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Prospective de la FMES : Scénario de guerre entre le Maroc et l’Algérie


Rédigé par Amine ATER le Dimanche 6 Mars 2022

Les tensions entre Rabat et Alger sont scrutées par les observateurs et experts militaires de tous bords, à l’image des membres de la FMES, composée en partie par d’anciens officiers de l’armée française. Ces derniers ont ébauché un scénario en cas d’embrasement entre le Maroc et l’Algérie, où le régime des généraux est l’agresseur. Détails.



Le pourtour méditerranéen a connu lors de la dernière décennie une série d’évolutions d’ordre géopolitique qui ont bouleversé les rapports de force de la région et l’équilibre hérité de la fin de la guerre froide. La Mare Nostrum et son prolongement vers la mer Rouge sont secoués par plusieurs conflits à intensité diverse qui affectent la stabilité du bassin méditerranéen, à l’image des guerres civiles libyennes, syriennes.

A ces conflits ouverts, s’ajoutent d’autres de plus faible intensité mais qui représentent également un risque pour la stabilité de la région, à l’image des tensions en cours entre le Maroc, l’Algérie et son proxy le front Polisario sur la question du Sahara. Tel est le constat de la Fondation Méditerranéenne d’Etudes Stratégiques (FMES) dans la dernière édition de son Atlas stratégique de la Méditerranée et du Moyen Orient.

Conflit latent

« La vieille rivalité entre l’Algérie et le Maroc a connu un regain d’intensité qui laisse présager la possibilité d’accrochages frontaliers. L’archipel des Canaries et les enclaves de Sebta et Mellilia nourrissent les frictions entre l’Espagne et le Maroc, tandis que Gibraltar demeure un sujet de tensions entre l’Espagne et le Royaume-Uni », soutiennent les experts du FMES.

Des tensions qui, rappelons-le, se situent en plein détroit de Gibraltar, l’un des principaux axes de fret maritimes mondiaux, notamment en termes de transport d’hydrocarbures. Là où la rive du Nord du Détroit est unifiée sous la double ombrelle de l’Union Européenne et de l’OTAN, cela est loin d’être le cas sur la rive Sud où la région souffre de l’absence de synergie et de coopération entre les Etats d’Afrique du Nord.

« A l’Ouest, le Maroc regarde quasi-exclusivement vers le Sud et l’Afrique occidentale présentée comme la « nouvelle frontière » du Royaume chérifien, de même que vers le Nord et l’Europe », rappellent les experts du FMES, qui précisent au passage que Rabat a également les yeux rivés sur le grand large, notamment sur les Etats-Unis, le Canada et le Brésil « étant ses trois principaux clients, les phosphates marocains alimentant leur agriculture intensive ».

« Plusieurs raisons pourraient provoquer un affrontement armé : la rivalité historique entre les deux pays, le conflit du Sahara qui empoisonne depuis près de quatre décennies les relations entre Rabat et Alger et une possible fuite en avant des généraux algériens en cas d’effondrement du régime dont ils sont les piliers », pronostiquent les experts de la Fondation.

En cas de confrontation, le Royaume aurait l’avantage sur le terrain, de l’intelligence où en plus de son expérience en la matière il bénéficierait des capacités cybernétiques américaines et israéliennes. Là où les capacités de renseignement et de surveillances terrestres algériennes « bien que quantitativement plus importantes, ne peuvent pas être diverties trop longtemps de la frontière sahélienne ».

Atouts et faiblesses des FAR

Par contre, les sous-marins Kilo modernisés dont dispose la marine algérienne offrirait au voisin de l’Est « la supériorité sous la mer et lui permettrait d’imposer facilement un embargo maritime au Maroc ». Un avantage qui pourrait être dénié par l’acquisition par la Marine Royale de mines et de drones sous-moyens et d’autres moyens de lutte ASM (anti-sousmarine).

Au niveau conventionnel, la prospective diffère en fonction du théâtre d’opération. « Le Maroc n’aurait aucun intérêt militaire à une confrontation terrestre dans le Sud », une région plate où la nature du terrain offrirait un avantage certain aux forces algériennes formées au combat sur terrain plat et disposant de meilleures capacités de frappe en profondeur.

Au Nord par contre, le relief montagneux serait favorable aux FAR et « lui offrirait une profondeur stratégique qui lui permettrait de tenir facilement les axes de pénétration et d’échanger du temps contre quelques parcelles de territoires ». Les FAR seraient également capables de mener des actions potentiellement non attribuables, via les drones de frappes et kamikazes ou encore grâce à ses Forces spéciales composées de 1.000 commandos capables de mener des actions clandestines.

Le Royaume dispose par ailleurs de capacités réelles, « même si limitées en volumes », de frappe dans la profondeur et de projections de forces. Les forces marocaines disposent également de « combattants rustiques et motivés bénéficiant d’une expérience opérationnelle acquise face au Polisario et dans les missions ONU ».

Un élément qui a démontré sa valeur tactique et stratégique sur le conflit ukrainien où l’infanterie légère ukrainienne aguerrie par le conflit du Donbass et équipée en artillerie légère (mortier, lanceurs javelin), réussit à gêner et ralentir la progression des forces russes en terrain urbain et multiplie les embuscades sur les colonnes de ravitaillement, obligeant ses opposants à fournir un effort supplémentaire pour sécuriser leurs arrières.

Au niveau aérien, la supériorité algérienne serait condamnée à diminuer avec le temps avec la livraison prévue des F-16V au Maroc. Les experts du FMES s’accordent par ailleurs sur l’hypothèse qu’il existerait « une vulnérabilité réciproque qui implique des pertes probablement disproportionnées », en cas d’utilisation massive de frappes en profondeur par les deux côtés.

« En cas de confrontation à grande échelle, la stratégique du Maroc viserait sans doute à rechercher l’enlisement par une défense classique, des actions asymétriques en territoire algérien et une guerre de communication…, au final le scénario le plus probable reste celui d’accrochages frontaliers récurrents entre l’Algérie et le Maroc », avancent les experts de la FMES.



Amine ATER