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Sahara : L’Italie cèdera-t-elle au chantage algérien ?


Rédigé par Anass MACHLOUKH Mercredi 25 Janvier 2023

Très dépendante du gaz algérien, l’Italie multiplie les contrats d’approvisionnement avec le régime militaire qui se sert de la carte gazière pour obtenir un soutien italien dans le dossier du Sahara. Décryptage.



La Présidente du Conseil des ministres italien, Giorgia Meloni, vient d’achever son périple algérien durant lequel elle a rencontré les dirigeants d’Alger. C’est une visite dite « amicale », on l’a présentée ainsi aussi bien dans la presse locale qu’internationale. Au-delà de l’amitié, c’est le business qui prime. L’Italie, privée du gaz russe dont elle dépendait cruellement avant la guerre en Ukraine, braque son regard sur les gisements algériens qu’elle convoite si vivement. Rome importait quasiment 95% de son gaz de la Russie qui a fermé les robinets en représailles aux sanctions occidentales. Maintenant, l’Algérie devient de facto le grand ami des Européens qui se succèdent dans le Palais d’Al Mouradia dans le but de revenir avec des contrats précieux de SONATRAC. C’est le cas de la France, suivie dans ses pas par le nouveau gouvernement italien de la droite nationaliste. Giorgia Meloni est revenue rassurée en ramenant assez de contrats pour chauffer son pays durant le reste de l’hiver.
 
La carte du gaz

Quatre accords ont été signés, dont deux portent essentiellement sur le gaz. Il s’agit du protocole d’accord portant sur l’amélioration des réseaux d’interconnexion énergétique entre l’Algérie et l’Italie, et un autre protocole de coopération technologique pour la réduction des feux de gaz. Pour embellir le tableau, il fallait user d’un peu de courtoisie diplomatique et de slogans de coopération. Les deux pays ont signé un accord relatif à la coopération économico-industrielle, sans oublier de mentionner la volonté d’élargir leur coopération au domaine « spatial ». « Aujourd’hui est le premier jour de ma visite en Algérie, et les entretiens porteront sur l’énergie et les relations bilatérales ». « Les pourparlers s’étendront à tous les domaines », s’est réjouie Meloni à cette occasion.

 
Sahara : le chantage algérien
 
Comme la politique n’est pas le jeu des dupes, l’Algérie ne fournit pas son gaz gracieusement. En plus du prix réel, le gaz algérien a surtout un prix politique. En consentant à la demande italienne, le président Tebboune n’a pas manqué d’incruster la question si chère à lui et à ses camarades de régime : le Sahara marocain. Il s’est évertué seul à évoquer ce sujet à l’issue de son entretien avec la présidente du Conseil des ministres italien.

« Il a été convenu d’apporter un soutien à l’Envoyé personnel du Secrétaire Général de l’ONU Staffan de Mistura et à la mission onusienne pour l’organisation d’un référendum au Sahara », a-t-il indiqué. Par contre, Meloni s’est contentée de parler de coopération, en insistant sur l’importance de l’Algérie pour l’Italie qui, selon elle, aspire à « établir des passerelles entre les deux rives de la Méditerranée ».  Il est évident que l’Algérie n’a nulle intention de laisser passer cette occasion sans faire pression sur « ses clients » sur le dossier du Sahara en jouant la carte du gaz. Le régime militaire semble tirer profit de la guerre en Ukraine dans laquelle est embourbée la Russie, son principal allié militaire.


Que faut-il retenir ?
 
Pour le moment, en dépit de son rapprochement avec l’Algérie, l’Italie semble rester accrochée à sa neutralité dans le dossier du Sahara. Toutefois, l’arrivée de Meloni au pouvoir et son appétence pour le gaz algérien ont laissé planer le doute que celle-ci se range aux côtés de l’Algérie, d’autant plus qu’elle n’a pas caché sa sympathie pour le front polisario dans un livre autobiographique. Abderrahim Chabib, Directeur exécutif de l'Académie diplomatique italienne, pense « qu’il ne faut pas accorder beaucoup d’attention à la coopération gazière qui demeure normale pour un pays comme l’Italie qui cherche des sources alternatives d’approvisionnement ».

Notre interlocuteur estime que le rapprochement entre Alger et Rome ne se fera pas forcément au détriment du Maroc, à condition que le Royaume fasse le premier pas pour lancer un véritable partenariat avec le gouvernement de Meloni, qui met le commerce et la sécurité en tête de ses priorités. Des domaines où le Maroc peut offrir des solutions. « En attendant l’aboutissement du projet du gazoduc Maroc-Nigeria qui devrait révolutionner les circuits d’approvisionnement européen, le Royaume doit manifester un intérêt plus grand pour l’Italie et proposer des partenariats dans les domaines sécuritaire et migratoire », explique M. Chabib, qui estime que les autorités italiennes ont l’impression que ces partenariats ne sont pas importants aux yeux du Maroc.
 
Anass MACHLOUKH
 

Sahara : L’Italie cèdera-t-elle au chantage algérien ?

Trois questions à Abderrahim Chabib
« L’Italie ne se sent pas importante aux yeux du Maroc »

 
Abderrahim Chabib, Directeur exécutif de l'Académie diplomatique italienne, a répondu à nos questions sur les enjeux du rapprochement entre Alger et Rome, tout en revenant sur les relations maroco-italiennes.
 
Comment peut-on interpréter ce rapprochement italo-algérien ?
 
Il faut cesser de penser que l’Italie est un pays ami de l’Algérie au point d’en être un allié. Elle a tout simplement des relations commerciales avec l’Algérie. Mais, nous sommes loin d’une véritable alliance diplomatique et politique.  Il faut garder en tête que Giorgia Meloni est porteuse d’une vision différente de la place de l’Italie dans le monde. Une Italie souveraine protagoniste de l’Europe, qui n’entend pas renoncer à son leadership sur la scène internationale, ce qui l’incite à être réaliste dans sa politique étrangère et à coopérer avec tout le monde.
 
Ce rapprochement peut-il se faire au détriment du Maroc ?
 
À mon avis, il incombe au Maroc de faire le premier pas pour se rapprocher concrètement des Italiens. Le commerce et la sécurité sont les priorités de l’agenda de Giorgia Meloni, là c’est un terrain fertile pour le dialogue entre les deux pays. Comme le Maroc est leader dans la lutte contre le terrorisme et la migration clandestine, il peut se présenter comme un partenaire important pour l’Italie. Donc, il a tout intérêt à faire le premier pas pour initier un dialogue de haut niveau. Je pense que l’Italie a beaucoup à gagner d’un partenariat privilégié avec le Royaume. L’Italie est une puissance économique, membre du G7, cela lui confère une capacité d’influence importante et elle pourrait être un bon intermédiaire au sein de l’UE. Mais je trouve que Rome ne fait pas encore partie des priorités du Maroc.
 
 Si le Maroc, comme vous le dites, fait le premier pas et offre ses services dans le domaine sécuritaire, cela serait-il de nature à inciter le gouvernement de Meloni à regarder le dossier du Sahara autrement ?
 
C’est l’une des cartes qu’il faut jouer parce qu’il est judicieux de se servir du fait que la nouvelle coalition de droite est très réaliste et construit ses positions de politique étrangère sur la base des intérêts. Rome ne se sent pas actuellement important pour le Maroc qui reste plus focalisé sur la France et l’Espagne.

 
Propos recueillis par Anass MACHLOUKH
 








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