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Résidus des huileries : Vers une valorisation à bas coût des margines de la filière oléicole ?


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Mercredi 8 Décembre 2021

Une équipe de chercheurs affiliés à l’Université Cadi Ayyad ont mis en place une solution de compostage pour valoriser les boues de margines sous forme de biofertilisant.



Résidus des huileries : Vers une valorisation à bas coût des margines de la filière oléicole ?
Il y a quelques jours, nous avions publié sur ces mêmes colonnes un dossier dédié à la filière oléicole au Maroc. Secteur agricole privilégié qui a connu des développements significatifs durant ces dernières années, la filière oléicole nationale est actuellement en train d’évoluer rapidement pour relever les défis de l’amélioration de l’offre, mais également ceux relatifs à la conquête de nouveaux marchés internationaux.

Aussi, importante qu’elle puisse être du point de vue socio-économique, cette filière produit toutefois des quantités importantes de déchets organiques liquides (margines) et solides (grignons) qui peuvent sérieusement impacter l’environnement s’ils ne sont pas bien gérés.

« Au Maroc, les quantités de margines produites annuellement sont estimées à 685.000 m3/an, ce qui engendre des problèmes habituels à chaque période de trituration dans les principales régions de production d’huile d’olive (Fès-Meknès, Marrakech-Safi…). Comme les autres pays méditerranéens producteurs d’huile d’olive, le Maroc est confronté à la problématique de l’élimination des effluents d’huileries d’olive et dans une moindre mesure des grignons », souligne un communiqué diffusé par une équipe de chercheurs affiliée à la Faculté des Sciences Semlalia de Marrakech (Université Cadi Ayyad).

Le compostage en solution

« Les effluents d’huileries d’olive, comme tous les effluents agricoles liquides, sont très toxiques et posent de sérieux problèmes pour l’environnement à cause de leur forte charge organique et de leur richesse en composés phénoliques peu biodégradables. Ces margines sont souvent épandues de manière incontrôlée sur les sols agricoles ou stockées dans des bassins d’évaporation et déversées dans les égouts d’assainissement et les rivières, bien que les normes de rejets dans les milieux naturels existent, notamment la loi sur l’eau 36-15. Or, ces sous-produits peuvent contaminer les sols, les nappes phréatiques, les cours d’eau et l’air », souligne la même source.

« En général, il est aussi vérifié que les margines ou les boues issues des bassins d’évaporation des margines sont reconnues pour leur pouvoir fertilisant, en termes de matière organique, de potassium, de phosphore et des oligoéléments », souligne cependant l’équipe de chercheurs, coordonnée par Pr Mohamed Hafidi et Pr Loubna El Fels, qui estime que « le choix de compostage comme une filière pour le traitement de boues d’évaporation des margines au Maroc est très prometteuse ».

Margines, fumier de volaille et déchets verts

Afin d’apporter une solution fiable et durable aux collectivités locales et aux professionnels du secteur oléicole, pour faire face à cette problématique environnementale des margines, le laboratoire des Biotechnologie Microbiennes, Agrosciences et Environnement (BioMAgE), affilié à la Faculté des Sciences Semlalia de Marrakech, Université Cadi Ayyad, a donc mis en oeuvre un projet qui vise essentiellement à « développer une filière de co-compostage des boues issues des bassins d’évaporation des margines avec les déchets verts et les fumiers de volaille afin de se rapprocher des conditions réelles du compostage et de produire un produit stable, hygiénique et à grande valeur agricole répondant aux normes recommandées dans le domaine de l’agriculture ».

Le projet, qui a été initialement retenu et financé par le ministère délégué chargé de l’Environnement suite à un appel à manifestation d’intérêt pour le soutien des projets de Recherche et de Développement lancé en 2016, a ainsi abouti à « une solution durable, peu coûteuse et techniquement abordable qui permettra aussi de restituer les boues de margines comme amendements organiques ».

Tous les voyants au vert

L’équipe de recherche de laboratoire BioMAgE a effectué toutes les analyses préliminaires de la nature et la qualité des boues de margines de Chichaoua avant de procéder au traitement via des essais semi-industriels par la filière de compostage.

« Pour ce faire, une plate-forme de compostage a été mise en place dans la province de Chichaoua pour l’obtention des composts issus des boues d’évaporation des margines avec les déchets verts et le fumier de volaille, ainsi des tests écotoxicologiques, phytotoxiques et les essais agronomiques des composts ont été menés pour déterminer la qualité et la valeur agronomique des composts obtenus. Les recherches menées dans le cadre de ce projet, financé par le Département de l’Environnement dans le cadre de la promotion de la Recherche et Développement sur des thématiques environnementales, ont abouti à des résultats effectifs, dont l’impact est réel dans la communauté locale », précisent les chercheurs.

Les composts ainsi obtenus se caractérisent par un aspect de stabilité et de maturité « répondant aux normes de qualité requises avec un prix abordable pour l’agriculteur marocain ». L’équipe de recherche a donné à ce biofertilisant comme nom commercial « Marbiocompost ».


Oussama ABAOUSS

Repères

Trituration moderne et traditionnelle
Plusieurs unités et systèmes de trituration existent au Maroc : des unités traditionnelles dont le nombre est estimé à près de 11.000 unités qui totalisent une capacité de 270.000 tonnes par an en plus de quelque 1020 unités de trituration modernes et semi-modernes qui totalisent une capacité de 1,22 million de tonnes par an. Le nombre total des unités de trituration d’olives dans la région Marrakech-Safi est de 1393 unités, dont 12 unités modernes, 205 unités semi-modernes et 1176 unités traditionnelles.

 
Margines et unités de trituration
Pour chaque tonne d’olives, les unités traditionnelles génèrent entre 0,6 à 0,7 tonne de margines et 300 à 500 Kg de grignons. Par contre, les unités modernes à trois phases (qui injectent de l’eau dans leur processus de traitement) génèrent pour la même quantité entre 0,98 à 1 tonne de margines et 500 Kg de grignons environ. Les unités modernes à 2 phases appelées « unités écologiques » ne produisent pas de margines, mais des grignons humides uniquement (800 Kg par tonne d’olives). Elles sont malheureusement peu nombreuses au Maroc.

L'info...Graphie

Résidus des huileries : Vers une valorisation à bas coût des margines de la filière oléicole ?

Professionnels


Intégration de la valorisation des résidus des huileries dans la filière oléicole
 
Les professionnels de la filière oléicole semblent déterminés à trouver des solutions à la pollution de l’environnement par les résidus des huileries. « Cette problématique occupe une place importante parmi nos priorités. Nous nous sommes engagés à travers une convention signée autant par les professionnels que les divers départements ministériels concernés à oeuvrer ensemble afin de mettre en oeuvre les solutions nécessaires pour préserver l’environnement », nous explique M. Ahmed Khannoufi, directeur de la Fédération Interprofessionnelle Marocaine de l’Olive (Interprolive).

« Nous considérons par ailleurs qu’il n’est pas ici question de déchets, mais de sous-produits de la filière puisqu’il y a moyen de les valoriser que ce soit en tant qu’aliments pour le bétail ou encore comme combustible », nuance la même source. Si la valorisation systématique de ces sous-produits n’est pas encore d’actualité, le directeur de l’Interprolive nous assure que « la dynamique mise en place se dirige vers une généralisation progressive des bonnes pratiques dans ce domaine ».
 

Webinaire


Les experts appellent à une modernisation du secteur oléicole
 
Lors d’une rencontre à distance consacrée à la problématique de la pollution émanant de l’oléiculture dans la région Marrakech-Safi organisée en juin dernier, les participants ont appelé à l’adoption d’un programme de mise à niveau environnementale du secteur oléicole sur les plans local et national.

Les intervenants à cette rencontre virtuelle, organisée par la Direction Régionale de l’Environnement de Marrakech-Safi, en collaboration avec l’Agence du Bassin Hydraulique de Tensift, la Direction Régionale de l’Agriculture et l’Université Cadi Ayyad (UCA), ont aussi préconisé la restructuration et la modernisation du secteur oléicole et l’utilisation de technologies appropriées pour l’extraction de l’huile d’olive.

Cette rencontre visait à informer les acteurs locaux sur les enjeux environnementaux liés aux déchets issus de l’activité oléicole et de présenter un plan d’action régional de lutte contre la pollution oléicole à travers la déclinaison territoriale de la convention nationale de partenariat relative aux projets de collecte, de traitement et de valorisation des déchets issus de l’activité oléicole signée, au titre de 2021.

Cette rencontre a également servi de cadre d’échange et de partage autour des mesures à entreprendre et des actions à mener pour lutter contre la pollution oléicole, promouvoir les technologies propres, renforcer le contrôle environnemental et appuyer le comité régional d’exécution et de suivi de la convention-cadre sur l’oléiculture en vue d’atteindre les objectifs escomptés de mise à niveau environnementale du secteur.

 

3 questions au Pr Mohamed Hafidi, enseignant-chercheur


« Cette solution peut parfaitement compléter la chaîne de valeur qui s’arrête actuellement au bassin d’évaporation »
 
Coordinateur du projet « Marbiocompost » et enseignant chercheur affilié à la Faculté des Sciences Semlalia, Université Cadi Ayyad à Marrakech, Pr Mohamed Hafidi répond à nos questions.
 
 
- Le produit Marbiocompost est-il prêt pour une commercialisation et une utilisation industrielle ?

- Le procédé de traitement des boues issues des bassins d’évaporation des margines développé par BioMAgE pour produire le Marbiocompost est aisément transposable à l’échelle industrielle. D’ailleurs, notre volonté est de pouvoir en faire bénéficier la collectivité en transférant le résultat de la connaissance scientifique obtenu au laboratoire pour qu’il puisse servir en tant que produit innovant exploité commercialement.


- Ce procédé peut-il être répliqué à l’échelle du continent ou au niveau du bassin méditerranéen ?


- Le procédé peut être intéressant pour une réplication au niveau des pays qui ont des filières oléicoles et conditions plus ou moins similaires au contexte marocain. Donc, cette solution peut éventuellement être intéressante au niveau des pays d’Afrique du Nord par exemple. Les pays du Nord de la Méditerranée, pour leur part, se dirigent plus vers le développement d’unités de trituration à deux phases qui ne produisent que de l’huile et du grignon d’olives humides, qui sont aussi parfaitement adaptés au co-compostage.


- Quelles sont les prochaines étapes prévues dans le cadre du projet ?

- Nous nous dirigeons actuellement vers un élargissement de l’expérience au niveau régional. Nous avons commencé au niveau de Chichaoua, mais notre ambition est de pouvoir étendre l’expérience à d’autres bassins d’évaporation de la région. L’idée est de continuer à démontrer que notre procédé peut servir autant pour valoriser les boues de margines que pour produire un biofertilisant à faible coût dont la qualité équivaut aux fertilisants chimiques. À terme, cette solution peut parfaitement compléter la chaîne de valeur qui s’arrête actuellement au bassin d’évaporation et ainsi mettre en place une solution durable à la problématique des margines au Maroc.
 
Recueillis par O. A.