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Actu Maroc

Rabat : Loger en ville n’est plus donné à tout le monde !


Rédigé par le Lundi 18 Janvier 2021

Les habitants de Rabat en quête de relocation ou les nouveaux arrivants à la recherche d’un logement digne se retrouvent dans une situation difficile, en raison d’une hausse de prix jugée démesurée



Rabat : Loger en ville n’est plus donné à tout le monde !
Rabat, la ville lumière, est devenue une ville de plus en plus attirante, grâce à son offre éducative globale, ainsi qu’aux opportunités de travail qu’elle offre. Grâce à la sécurité qu’elle procure, à son trait calme et paisible et son aménagement récent et moderne, Rabat se profile aujourd’hui comme une destination des plus courues pour les jeunes étudiants ou fonctionnaires à la recherche d’un environnement où il fait bon vivre.

Cette offre alléchante cache pourtant un revers de la pièce. Les aspirants à une vie sereine se heurtent à l’obstacle du logement, qui est devenu, à Rabat, le premier et le dernier souci d’une classe moyenne qui craint les répercussions de la pandémie.

Étonnement, après le confinement et malgré la crise sanitaire, les prix de location des biens immobiliers à la capitale ont explosé de manière déraisonnable, insensée, parfois qualifiée de « malhonnête » par les plus affectés.

Cette hausse exorbitante, qui atteint 50% dans bon nombre de quartiers, résulte de nombreux facteurs. Elle est due notamment à une demande énorme en raison du retour des étudiants de leurs domiciles parentaux, à la relocation des habitants et également à la colocation qui devient de plus en plus monnaie courante.

Une situation décevante pour nombreux habitants de la ville qui s’attendaient, en toute logique, à une baisse de ses prix qui rendrait possible leur mobilité vers un logement qui présenterait plus d’avantages.

L’exemple de Yassine, ingénieur junior en informatique, en témoigne. Ce jeune fonctionnaire qui souhaitait s’approcher de son lieu de travail s’est retrouvé face à des prix « effrayants », rapporte-t-il. « J’habitais un bel appartement d’une pièce et un salon, que je louais à 2800 dirhams dans un quartier huppé », nous rapporte Yassine, « je voulais toutefois habiter Hassan, tout près de mon travail. J’étais étonné par les prix qu’on me proposait : l’appartement le moins cher que j’ai trouvé est à 4300 dirhams. Et il n’est même pas aussi spacieux et convivial que celui que j’habitais ». 

Finalement, Yassine s’est résolu à louer un appartement à 4500 dirhams et a dû payer, comme la coutume le veut, un mois de caution et des frais d’intermédiation. « En globalité, le déménagement m’a coûté 11.000 dirhams, et c’est bien plus que mon salaire mensuel », nous confie-til. Les nouveaux venus n’y échappent pas non plus. Oumayma nous explique qu’en arrivant de France, où elle louait un studio de 35m² à 350 Euros, elle n’a pu s’offrir à Rabat qu’un studio « minuscule » non meublé de 18m² à 3000 dirhams au quartier Agdal. « On pourrait croire que c’est une histoire de finition, mais ce n’est pas le cas », précise-t-elle. « Je n’aurai jamais imaginé qu’un si petit studio coûterait autant dans un pays où le SMIG est de 2800 dirhams ».

Actuellement à la recherche d’un nouveau logement, Oumayma déplore le résultat, « c’est la galère », nous confie-t-elle, « tu trouves des maisons, pas du tout propres, avec une mauvaise finition, à la limite inhabitables, à 3500, 4000 ou 5000 dirhams ». « Les prix de location à Rabat ne sont en cohérence ni avec le revenu d’un citoyen marocain ni avec la qualité de l’appartement ou du studio proposé ! », conclut Oumayma. En effet, Oumayma n’est pas la seule à penser que les conditions d’une bonne location sont souvent absentes. « La sécurité, un bon état de toiture, des murs, des installations sanitaires et électriques, une surface habitable d’au moins 14m² hors les espaces communs en cas de collocation », ce sont là les conditions élémentaires nécessaires d’un logement digne du nom, avance Anass, jeune étudiant à Rabat. Pour lui, la qualité de son logement est loin de justifier son prix, mais « le propriétaire ne veut rien savoir », déplore-t-il, « et quand je lui parle des réparations qu’il faut entreprendre, ou que je demande à baisser le prix pour des considérations de qualité, il répond que c’est à prendre ou à laisser, car c’est la loi de l’offre et de la demande qui prime ».

3 questions à Gormand Kevin

Rabat : Loger en ville n’est plus donné à tout le monde !
« Dans les grandes villes, beaucoup de personnes ont souhaité changer de logement après le confinement, pour un espace plus agréable »

Gormand Kevin, PDG et fondateur de Mubawab.ma, nous offre une image claire de la location immobilière à Rabat et nous explique les raisons de l’augmentation des prix.

- Que pensez-vous des prix de location immobilière à Rabat ?
- Il est vrai qu’à Rabat, tout le monde est surpris par les prix de location des biens immobiliers. D’ailleurs, c’est devenu actuellement aussi cher, voire plus qu’à Casablanca, et encore beaucoup plus cher comparé à Tanger ou Marrakech. C’est une spécificité de la ville, puisque, il faut le dire, il n’y a pas vraiment de logique et de cohérence quand on prend en considération le tissu industriel et économique de la ville. La location est trop chère par rapport à ce que la ville offre dans ce sens. 

- Quelles sont les raisons de cette hausse des prix ? 
- Il faut d’abord noter que cette augmentation des prix ne concerne pas uniquement Rabat, mais on la retrouve un peu partout. Elle n’est toutefois pas uniforme. Dans les logements sociaux par exemple, qui se louent à 1000, 1500 ou 2000 dhs par mois, il n’y a pas d’augmentation qui a été visible. Par contre, sur « Mubawab », on a constaté que dans les grandes villes, beaucoup de personnes ont souhaité changer de logement après le confinement, pour un espace plus agréable (un peu en dehors de la ville, ou avec un jardin ou avec une vue sur mer, ou avec un balcon ou une terrasse…, etc. ). Cette mobilité pour les personnes qui n’étaient pas en mesure d’acheter un bien immédiatement a engendré une grande demande et par conséquent une hausse du prix. Mais encore une fois, ce n’est pas uniforme.

- La colocation fait-elle augmenter les prix ?
- La colocation peut être un paramètre, car au lieu de louer un logement à 4000 dhs par exemple, un propriétaire trouverait plus rentable de louer les deux chambres à 2500 dhs chacune et augmenterait son gain de 25%. Cependant, ce n’est pas un phénomène récent et ne peut donc pas être une raison convaincante de la hausse actuelle des prix. D’autant plus que ce n’est pas un phénomène qui impacte toutes les tranches des locataires, mais uniquement quelques uns. En outre, si on se prête à une comparaison entre Casablanca et Rabat, force est de constater que Casablanca est une ville de plus en plus étudiante et la colocation y est bien plus développée, pourtant, la hausse des prix n’y est pas aussi flagrante et injustifiée. Au final, ce sont des logements bien spécifiques aussi, essentiellement pour les étudiants, qui ne vont pas forcément impacter tout le monde.
 
Recueillis par N. L.

Repères

Nous avons testé pour vous
Afin de mettre au clair les conditions qui entourent la recherche d’une location, nous avons contacté plusieurs agences immobilières et propriétaires de biens. Force est de constater que la majorité des loueurs privilégient de louer aux prétendantes de la gent féminine et rejettent la demande des hommes. Un constat affirmé par Karim, étudiant à l’ENA, qui nous raconte qu’à son arrivée à Rabat, il a trouvé beaucoup de mal à trouver une chambre à louer et a dû passer deux mois à « squatter » chez des amis. « J’ai été rejeté bien plus d’une fois, car je ne suis pas une fille », confie-t-il. « Je considère que c’est de la discrimination et du sexisme », ajoute Karim avec amusement.
Quid des ventes ?
Sinistré par la crise, le secteur de l’immobilier n’arrive toujours pas à redémarrer correctement. En novembre, l’indice des prix des actifs immobiliers (IPAI) a baissé, en glissement annuel, de 0,8% au troisième trimestre de 2020 et les transactions de 9,5%, selon Bank Al-Maghrib (BAM) et l’Agence nationale de la conservation foncière, du cadastre et de la cartographie (ANCFCC). Les transactions ont progressé de 22,8%, avec des accroissements de 22,4% des ventes des locaux commerciaux et de 25% de celles des bureaux. Par ville, l’indice fait ressortir que les prix se sont accrus, en glissement trimestriel, à Rabat, Casablanca, Marrakech et Tanger de 12%, 2,9%, 0,9% et 5,3% respectivement.