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Actu Maroc

Que signifie encore le 8 mars ? : 8 femmes de 3 générations nous répondent


Rédigé par S. MDIJI et H. CHAKER le Mardi 8 Mars 2022




Khadija Ezzoumi, conseillère et chargée de mission à l’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM)
 
Le 8 mars n’est pas une journée à fêter mais plutôt une occasion pour évaluer les acquis du mouvement féministe militant au Maroc sur tous les niveaux : politique, associatif, économique, etc.

Nous ne pouvons pas nier que notre pays a avancé en matière d’égalité des genres et plusieurs points favorables sont à saluer. Toutefois, les attentes sont énormes. A titre d’exemple, il existe quelques représentations féminines dans les Conseils de régions mais le nombre demeure dérisoire. Les présidentes de communes n’existent pas ! A ce propos, nous ne cherchons pas des représentations mais plutôt des fonctions. La femme est plus ou moins bien présente mais sa contribution dans le processus de prise de la décision est très faible. Ceci dit, les femmes au Maroc doivent avoir leur opportunité pour faire leurs preuves en matière de gestion aux niveaux local, régional et national.

Aujourd’hui, nous sommes passées de 80 à 95 femmes au sein du parlement, cela est prometteur, mais au sein des Comités et Conseils, la femme est toujours quasi-absente. Nous revendiquons la mise en valeur des femmes militantes, l’instauration d’un système d’équité et la mise en oeuvre immédiate du Conseil consultatif de la famille et de l’enfance. Ce sont des mécanismes qui contribueront à l’épanouissement de la gent féminine, pierre angulaire de toute une famille et donc de toute une société.

Nous revendiquons également qu’il y ait une égalité sociale et une égalité territoriale, notamment pour la femme rurale qui souffre, plus que quiconque, de la précarité, du chômage et de l’analphabétisme.


Awatif Hayar, Enseignante-chercheuse, experte internationale en smart cities, présidente de l’université Hassan II de Casablanca, actuelle ministre de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille
 
Les femmes marocaines se démarquent de plus en plus sur la scène sociale et politique. En étant par le passé présidente d’une université, je peux affirmer que les étudiantes qui arrivent à l’université brillent au niveau scolaire et au niveau des concours. Mais malheureusement, après l’obtention du diplôme, le taux d’activité des femmes, tous niveaux confondus, ne dépasse pas 20%.

Ainsi, l’une des priorités au niveau du gouvernement est de faire passer ce taux à 30%. Il y a donc encore beaucoup de choses à faire, et célébrer le 8 mars trouve encore tout son sens vu qu’on n’a pas encore atteint la parité ni l’effectivité de l’égalité. Au niveau du ministère de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, nous travaillons sur beaucoup de leviers pour réaliser l’autonomisation et l’émancipation socio-économique des femmes.

Nous accompagnons aujourd’hui 36.000 femmes dans toutes les régions du pays avec un budget de 220 millions de DH pour leur permettre d’avoir des activités génératrices de revenus, mais nous visons à élargir le taux des femmes bénéficiaires dans le futur. D’ailleurs, les femmes subissent un poids social très lourd, même pour les femmes qui ont réussi à obtenir de bons diplômes ou encore à trouver un emploi, après tout un périple, le poids de la famille les oblige à renoncer à leur carrière.

Il est impératif aujourd’hui de développer des mécanismes effectifs pour aider les femmes à s’épanouir dans la vie familiale et dans la vie professionnelle. C’est d’ailleurs dans ce sens que j’annonce que nous travaillons sur un programme « d’assistantes maternelles », un concept qui n’a jamais existé auparavant au Maroc et qui va renforcer l’employabilité des femmes dans deux segments d’âge. D’abord au niveau des jeunes femmes qui viennent d’être diplômées qui seront libérées pour aller travailler tout en sachant que leurs enfants sont bien surveillés à la maison. Ensuite au niveau des femmes plus âgées qui vont être formées puis accréditées pour surveiller et garder les enfants à domicile. C’est tout un système qui va renforcer l’employabilité des femmes.


 

Que signifie encore le 8 mars ? : 8 femmes de 3 générations nous répondent
Hind Lakhal, Responsable de l’équipe communication de l’ENSAM Casablanca Academy (ECA) et présidente du A&C Digital Manufacturing Club
 
Le 8 mars est une journée d’action, de sensibilisation et de mobilisation dédiée à la lutte pour les droits des femmes, l’égalité et la justice. Au fil des années, on constate que la situation des femmes dans le monde a énormément évolué. Plusieurs pays ont fait des progrès significatifs dans la manière dont les femmes doivent être considérées, tant au sein de la famille que dans les espaces de vie professionnels et collectifs.

La femme d’aujourd’hui a réussi à combiner le succès dans sa vie personnelle et professionnelle. Elle est la mère et formatrice des générations futures et responsable du développement de plusieurs projets dans différents domaines. Le 8 mars a toujours sa valeur et son impact sur la situation des femmes. Preuve en est, chaque année, le monde entier commémore cette journée spéciale pour se souvenir des grandes luttes, des réalisations et de la participation active des femmes à la vie politique et économique.

Cette année, le thème du 8 mars 2022 est «L’égalité aujourd’hui pour un avenir durable», en reconnaissance à la contribution des femmes et des filles du monde entier qui mènent l’offensive quant à l’adaptation et la réponse aux changements climatiques pour la construction d’un avenir plus durable. En tant que femme marocaine, je suis très fière de l’évolution de la situation de la femme marocaine et des efforts déployés par notre cher pays en la matière. Grâce à ces avancées, j’ai pu découvrir et exploiter mes compétences, et je suis reconnaissante à la lutte menée par mon pays.


Yasmina Benslimane, Jeune militante engagée pour les droits des femmes
 
Le 8 mars est, malheureusement, devenu comme une fête commerciale, alors qu’il s’agit d’une journée importante pour nous rappeler le chemin qu’on a parcouru et les défis qu’il nous reste à relever. C’est dire que c’est une opportunité de plus pour mettre en exergue le rôle important de la femme dans différentes activités économiques, politiques et sociales de notre pays.

La volonté de réussir peut dépendre énormément de la femme certes, mais il faut prendre en considération plusieurs facteurs socioéconomiques, à commencer par la classe économique et sociale ou alors l’accès à l’éducation qui n’est, malheureusement, pas suffisamment démocratisé au Maroc. Ces éléments peuvent à la fois entraver son développement et contribuer à la construction des inégalités hommes / femmes dans la société marocaine.

Malgré la nouvelle Constitution de 2011 et les diverses réformes mises en place par les pouvoirs publics, le fossé pour assurer aux femmes les mêmes droits demeure abyssal, notamment en ce qui concerne le Code pénal et le Code de la famille. Je pense qu’il faut commencer par faire un travail de fond, que ce soit au niveau législatif ou juridique, outre de revoir les mentalités qui sont encore « moyenâgeuses ». Les deux sexes méritent d’avoir accès aux mêmes droits, afin de mettre fin à la lutte sans relâche que la femme poursuit depuis plusieurs décennies.
 


Lamia Bazir, Conseillère en politiques sociales et militante pour les femmes et la jeunesse
 
Le 8 mars, qui trouve son origine dans de multiples luttes des ouvrières et des suffragettes, vaut encore plus que jamais une journée pour l’humanité. Il est un rappel que chaque être humain, chaque femme, a une valeur unique et requiert une chance égale à la dignité et à l’opportunité. Face à la vulnérabilité féminine exacerbée par la pandémie et les changements climatiques, il est une journée de conscientisation et de mobilisation en faveur des droits des femmes, certes, mais il est surtout une interpellation à davantage d’efficacité et de créativité politique, économique et sociétale.

La Journée internationale des droits des femmes est une convocation de l’Etat et de la société sur les conditions législatives, culturelles et pratiques propices à ce que chaque citoyen, chaque femme, chaque fille, et chaque enfant en milieu urbain et rural puisse vivre dignement, se développer, déployer son potentiel et se réaliser.

Parce que les conditions des femmes sont le miroir de toute une société, au Maroc comme ailleurs, le 8 mars est une journée d’arrêt pour une évaluation multidimensionnelle des acquis et des défis et il se doit d’être un engagement continu, une promesse perpétuelle, un pacte collectif pour notre humanité.


Kawtar Chentaf, Élève Ingénieure en Génie Civil à l’Ecole Hassania des Travaux Publics (EHTP), Présidente de Hassania Junior Entreprise
 
Comme il est connu, le 8 mars, initialement établi en tant que journée mondiale des droits de la femme, a sans doute servi pendant des décennies à inciter plusieurs figures féminines à proclamer leurs divers droits, exigeant l’harmonisation de toutes les réglementations en admettant les divers droits sans discrimination, sans favoritisme.

Cependant, de nos jours, cette journée, qui représentait une bataille pour réclamer de meilleures conditions de travail, le droit de vote et la fin des discriminations entre les femmes et les hommes, s’est transformée en une simple célébration au cours de laquelle on se contente de leur offrir des présents symboliques.

Bien évidemment, ce geste est appréciable, néanmoins, le meilleur moyen de célébrer cet événement serait de focaliser sur les obstacles rencontrés par les femmes, que ce soit à l’échelle nationale ou mondiale. Quant à la situation des femmes au Maroc, bien qu’elle ait certainement connu plusieurs améliorations, elle a encore un long chemin à parcourir pour devenir idéale, notamment en ce qui concerne la femme rurale.

Ainsi, il faudrait veiller à garantir la scolarité à la plupart, voire à toutes les jeunes filles du pays, investir dans l’éradication de l’analphabétisme chez la population plus âgée et améliorer la qualité des services médicaux, surtout quand il s’agit des femmes enceintes.
 

Aziza Nait Sibaha Journaliste et fondatrice de Taja Sport, plateforme médiatique qui promeut le sport auprès des femmes et met en lumière les exploits sportifs féminins dans la région MENA
 
Pour moi, le 8 mars, journée internationale de lutte pour les droits des femmes, est une date à retenir comme étant un rappel que le combat pour l’égalité entre les deux sexes continue. Cette journée n’est pas plus qu’une occasion pour faire l’évaluation de ce qu’on a fait et de ce qui nous reste à faire.

Je pense que les femmes marocaines souffrent de plusieurs contraintes, à savoir économiques, culturelles et sociétales. Il y en a celles qui dépendent de la société, des stéréotypes, des mentalités, etc., qui empêchent la femme de jouir pleinement de ses droits et de jouer son rôle de citoyenne active dans la société. Il existe également des situations de précarité économique, spécialement quand il s’agit de zones rurales.

Ce que je dis aujourd’hui, c’est qu’il y a un plafond de verre qui est imposé par les sociétés, comme il y en a un que les femmes elles-aussi s’imposent à force d’intégrer ces stéréotypes auxquels elles doivent faire face.

Aujourd’hui, il faut s’inscrire dans l’action et non plus être uniquement dans l’attente d’avoir nos droits. En effet, même les femmes qui ont réussi à occuper des postes de responsabilité ou à s’affirmer dans la société sont appelées à jouer un rôle crucial dans l’émancipation de cette catégorie. On ne doit pas se contenter de dire que les hommes ne font pas assez, car les femmes ont également leur part de responsabilité, et doivent se battre pour assurer l’égalité des genres et changer les choses. On doit être le changement auquel on inspire, on doit l’incarner et non juste en parler et faire des discours.


Naima, Vendeuse de melwi
 
La journée mondiale des droits des femmes ! Je ne sais pas trop ce que ça veut dire, mais je suis sûre qu’on en a besoin ! Les femmes de tout âge souffrent de problèmes différents et il est indispensable de lutter pour améliorer leurs situations.

Ayant vécue dans un petit Douar qui s’appelle Irhrm dans la région de Souss, mon enfance n’était pas toujours facile. J’ai compris très tôt ce que la pauvreté, la précarité et même ce que le chômage et l’analphabétisme veulent dire. Loin des tâches quotidiennes que je devais faire à la maison et aux champs, aller à l’école était mon activité préférée, je rêvais de devenir aussi éloquente et « intelligente » que mes enseignants. Mais ce rêve n’a pas pu se concrétiser vu que j’ai dû quitter l’école au cycle collégial pour me marier dans la ville de Salé. Je n’étais pas très chanceuse après non plus, mon mari, beaucoup plus âgé que moi, ne manquait aucune occasion pour m’humilier ou encore me frapper.

Ensuite, j’ai compris que si je veux mieux vivre, avoir mes droits et profiter de ma vie, ça ne serait que grâce à mon indépendance financière et c’est là où j’ai commencé mon projet de Msmen, qui au bout de deux ans s’est transformé d’un petit business de chez moi en un magasin avec une dizaine d’employées.

Aujourd’hui, à travers ce petit business, j’essaie de donner à quelques femmes les moyens de bâtir un avenir meilleur. Par un système rotatif, j’emploi le matin des femmes divorcées ou veuves avec des enfants, et l’après-midi des étudiantes au lycée et des universitaires viennent aussi aider dans les ventes contre des sommes qui les aideront à continuer leurs études. Je crois que la femme doit aider la femme qui est à ses côtés, chacune de par sa position, son savoir, ses compétences… Si nous nous entraidons et nous réalisons notre indépendance financière, tous les autres droits seront acquis naturellement.
 








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