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Environnement

Protection animale : Un enjeu moral et sanitaire entravé par les idées reçues


Rédigé par Oussama ABAOUSS le Dimanche 31 Octobre 2021

La société civile qui lutte contre la maltraitance animale est souvent victime d’idées reçues. Pourtant, notre culture et notre religion sont foncièrement contre la cruauté envers les animaux.



Le jeudi 21 octobre dernier, les députés et sénateurs français ont voté un accord sur un texte de loi contre la maltraitance animale, ouvrant la voie à son adoption rapide. Interdiction des animaux sauvages dans les cirques et les delphinariums, vente de chiots et chatons interdite en animalerie, le texte est jugé «historique» par tous les militants de la protection animale en France. Les associations marocaines qui s’activent pour la même cause ont ces derniers jours partagé l’information à travers les réseaux sociaux.

Au vu des commentaires qui accompagnent leurs publications, les militants qui luttent contre la maltraitance animale au Maroc aspirent à voir se concrétiser des mesures équivalentes au niveau national. Le parallèle s’arrête là, car les « animoureux » marocains semblent bien connaître les différences de contexte et, surtout, le retard cumulé dans notre pays par rapport à cette thématique.

Une cause mal comprise

« La société civile marocaine qui oeuvre dans ce domaine doit souvent composer avec des idées reçues qui ont la peau dure. Cette noble cause passe souvent pour un concept occidental importé d’ailleurs par des personnes déconnectées de la réalité qui se trompent de priorité.

Or, la protection animale est un chantier qui se décline différemment selon les spécificités locales de chaque pays. Il va sans dire que le Maroc dispose de valeurs ancestrales et traditionnelles qui valorisent le respect de la vie et abhorrent la maltraitance et la cruauté envers les animaux », explique Ali Izddine, militant depuis plusieurs décennies et fondateur de la Société Protectrice des Animaux (SPA) au Maroc.

« Je fais ici référence aux valeurs inculquées par l’éducation, mais également par notre religion qui inclut une pléthore de textes qui citent les vertus de l’empathie vis-à-vis du Vivant », poursuit la même source qui souligne l’existence d’une « réelle culture marocaine de la protection animale».

Un enjeu de santé publique

Ali Izddine coordonne actuellement un collectif d’associations qui s’activent dans le domaine de la protection animale, mais également dans celui de la conservation des espèces menacées afin de créer une fédération dédiée à ces deux thématiques.

« L’enjeu est le même, que ce soit pour les animaux qui vivent avec l’Homme que pour les espèces sauvages. À travers le concept « One Health », les scientifiques ont démontré que l’enjeu de la Santé publique est partagé entre humains, animaux et écosystèmes. Notre objectif est de puiser dans notre propre culture marocaine pour oeuvrer à lutter contre la cruauté envers les animaux qui sévit dans notre pays, principalement à cause d’un cadre juridique qui est incomplet, obsolète et quasiment jamais appliqué », précise le militant qui espère que le Maroc pourra rectifier cette situation.

« Mettre à jour les lois dans ce domaine pourrait bénéficier également à l’image de notre pays à l’international et favoriser des mesures qui responsabilisent les propriétaires des animaux et qui appuient le travail des associations sérieuses », souligne Ali Izddine.


Sensibilisation et éducation

L’autre obstacle auquel font face les associations qui luttent contre la maltraitance envers les animaux est le faux dilemme qui met en balance la cause humaine et la cause animale.

« Beaucoup nous font remarquer qu’il vaut mieux militer pour le bien-être humain que pour les animaux. Il est de ce fait important d’informer et de sensibiliser pour expliquer et démontrer que les deux causes ne sont pas antinomiques. Lutter contre la cruauté envers les animaux ne se fait pas au détriment d’autres causes humaines. Au contraire, car consacrer les enseignements de notre religion et de notre culture dans ce domaine apprend aux jeunes générations à être empathiques et à respecter la vie », tient à signaler le fondateur de la SPA Maroc.

Si l’interdiction de l’utilisation d’animaux sauvages dans les delphinariums et les cirques comme la proscription de la vente de chiens et de chats dans les animaleries ne semblent pas se profiler de sitôt dans notre pays, au moins a-t-on la garantie que la société civile marocaine qui oeuvre dans ce domaine est en train de gagner en maturité et en organisation.


Oussama ABAOUSS

 

Repères

Une captivité douloureuse
Une étude menée par une université britannique a exposé les conditions déplorables des animaux en captivité et mis en vente dans les animaleries traditionnelles et les souks au Maroc. Selon l’étude, citée par le site spécialisé Mongabay, dans les animaleries traditionnelles marocaines, les animaux sont souvent maintenus dans de mauvaises conditions. L’étude avance le chiffre de 88% des animaux qui seraient hébergés dans des situations qui ne respectent pas leurs besoins vitaux (accès à l’eau, protection du soleil, etc.).
Pré- projet pour le bien-être animal
En 2013, un pré-projet sur le bien-être avait été publié sur le site du SGG. Le texte est intitulé : « Les mesures relatives à la santé animale, au bien-être des animaux et à l’inspection sanitaire vétérinaire des produits alimentaires d’origine animale, des aliments pour animaux et des sous-animaux ». Cet avant-projet de loi, bien qu’évoquant des mesures contre la maltraitance animale, se focalise principalement sur l’amélioration des normes sanitaires « liées aux productions animales depuis l’animal vivant jusqu’aux denrées d’origine animale ».

Contrôle de la population canine


L’Intérieur appelle les autorités territoriales à privilégier le TNR
 
Depuis plusieurs mois, les militants de la protection animale au Maroc déplorent des activités d’abattage sauvage des chiens errants qui sont menées dans plusieurs régions du Royaume.

Pourtant, le ministère de l’Intérieur avait signé en 2019 une convention-cadre de partenariat avec l’Office National de Sécurité Sanitaire des produits Alimentaires (ONSSA) et l’Ordre des Médecins Vétérinaires dont l’objectif vise à contrôler la population des chiens errants en utilisant la seule méthode TNR (Trap Neuter Return).

Une circulaire du ministère de l’Intérieur, datant du 12 octobre 2021, destinée aux Walis des régions et aux gouverneurs des préfectures, a appelé ces derniers à « inciter les communes à activer la mise en oeuvre de la méthode TNR » en les sensibilisant sur « l’importance et l’utilité de cette méthode qui constitue une alternative prometteuse à l’abattage des chiens errants par armes à feu ou à leur empoisonnement par la strychnine et une solution morale et efficace pour lutter contre l’errance de ces animaux ».

La circulaire demande aux autorités territoriales d’interdire « la capture et l’abattage de chiens identifiés par des boucles d’oreilles qui font partie du programme TNR, afin d’éviter tout incident susceptible de porter atteinte à l’image du pays ».

Le ministère de l’Intérieur demande par la même occasion de « sensibiliser les associations de la protection des animaux qui adoptent le TNR sur la nécessité de coordonner leurs actions avec les autorités locales ».

 

Ecologie canine


La stérilisation, seul moyen de contrôler la reproduction des chiens errants
 
La lutte contre la maltraitance animale au Maroc se décline sous plusieurs formes puisqu’elle concerne aussi bien les animaux domestiques (bétail, équidés, animaux de compagnie) que les animaux sauvages (exemple des macaques et reptiles exploités pour des activités liées au tourisme).

Cela dit, une grande part des militants qui oeuvre pour la protection animale se concentre sur la lutte contre les abattages de chiens errants. Cette problématique est liée au rythme de reproduction de ces animaux qui, en l’absence d’un cadre réglementaire rigoureux pour leur élevage et leur détention, se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes.

Selon la fondation Brigitte Bardot, « en un an, un accouplement de chats produit 3 portées de 12 chatons. Un couple de chiens engendre en un an 2 portées de 8 chiots ». Plusieurs pays qui avaient recours à des campagnes d’abattage de chiens errants ont constaté que la solution qui donne le meilleur résultat est le TNR qui consiste à capturer les animaux, les stériliser puis de les relâcher.

 


3 questions à Ahmed Tazi, président de l’Association de Défense des Animaux et de la Nature

Protection animale : Un enjeu moral et sanitaire entravé par les idées reçues

« Il y a une conscience qui se développe »
 
Ahmed Tazi nous donne plus de détails sur la méthode « TNR », plus efficace et plus éthique que les abattages dans la lutte contre les chiens errants.


- Les campagnes de stérilisation peuvent-elles vraiment régler le problème des chiens errants ?

- Plusieurs expériences menées dans plusieurs régions dans le Monde prouvent que la méthode de stérilisation TNR (Trap Neuter Release) est la seule à apporter de vrais résultats. Les campagnes d’abattage sont inefficaces car les populations de chiens errants arrivent toujours à récupérer après.


- Pouvez-vous nous citer un exemple de région où la TNR a remplacé les abattages ?

- En Inde, la localité de Sikkim souffrait d’un taux phénoménal de rage véhiculée par les chiens errants. Si au Maroc nous comptons 20 à 30 cas de rage transmise à l’Homme par an, Sikkim en comptait près de 160 par mois ! Au début des années 2000, cette localité, en collaboration avec des ONG internationales, a mis en place un programme de TNR dans tout son territoire. 6 ans après, le nombre de chiens errants y a énormément baissé et la rage a été complètement éradiquée.



- Croyez-vous que les abattages de chiens errants au Maroc vont cesser au profit de la TNR ?

- Je suis optimiste. Depuis 15 ans, j’ai remarqué que les choses évoluent. Il y a une conscience qui se développe. De plus en plus de personnes et d’associations se dédient à la protection animale. Autorités et parties prenantes sont également beaucoup plus convaincues que les campagnes d’abattage ne sont absolument pas efficaces.

Je pense que nous ne tarderons pas à mettre en oeuvre la bonne méthode, la plus éthique mais également la plus efficace, pour régler la problématique des chiens errants.

Recueillis par O. A.
 

  


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