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Salubrité des eaux de baignade : Comment le Maroc assure-t-il le suivi de ses plages ?


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Mardi 28 Juin 2022

Grâce à une norme marocaine dédiée et au travail collaboratif de plusieurs autorités et laboratoires, le Royaume améliore continuellement le suivi de la qualité des eaux et sables des plages.



Le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable a dévoilé, vendredi dernier, son rapport 2022 concernant la qualité des eaux de baignade et du sable des plages du Royaume. Au-delà du simple classement actualisé des zones côtières estivales selon leur salubrité, le rapport a dévoilé toute l’approche stratégique et méthodologique mise en place afin de garantir le suivi et l’évaluation des critères sanitaires et environnementaux des plages marocaines.

Piloté par le ministère de la Transition énergétique et du Développement durable, ce programme est mené depuis plusieurs années en partenariat avec la Fondation Mohammed VI pour la Protection de l’Environnement, la Direction Générale des Collectivités Territoriales, ainsi que les diverses autorités et collectivités territoriales concernées. En plus de « contribuer à l’élaboration de l’état de l’environnement du littoral », ce programme vise également à « suivre les tendances, l’évolution, la nature et les éventuelles sources des déchets des plages ».

Les laboratoires impliqués

Les données actualisées et publiées annuellement dans le cadre du programme de surveillance de la qualité des eaux de baignade sont générées grâce à l’implication du Laboratoire National des Etudes et de Surveillance de la Pollution (LNESP) (Département du Développement durable) qui opère conjointement avec le Laboratoire Public d’Essais et d’Etudes par l’intermédiaire du Centre d’Etudes et de Recherche de l’Environnement et de la Pollution (CEREP/LPEE).

Selon le rapport du Département du Développement durable, « les sites de surveillance sont choisis en fonction de l’importance de la fréquentation, de la nature des lieux (relief, forme du rivage…) et des risques potentiels de pollution (rejet d’eaux usées, embouchures de rivières, ports, etc.) ». Les laboratoires impliqués dépêchent ainsi des unités mobiles au niveau de toutes les plages pour faire des campagnes de prélèvements et d’analyses deux fois par mois à partir du mois de mai de chaque année pour une période totale de 5 mois.

Une norme marocaine dédiée

L’évaluation et le classement des eaux de baignade se font par ailleurs conformément à la « Norme Marocaine NM 03.7.199 ». Cette norme a été appliquée d’une manière progressive depuis 2014 et généralisée, en 2019, sur toutes les plages répondant aux critères de classification.

Selon le Département du Développement durable, cette norme « consiste à instaurer une gestion proactive de la qualité des eaux de baignade basée sur la classification des eaux de baignade et aussi sur l’établissement des profils de vulnérabilité de ces eaux, qui constituent des outils d’aide à la décision et qui permettent également de valoriser les actions entreprises par les gestionnaires des plages auprès du public ».

À noter que l’élaboration « des profils de vulnérabilité » des eaux de baignade permet d’identifier les sources de pollution susceptibles d’avoir un impact sur la qualité desdites eaux et d’affecter la santé des baigneurs. Ainsi, en 2022, 379 stations (soit 88,14%) ont été déclarées de qualité microbiologique conforme aux exigences de cette norme.

Prévention et proaction

Dans les échantillons prélevés dans les diverses plages, deux paramètres microbiologiques principaux sont scrutés par les laboratoires : Escherichia Coli (bactérie qui réside dans le tube digestif de l’Homme et des animaux à sang chaud, NDLR) et les Entérocoques intestinaux (pathogènes qui peuvent causer plusieurs maladies, NDLR). Les statistiques de référence de quatre saisons consécutives sont ainsi consolidées puis comparées systématiquement avec les seuils limites.

Au-delà de l’évaluation des risques, et dans le cas où un risque de pollution est identifié, le programme établit « les mesures de gestion à mettre en oeuvre pour assurer la protection sanitaire de la population et des actions visant à supprimer ces sources de pollution ».

Pour améliorer la qualité des eaux de baignade, le Département du Développement durable recommande la mise en place de mesures de gestion proactive des principaux facteurs qui impactent la salubrité des plages, à savoir : les apports de la pollution par les cours d’eau, les rejets liquides, le dysfonctionnement des dispositifs d’assainissement et la sur-fréquentation des plages.



Oussama ABAOUSS

Repères

Qualité mycologique du sable
Des champignons qui peuvent entraîner des infections mycosiques ont été détectés dans le sable de certaines plages. C’est le cas de « Dermatophytes » détectés pendant l’été 2021 au niveau des plages PK25 (station S1), Saïdia (station S2), Bouznika (station S2) et El Ouatia (station S2). D’autres champignons (Chrysosporium Keratinophylum, Alternaria Sp, Penicillium Sp,) ont également été trouvés au niveau de 39% des stations surveillées. À noter que ces derniers ne sont pas pathogènes, sauf pour les personnes allergiques.
 
Accès aux informations
Conformément aux exigences de l’article 35 de la loi 81-12 sur le littoral et de la norme marocaine NM 7.03.199 relative à la gestion de la qualité des eaux de baignade, le Département du Développement durable met à la disposition du public les informations de la Qualité des Eaux de Baignade via le site du Laboratoire National des Etudes et de Surveillance de la Pollution (https://labo.environnement.gov.ma). Le grand public peut également accéder à ces mêmes informations à travers l’application « Iplages ».

L'info...Graphie


Recommandations


Pour un contrôle plus strict des divers apports de pollution
 
Dans son rapport, le Département du Développement durable émet plusieurs recommandations afin de garantir le maintien de la salubrité des plages. Ainsi, pour lutter contre les apports de pollution et des déchets au niveau des versants en arrière plage, le Département recommande l’interdiction des rejets au niveau des cours d’eau débouchant dans les zones de baignade, l’élimination et le charriage des déchets sauvages déposés aux bordures et à proximité des cours d’eau et au niveau des côtes, ainsi que la mise en place des bassins de rétention pour le traitement des apports des crues avant d’atteindre la mer.

La même source souligne par ailleurs l’importance du contrôle et de la surveillance de toutes les sources potentielles de contamination des eaux de baignade : le renforcement de l’inspection et le curage des fosses septiques implantées au niveau des côtes ainsi que l’interdiction et l’élimination des sources d’écoulement des eaux en temps sec au niveau des exutoires des eaux pluviales débouchant à proximité des plages et dans les côtes.

 

Qualité des sables

 
Pollution des plages et risques pathologiques liés au sable
 
Au vu de l’importance de la surveillance des déchets marins, le Département du Développement durable a intégré la typologie des déchets marins des plages dans la surveillance du sable des plages. Ce volet est également géré par les mêmes laboratoires (LNESP et CEREP/LPEE) impliqués dans le suivi des eaux de baignade.

Au titre de l’année 2021, la surveillance de la qualité hygiénique du sable, y compris les déchets marins sur les plages, a concerné 60 plages réparties sur les 9 régions côtières du Royaume, dont 23 plages sur la côte méditerranéenne et 37 plages sur la côte atlantique. L’exécution des opérations de surveillance de la qualité hygiénique du sable des plages concerne les analyses mycologiques (susceptibles d’avoir des effets pathologiques et sanitaires sur les estivants), ainsi que la réalisation de campagnes de typologie des déchets marins des plages, et ce, deux fois par an.

La répartition des déchets au niveau des plages surveillées pendant les deux campagnes indique que la catégorie de déchet prépondérante est le Plastique/polystyrène, avec un taux de 88%, dont les sous-catégories dominantes sont : les « Mégots et filtres de cigarettes » représentant près de 33%, les « Bouchons et couvercles en plastique » avec 15% et les « Emballages de chips/emballages de Bonbons/bâtons de bonbon » représentant 14%. À noter que cette répartition a été élaborée à partir d’un échantillonnage et une caractérisation des déchets au niveau des plages concernées sur la base d’une méthodologie élaborée par l’ONU Environnement/PAM.

 

3 questions au Dr Mustapha Aksissou


« La mise en place de ce programme a permis de faire une véritable avancée dans le monitoring sanitaire des plages »
 
Professeur de biologie marine à l’Université Abdelmalek Essaâdi de Tétouan, Pr Mustapha Aksissou nous livre son point de vue sur le programme de suivi de la qualité des eaux de baignade.

- Quel est votre point de vue sur le programme relatif à la qualité des eaux de baignade et du sable des plages du Royaume ?

- C’est, à mon avis, un très bon outil de suivi de la qualité et de la salubrité des eaux et des sables des plages de notre pays, d’autant plus qu’il se base sur des critères d’évaluation qui sont rigoureux. Je tiens à noter qu’il y a une décennie, nous avions énormément de cas d’infections cutanées ou oculaires enregistrés surtout chez les plus jeunes (qui sont les plus vulnérables) suite à des baignades en mer. La mise en place de ce programme a permis de réaliser une véritable avancée dans le monitoring sanitaire des plages puisque le public dispose d’une cartographie qu’il peut consulter pour connaître les risques qui peuvent exister par endroit.


- Quels sont les volets qui doivent, selon vous, être mieux renforcés dans le cadre de ce programme ?


- Je pense que le renforcement de la sensibilisation ne peut qu’être bénéfique. Beaucoup d’estivants ne considèrent pas à leur juste mesure les risques et dangers liés à la pollution des plages et continuent à fréquenter des endroits qui sont pourtant très pollués. Il y a également tout l’aspect relatif au comportement incivique de certains estivants qui participent à la pollution des plages. Il y a lieu ici d’ouvrir la contribution à d’autres parties prenantes dans le cadre de ce programme afin de pouvoir faire un travail collectif de sensibilisation, mais également de collecte de données.


- Quel genre de parties prenantes ?


- Les ONG et acteurs de la société civile ainsi que les étudiants et doctorants qui peuvent par ailleurs contribuer à alimenter la base de données du programme avec d’autres paramètres pertinents. Ça peut par exemple englober également la présence d’espèces invasives et potentiellement dangereuses comme les méduses…


Recueillis par O. A.

 








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