applications mobiles de santé se multiplient aujourd’hui. Comment s’y retrouver ?

Premièrement, fixez des attentes réalistes par rapport à l’application choisie : la e-santé n’est pas la panacée. Elle est là pour compléter ce que vous devez faire tous les jours dans la vraie vie pour améliorer votre santé. Alors, avant de télécharger une application, déterminez ce que vous devez faire pour atteindre vos objectifs de santé. Ensuite, découvrez comment ladite application peut et/ou ne peut pas vous aider. Cela vous évitera la désillusion dans certains cas. Évitez les applications qui en promettent trop et qui vous garantissent de gros résultats et rapidement.

- Faut-il vraiment se méfier des applications de santé ?

Si vous y allez avec la prudence et le discernement décrits avant, non ! Il faut toutefois se méfier des fausses promesses que certains éditeurs n’hésitent pas à mettre en avant pour séduire et attirer des utilisateurs. Une application qui vous promet de mesurer votre tension artérielle juste par le contact de votre doigt avec la caméra de votre mobile ne peut être prise au sérieux.

- Comment protéger le flux de données personnelles générées par ces applications ?

- Une question épineuse… Une application native de suivi de vos pas (pendant une marche ou un running) et qui n’analyse pas des données de santé étendues ou combine des paramètres biométriques relatifs à votre état physique ne pose pas vraiment de problème quant à la gestion de données personnelles. Méfiez-vous des applications qui ne sont soumises à aucune réglementation et qui ne sont pas transparentes sur ce sujet… surtout si elles sont gratuites, voire « trop gratuites ». En général, si c’est gratuit… c’est que vous êtes le produit.

Recueillis par M. B

Encadré

Applications pour mincir : Bonne ou mauvaise idée ?

Sur les plateformes de téléchargement pour tablettes ou smartphones, le marché du coaching minceur est très disputé, la concurrence est acharnée.

De nouvelles applis, promettant de perdre du poids sans trop d’effort ni prise de tête, fleurissent tous les mois. Entre les applis qui proposent un régime drastique à l’ancienne et celles orientées vers le rééquilibrage alimentaire, en vue de mincir et d’améliorer sa santé, on trouve tous les cas de figure : des compteurs purs et simples de calories, des générateurs de menus light, des conseillers en achat pour éviter les produits trop gras et trop sucrés au supermarché… Mais dans ce maquis du régime 2.0, tout n’est pas à jeter aux oubliettes. Quelques coachs virtuels sortent du lot… à condition de les utiliser à bon escient.

« Ces applications aident à prendre de bonnes décisions au quotidien. Elles donnent un retour immédiat sur la valeur calorique d’un repas et sur l’impact d’une activité physique, ce que peu de patients parviennent à évaluer par eux-mêmes. Et leur aspect ludique constitue une bonne source de motivation », estime Dr Yousra Moustafid, nutritionniste.

Rien ne remplace une prise en charge par un professionnel en chair et en os. « Pour un accompagnement ponctuel, ces applis peuvent donc être utiles. Mais il ne faut pas y recourir à long terme, car elles imposent un contrôle mental permanent qui peut générer des pulsions alimentaires incontrôlables », affirme la nutritionniste. Les conseils délivrés sont souvent formatés et basés sur des informations déclaratives (les réponses données au questionnaire initial).

Repères

Cadre réglementaire au Maroc
 
Malgré la subsistance de quelques flous, le cadre légal et réglementaire au Maroc est déjà mis en place. Le législateur marocain a consacré plusieurs articles de la loi 131-13 relative à l’exercice de la médecine et a développé et publié un décret d’application qui encadre l’exercice télé médical. Ce cadre légal est bien entendu complété par la loi 09-08 relative à la protection des données personnelles. Selon la loi 131-13, la télémédecine consiste à utiliser à distance, dans la pratique médicale, les nouvelles technologies de l’information et de la communication. Le nouveau : les usagers se verront obligés de retirer une autorisation préalable de traitement des données à caractère personnel livrée par la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP).

Évolution des pratiques
 
L’évolution de la santé mobile doit encore faire face à de nombreux challenges, mais son développement est inéluctable. En outre, ces nouvelles technologies mobiles de santé risquent de profondément bouleverser la pratique de la profession. « C’est un développement extraordinaire, mais cela pose le problème de l’organisation future de la médecine. On estime que d’ici 15 ans, 60% des métiers vont changer, du moins, la manière dont le métier fonctionne. Il y aura de nouvelles opportunités à saisir et il faut s’y préparer dès aujourd’hui », estime Dr Sara Bourkia.