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Actu Maroc

Reportage : Un dimanche normal à Bhar Rbat, l’ultime plage ouverte de la capitale


Rédigé par Salima HAFID le Mercredi 2 Septembre 2020

Ces dernières semaines, les autorités du Royaume ont décidé de fermer toutes les plages de la région, sauf celle de Rabat. Cette exception a suscité beaucoup de questions.



A l’ombre de la majestueuse Kasbah des oudayas, la Dolce Vita
A l’ombre de la majestueuse Kasbah des oudayas, la Dolce Vita
En pleine crise sanitaire, la saison estivale a été interrompue cette année par la décision des autorités de fermer les plages de plusieurs villes du Royaume, suite à la flambée des cas de contaminations et le non-respect patent des gestes barrières, notamment dans les plages. Pourtant, à Rabat, la situation est différente.La plage de la capitale demeure toujours ouverte, alors que les plages avoisinantes ont été fermées, en l’occurrence celles de Témara et de Skhirat. Cette exception, quoique salutaire, laisse planer beaucoup de questions et fait même des jaloux dans les autres villes comme Casablanca. D’autant plus que les autorités locales ne donnent pas d’explication, ni d’information sur cette décision dont profite surtout le petit peuple de la capitale du Royaume, ravi de trouver une ultime échappatoire à l’oisiveté ambiante.

Un beau désordre 

Il n’empêche, les autorités de Rabat ne semblent pas accorder suffisamment d’attention à ce qui se passe au sein de la plage. Des foules immenses s’y entassent sans aucune considération pour les mesures sanitaires, ni à l’exigence de la distanciation, alors que les panneaux affichent le respect de trois mètres de distanciation. Un agent de la Protection Civile nous explique cette ouverture par la discipline des baigneurs, ce qui, d’après ce que nous avons constaté, reste tout à fait relatif. La même insouciance semble animer les commerçants qui donnent l’impression d’ignorer la gravité de la pandémie qui fait actuellement rage. 

Nous avons essayé de joindre les responsables loczux de pour en connaître davantage sur le mode de contrôle du respect des standards de protection sanitaire dans cette plage où règne un étonnant laxisme, mais ces dernières n’ont pas donné suite à nos sollicitations adressées notamment au Conseil de la ville. 

Quoiqu’il en soit, à l’ombre de la majestueuse Kasbah des Oudayas, cet ultime îlot d’estivage coule dans une insouciance généralisée où les estivants paraissent vouloir croquer à pleines dents ces derniers jours de répit, avant une fermeture pressentie comme imminente. 

Des scènes disparues des autres villes se perpétuent sur cette plage du peuple où les vendeurs de beignets, pipas et autres glaces artisanales appelées «Labani», subitement plus nombreux, car sans doute rappliqués des autres plages fermées, défilent à longueur de journée. Sur le sable brun foncé, s’étalent les silhouettes bodybuildées ou chétives de Wlad Lemdina, toujours prompts à braver les vagues de l’Atlantique, eux qui ont grandi aux abords de la grande bleue. 

Dolce Vita et mixité sociale 

En moins de deux, la plage de Rabat qui est traditionnellement fréquentée par les couches populaires, s’est muée en un fabuleux espace de mixité sociale où s’entremêlent «titis» de l’ancienne médina aux enfants gâtés des quartiers huppés de la capitale. Au parking de la plage, de plus en plus de berlines font ainsi leur apparition pour venir déposer quelques enfants de bonnes familles, vaillamment escortés et sans doute blasés par les baignades chlorées auxquelles ils préfèrent les vagues et l’air iodé de l’Atlantique. Une émulation digne d’être étudiée par les sociologues est en cours, mais quelques frictions aussi. Toutefois, l’ambiance reste bon enfant. 

Mais cette «Dolce Vita», somme toute compréhensible en ces temps de haute tension psychologique, ne doit pas faire oublier les bons réflexes. Dont notamment la fameuse distanciation sociale qui semble ici complètement contrebalancée. Même les matchs de foot improvisés à même le sable, qui étaient interdits dans toutes les plages du Royaume après la levée du confinement, continuent à avoir droit de cité et de se disputer dans ce lieu singulier où le Covid semble avoir été mis entre parenthèses.

Toutefois, avant de pouvoir accéder à ce paradis caché de l’estivage, il faut montrer patte blanche. Car, sans doute pour se donner bonne conscience et sauver les apparences, un dispositif de contrôle des accès basé uniquement sur la vérification de la Carte Nationale qui doit impérativement comporter une adresse de résidence à Rabat, veille au grain. Mais sans excès de zèle, des resquilleurs parvenant malgré tout à contourner ces contrôles en empruntant d’autres voies de passage, à travers les rochers de M9ibra, la légendaire plage rocailleuse des surfeurs jouxtant la plage de Rabat. Un père de famille nous a ainsi confié être venu de la ville jumelle de Salé : « Je suis venu aujourd’hui avec mes deux filles, afin qu’elles puissent profiter de la plage avant la rentrée scolaire», avant d’ajouter : «Franchement, personne ne nous a contrôlé et d’ailleurs, je me demande toujours si une adresse à Salé permettrait d’y accéder». 

Salé, qu’on aperçoit à l’horizon proche avec sa plage lointaine d’à peine une centaine de mètres, mais qui paraît désespérément déserte. Un autre contraste qu’offre la plage de Rabat.

Aucune mesure d’organisation

Au milieu de ce décor désordonné et brouillant, les agents d’autorité restent souvent invisibles, se contentant de suivre avec leur regard impassible les foules qui ruent vers le sable. Mises à part les quelques barrières placées devant l’entrée, les ressources humaines font en effet cruellement défaut. 

A l’intérieur des terres, à Rabat, comme partout au Maroc, le décompte macabre des contaminations et des décès continue. Pour cette seule journée de dimanche, on dénombre 1343 nouveaux cas de contamination et 33 nouveaux décès qui font monter le total des morts depuis le début de la pandémie à 1111 disparitions. Le Maroc dans sa totalité tremble, sauf la plage de Rabat qui semble baigner dans une belle mais effrayante insouciance. 

Salima HAFID 

Repères

La vague des fermetures frappe le littoral méditerranéen 
Mercredi 26 août, les autorités provinciales de Tanger ont officiellement décidé de fermer toutes les plages de la province d’El Fahs Anjra, ainsi que Chefchaouen, dans le but de lutter contre la propagation du Coronavirus. Cette décision intervient après la découverte de clusters formés par des vacanciers venus de plusieurs villes, principalement de la ville de Tanger, dans des circonstances mystérieuses.
Rabat, entre quiétude et inquiétudes 
Après plusieurs jours d’un bilan stable et étrangement inchangé de 16 cas quotidiens enregistré sur cinq jours, Rabat a commencé à voir les cas de contaminations augmenter, mais sans grande gravité. La moyenne de ces contaminations oscille depuis plusieurs jours entre 20 et 30 cas quotidiens. Ce qui vaut à la capitale son titre de ville disciplinée et mobilisée contre le Covid. Mais cette tendance ne doit pas occulter la réalité inquiétante d’une possible survenue de clusters comme on en avait vu au milieu de l’été. Restons donc prudents. 
Renforcement des contrôles
Comme pour protéger sa quiétude et sa résistance contre le Covid, la capitale du Royaume s’est sensiblement renfermée durant la dernière semaine en instituant plusieurs barrages sur ses principales voies d’entrée. Dans certains centres commerciaux comme Marjane, les contrôles ont également été durcis et plusieurs personnes rapportent avoir été empêchées d’y entrer sous le motif qu’elles ne disposaient pas de leurs CIN ou de CIN affichant des adresses dans d’autres villes.