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Culture

« Rabat, du Maroc antique à Mohammed VI » / Interview avec Robert Chastel : « Lyautey s’attribuait les fonctions et l’identification à Yacoub el Mansour »


Rédigé par Abdallah BENSMAÏN le Mercredi 16 Mars 2022

Un détail est frappant dans « Rabat, du Maroc antique à Mohammed VI », c’est la documentation visuelle qui réunit quelques six cents photographies et illustrations, les unes aussi significatives et rares que les autres. « Rabat, du Maroc antique à Mohammed VI » est ainsi un livre d’histoire par l’écrit mais l’est tout autant par l’image ? C’est, enfin, cette caractéristique qui en fait un véritable livre d’art… confirme Robert Chastel.



- « Rabat, du Maroc antique à Mohammed VI » est un ouvrage à facettes car renfermant plusieurs thématiques. Quelle valeur historique comporte ce livre d’art, peut-on lui attribuer une valeur de manuel de l’Histoire du Maroc ?

- Manuel d’histoire, oui...pour l’Antiquité en particulier. C’est un ouvrage qui devrait être dans toutes les bibliothèques universitaires et toutes les Facultés de lettres du royaume. Il devrait figurer dans toutes les Représentations diplomatiques qui ignorent tout de l’histoire et qui devraient ainsi faire la promotion de Rabat, Capitale culturelle du Continent africain.

L’histoire n’a pas débuté avec la conquête arabe de 670 et les Idrissides ont dû combattre l’islam amazigh marocain des Berghouata. Oui, il y a lieu de réviser l’histoire, son enseignement.

Pour enseigner et mémoriser l’histoire, il faut être ludique par l’image. Mon livre est un concept nouveau pour mes lecteurs. Il vaut donc pour tous les enseignants par le fond et par la forme. Le problème pour l’historien éditeur en Islam, c’est l’absence du portrait, du buste, du visage, même dans les monnaies anciennes. Cet état de fait ne sera contourné que par l’apparition de la photographie avec Niepce en 1839.

Au Maroc Moulay Hassan 1er (1873 - 1894) est le premier souverain à bénéficier DU DROIT À L’IMAGE... et l’Histoire du Maroc en fut chamboulée. Elle devient ludique et moderne. L’interdit Islamique étant contourné de fait, il devient obsolète pour toutes nos cartes d’identité et passeports. Les développements à vos questions les dépassent. Les lecteurs devraient prendre conscience du frein médiatique qu’a été l’interdit culturel et religieux du traitement de l’image du visage.

Le début de la carte postale au Maroc en 1879 et surtout à partir de 1907 sera étonnant avec ses scènes et types de Marocains, de femmes, d’enfants, d’aveugles, de juifs, de petits métiers, d’askris, de chameaux, de véhicules. Songez que les Chaouia à Casablanca n’ont redécouvert l’usage de la roue qu’en voyant les arabas, les charrettes attelées de l’armée française car tous les transports ne se faisaient que par les chameaux… Et par des bourricots par centaines avec leurs chouaris. Il faut aimer le Maroc aussi pour son histoire récente, son accession aux temps modernes avant 1912.


- Vous affirmez le caractère méditerranéen de Rabat. Ce caractère vous parait-il aussi prégnant que par le passé comme peut l’avoir été l’Islam qui l’est toujours ?

- Le caractère méditerranéen du Maroc et de Sala-Chella est indubitable, phénicien de Lixus, fondée par les Tyriens du Liban avec Gades-Cadix 12 s av J.C, carthaginois au 8ème siècle... La reine Cléopatre Sélène de Maurétanie est égyptienne, épouse du roi berbère Juba II.


- L’Histoire de Rabat et de Salé ne saurait être séparée de celle, notamment, de l’Espagne et des pays européens du pourtour méditerranéen. Au-delà de la piraterie et des Corsaires de Salé, de solides relations commerciales existaient entre l’Europe et Rabat. Comment peut-on expliquer ce qui peut paraître comme un paradoxe ?

- Les relations commerciales solides étaient Mérinides. Avec LA PIRATERIE, nous n’étions pas encore dans le commerce… Le Maroc n’a pas eu de marine marchande véritable jusqu’à Sidi Mohamed Ben Abdallah avec Essaouira. Il ne vivait que de rapines, une vengeance sur la chrétienté après les expulsions massives des Morisques en 1492-1500,1609 1610.


- Quels sont les évènements qui vous semblent avoir marqué cette période de l’Histoire de Rabat qui est, également et par plusieurs aspects, celle du Maroc. Vous vous penchez sur l’action de plusieurs sultans alaouites qui ont marqué cette période de fer et de feu. Quelles grandes lignes en retenez-vous ?

- La Kasbah a mis l’Europe à genoux, l’esclavage blanc en Méditerranée a mis 1.250.000 chrétiens en 250 ans en esclavage des régences Barbaresques et de Meknès. Moulay Ismaël a été le plus terrible avec son règne de 50 ans.


- Parmi les grands événements qui ont marqué les siècles récents, le traité du Protectorat signé en 1912 est un repère important. Ce traité est-il une rupture ou un enchainement par rapport à l’époque ? Quels en furent les avantages ou les inconvénients pour Rabat, une capitale en construction au sens politique et administratif du terme ?

- Le Protectorat est une suite de crocs en jambes… Il a démarré en 1911 avec la Campagne de Fez. Les emprunts de My Abdelaziz ont mis le Maroc exsangue... la France n’a que profité de ses faiblesses. Le Protectorat s’il heurte l’amour propre du Marocain a permis le passage du moyen âge aux temps modernes en 20 ans...

En 1908, la grande stupeur des Chaouia fut de découvrir l’usage de la roue en voyant les arabas, les charrettes de l’armée française, en 1910, les diligences, en 1911 le 1er avion, en 1912 les premiers trains, en 1913 le port fluvial de Rabat, Capitale administrative qui ne voulait pas dépendre de Casablanca.


- Votre parcours de la ville est une sorte d’hommage à son passé plus que millénaire que vous restituez dans une longue promenade à travers le Vieux Rabat que vous qualifiez d’insolite. Vous faites des haltes avec les Saints de Rabat et marquez des pauses pour admirer « Les portes et enceintes de la Cité Andalouse ». « Rabat, du Maroc antique à Mohammed VI » a une portée historique indéniable. On peut ajouter qu’il est également touristique et culturel, n’est-ce pas ?

- Rabat Capitale n’a eu que des avantages urbanistiques et sociaux. Lyautey s’attribuait les fonctions et l’identification à Yacoub el Mansour. J’ai un parcours touristique et intellectuel et je veux propulser Rabat à l’international. C’est le deal que j’avais proposé en 2019 à S.M... Ce livre devrait figurer en arabe et en anglais à l’Institut du Monde Arabe.


- « Rabat, du Maroc antique à Mohammed VI » consacre son dernier chapitre à cent ans d’urbanisme dans la capitale. De Moulay Youssef à Mohammed VI, Rabat a construit des chefs d’oeuvre d’urbanisme qui marquent l’histoire architecturale de la cité. Dans ce contexte, quels sont les repères qui vous semblent significatifs de l’évolution d’un règne à l’autre des différents sultans alaouites qui ont marqué de leur empreinte l’urbanisme de Rabat ?

- Port de plaisance, oui, de pêche, oui mais commercial non. Très touristique, oui. Je souhaiterais que l’archéologie ne soit plus le parent pauvre du ministère de la Culture… antéislamique, j’entends. Il n’existe aucun livre sur les sites antiques de Lixus et Volubilis, par exemple. En conclusion, j’ai voulu un livre d’art qui illustre tous les intervenants des tragédies et du bonheur de l’histoire. J’ai conçu le livre comme une oeuvre d’art pour Rabat, cette inconnue qui m’est très chère et pour propulser son image comme le souhaite SM le Roi Mohammed VI.


Propos recueillis par :
Abdallah BENSMAÏN

Portrait


Robert Chastel, un rbati au coeur de l’Histoire
 
Robert Chastel est médecin généraliste de son état et un féru d’histoire et de photographies anciennes. Sa passion pour Rabat, Salé et le fleuve Bouregreg en ont fait un spécialiste. Il en connaît l’histoire, la géographie, ce périmètre qui le fascine, il l’a arpenté dans ses moindres recoins. C’est une sorte d’érudit du patrimoine de Rabat-Salé, dont il sait déchiffrer les moindres pulsations. Pour partager son « trésor », Robert Chastel n’hésite pas à payer de sa personne… et de sa poche.

Dans ces récits historiques que Robert Chastel élaborent, les détails ne manquent et la précision ne fait pas défaut quand il s’agit de rapporter des dates ou des évènements. Ces récits sont illustrés par des citations, des anecdotes qui donnent une certaine saveur à la lecture, sans oublier les dessins, les tableaux de peinture et les photographies.

Décoré du Wissam alaouite, en 2014, Robert Chastel, au-delà des rives du Bouregreg, a construit une oeuvre imposante sur la région sans oublier Casablanca sous le titre « Témoignages et chuchotements, l’histoire de Casablanca ».
 



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