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Pour un rappel de notre identité nationale


Rédigé par Ahmed KETTANI le Mercredi 7 Juin 2023



Pour un rappel de notre identité nationale
Tous les pays sont fiers de leur identité, et cherchent à la préserver. Le Maroc ne peut pas faire exception. Mais quels sont les éléments de cette identité ? 
 
C’est d’abord la géographie, puis l’histoire, la religion, la langue, les fêtes nationales, la gastronomie, et les arts.
 
L’Identité du Maroc est d’abord constituée par sa situation géographique : C’est un pays africain, à 15 km de l’Europe, disposant de deux façades maritimes longues de 3500 Km, dont 500 sur la Méditerranée et 3000 sur l’Atlantique.  Cette situation explique son histoire, son présent et son avenir.
 
L’histoire du Maroc remonte à plusieurs milliers d’années avec des traces de civilisations anciennes, celles des Phéniciens, des Romains, des Carthaginois. Puis est venue la civilisation arabo-musulmane avec les Omeyades. Plus tard sont venus les Idrissides avec Idriss 1er et ses descendants, et puis après, les grandes dynasties Amazigh des Almoravides, des Almohades, et des Mérinides.  Ensuite vinrent Assaadiyyines et enfin la Dynastie d’El Alaouiyyines. 
 
Ces dynasties ont laissé leurs marques sur l’Homme ainsi que sur tous les aspects de la vie : l’architecture, la gastronomie, les coutumes, les arts… etc.
La proximité de l’Europe explique l’ancienne influence du Maroc sur l’Andalousie et sur l’Europe occidentale pendant plusieurs siècles.  Nos racines africaines expliquent nos relations ancestrales avec plusieurs pays africains aussi bien à l’est, sur toute l’Afrique du Nord, qu’au sud.
 
Après l’Histoire, la religion musulmane est venue marquer de son sceau l’identité marocaine. « Elle a influencé tous les aspects de la vie et des traditions marocaines : La piété, la générosité, la solidarité », le respect du voisin, de tous les voisins ; celui qui habite à coté comme celui qui travaille ou commercialise à côté. Elle a aussi inspiré la calligraphie arabe qui est un art important utilisé pour décorer les bâtiments, les mosquées et les manuscrits, « et qui est considérée comme une forme d’expression artistique et spirituelle ». 
 
Après la religion il y a la langue Arabe :
Pendant plusieurs siècles, depuis l’avènement de l’Islam, la langue arabe classique était la langue officielle du Maroc. C’était la langue du Coran, source spirituelle par excellence des Marocains. Ce n’est qu’avec le protectorat français que la langue française fut imposée aux Marocains dans l’enseignement et dans l’administration, puis elle est passé dans le langage, un langage mitigé :
J’ai passé mes études primaires et secondaires sous ce régime. La quasi-totalité des enseignants étaient français. Pourtant, en dehors de la classe je ne prononçais pas un mot en Français, ni dans mes entretiens avec mes camarades de classe, ni, bien sûr, en famille. Ce n’est qu’en France, où je faisais mes études supérieures, que j’ai commencé à parler français.
 
La situation était la même pour tous les jeunes qui ont suivi le même parcours que moi. 
A l’indépendance du Maroc la langue arabe classique a retrouvé sa place en tant que langue officielle, mais dans la pratique son rôle reste limité :
 
Actuellement, soixante-six ans après l’indépendance du Maroc, nos petits enfants qui font les écoles de la mission française ne parlent que français et souvent ils ne nous   comprennent pas quand nous leur parlons en arabe. Ajoutons à cela qu’ils ignorent   les bases de leur religion et de l’histoire de leur pays, puisque ces écoles ne les enseignent pas. 
La situation est valable surtout pour les familles qui envoient leurs enfants aux écoles de la mission française.
 
Mais elle ne cesse de se détériorer parce que les familles marocaines relativement aisées sont de plus en plus tentées d’envoyer leurs enfants à ces écoles.
 
Ces enfants qui ont appris le français dès leur jeune âge trouvent des difficultés à s’exprimer en arabe à l’âge adulte.  Le cas devient préoccupant quand certains d’entre eux sont amenés à s’exprimer dans les réunions qui se déroulent au sein d’institutions publiques : Dans leurs interventions ils mélangent aisément, et dans la même phrase, l’arabe et le français. La même chose dans leur langage courant. Cela devient ridicule et, d’un autre côté, très inquiétant. 
 
Par ailleurs, on retrouve la langue française dans la plupart des administrations marocaines, héritage du protectorat, et dont toutes les communications écrites sont rédigées en français.
Je voudrais rappeler aussi que toutes les enseignes désignant les établissements publics, y compris les ministères, et beaucoup de sociétés privées, sont écrites en arabe et en français. Il y a même un cas plus grave rencontré sur certains jardins publics de la ville de Rabat où les indications en arabe sont mises en dessous de celles en français. Parfois dans ces mêmes jardins on trouve des plaques écrites exclusivement en français sans que l’on trouve leurs correspondantes en arabe.
 
Jusqu’à quand cette situation va-t-elle durer ?
 
Selon l’article V de la Constitution marocaine « la langue arabe demeure la langue officielle de l’Etat qui œuvre à sa protection et à son développement ainsi qu’à la promotion de son utilisation ». Dans la pratique, on a l’impression qu’on s’enfonce de plus en plus dans le sens contraire. Pourtant, la langue arabe est un des éléments essentiels de l’identité marocaine.
 
Par ailleurs, je ne sais pas les raisons pour lesquelles on garde le français sur les enseignes de nos établissements publics, ni sur celles de nos sociétés privées. Est-ce à cause du nombre de Français résidents au Maroc ? Je ne le pense pas parce que leur nombre ne dépasse guère près de 50.000 personnes, pour une population marocaine de plus de 36 millions d’habitants.  Est-ce parce qu’ils arrivent très nombreux en touristes ? Je ne le pense pas non plus, puisqu’ils ne représentent guère plus de 30% du nombre total des touristes, suivis par les Espagnoles, les Allemands et les Anglais.
 
Je me contente de poser le problème, car la domination actuelle de la langue française au Maroc nuit énormément à notre souveraineté, et à notre indépendance économique. A notre avis elle est anti constitutionnelle.
 
Cette position ne traduit aucune animosité à l’encontre de la belle langue française, mais elle exprime notre attachement à la langue arabe qui fait partie de notre identité.
 
Je proposerai enfin, pour donner à la langue arabe la place qu’elle mérite et pour que le cadre national sache l’utiliser correctement :
 
Que les administrations marocaines utilisent exclusivement la langue arabe dans   leurs communications avec le public et dans toutes leurs transactions. 
Que son coefficient soit le plus élevé dans tous les examens et les concours d’accès aux différents établissements d’enseignement. C’est ce qui se pratique dans plusieurs pays pour leurs langues nationales. 
Que les écoles maternelles marocaines n’apprennent à nos enfants aucune autre langue que l’Arabe et l’Amazigh.
Que les écoles étrangères au Maroc respectent strictement un cahier des charges qui assure que leur enseignement tienne compte des valeurs de l’identité nationale marocaine.
 
D’autres éléments ont leur rôle dans la définition de notre identité : 
 
Il y a les fêtes religieuses. Elles ont chacune son cérémonial, en particulier les jours des fêtes nous portons les meilleurs habits et nous allons rendre visite aux parents les plus proches, accompagnés de nos enfants, ce qui maintient les liens entre les membres de la même famille, grands et petits.
 
Parmi les fêtes religieuses je citerai l’aid El kebir ou la fête du sacrifice, en souvenir du Prophète Abraham qui voulait exécuter un ordre divin, celui de sacrifier son fils. Dieu lui envoyât sur le champ un mouton pour sauver son fils et pour récompenser Abraham pour sa soumission à l’ordre divin. On pourrait dire aussi que c’est un symbole par lequel Dieu exprime Sa volonté de sacrifier l’animal pour que vive L’Homme.
 
D’ailleurs nous partageons ces fêtes religieuses avec tous les pays musulmans.
Il y a les fêtes de la veille du mois de Ramadan, une occasion de grande joie pour les enfants qui allument les feux d’artifice, pendant que leurs mères et leurs sœurs tapaient sur les taârej.
 
Par ailleurs, il y a la fête d’Achoura, le dixième jour du mois lunaire de moharram où les enfants portaient leurs meilleurs habits et recevaient des cadeaux de leurs parents. C’est une fête d’ailleurs très contestée. Certains la ramènent à l’anniversaire du meurtre d’Elhoussaine, petit-fils du Prophète, par l’armée de Yazid, deuxième calife des Omeyades, et au cours duquel on consolait ses enfants par des cadeaux. D’autres la justifiaient par l’influence des Omeyades, depuis l’arrivée des troupes de Moussa Ibn Noussair en Afrique du Nord, qui continuaient à célébrer cet anniversaire. D’autres la justifiaient par les recommandations du Prophète sidna Mohammed de célébrer l’anniversaire de la traversée de la mer Rouge par le Prophète Moïse et ses adeptes, pour fuir le Pharaon, et de pratiquer le jeune le jour de cet anniversaire. Par la suite, cet anniversaire s’est transformé en fête qui concerne spécialement les enfants. 
 
 Il y a les manifestations d’elaansra, encore une fois une manifestation de joie pour les enfants qui luttaient contre les chaleurs de l’été en aspergeant tous les passants qui se trouvaient sur leur chemin avec de l’eau fraiche, sans que ceux-ci puissent y trouver une gêne quelconque, bien au contraire.
 
Certes, dans le monde rural ces traditions sont maintenues, mais en ville elles sont de plus en plus rares, on les trouve encore chez certaines familles respectueuses des traditions. Mais elles ont tendance à disparaitre avec les nouvelles générations et les nouveaux modes de vie. On les remplace chez certaines « élites » par des fêtes occidentales.
Parmi les éléments de l’identité nationale, il y a les habits dont le caftan qui, depuis l’époque des Almohades, n’a pas cessé de se perfectionner et d’être apprécié à l’échelle nationale et même internationale.
 
Il y a aussi la jellaba blanche et le tarbouche rouge que l’on porte pendant les fêtes religieuses et les cérémonies d’allégeance au Souverain.
Il y a aussi le cérémonial des fêtes de mariage avec les habits de la jeune mariée typiquement marocains, sa loge qu’on appelle El Ammaria, portée par quatre personnes qui exécutent des danses en harmonie avec les chants populaires de l’orchestre et de l’assistance. 
 
Le déroulement de ces cérémonies n’exclue pas des variantes d’une région à une autre.  
Il y a aussi la gastronomie : Le couscous, le tagine, qui sont les symboles de la cuisine marocaine dans le monde entier.
 
Il y a aussi les pâtisseries telles que les Cornes de gazelle, la Ghriiba, et Lamhancha. 
Cette cuisine reflète l’histoire et les coutumes du pays en combinant toutes les influences amazighes, arabes et, tout récemment, européennes.
 
Il y a la musique, en particulier les chants des Gnawa originaires de la ville d’Essaouira, et El Melhoun avec les chants célèbres d’Echamaâ (la bougie), Elharraz (la ceinture), Alouarda (la fleur). El Malhoun est issu d’une culture authentiquement marocaine qui remonte au 12ème siècle et qui emprunte ses modes à la culture arabo-andalouse. 
Il y a aussi la musique populaire de Jil Jilala et de Nas el Ghiouanne qui est un art typiquement marocain, créé en 1972 à Marrakech. C’est tout le Maroc sans distinction de langue, de classe, ou d’ethnie que le groupe rassemble autour de lui.
 
 Enfin, il y a aussi la Fantasia, démonstration équestre au cours de laquelle des cavaliers équipés de fusils, installés en ligne, à dos de leurs chevaux, partent à grande vitesse, et déchargent au même moment, à la fin de leur course. Cette démonstration se pratique sur une grande place, dans les Moussems ou fête d’anniversaire des saints, et les grandes fêtes nationales. 
 
Il y a aussi les produits de l’artisanat traditionnel qui sont une richesse vaste et diversifiée, et fort appréciée des touristes. 
En conclusion, notre attachement à ces éléments qui définissent notre identité ne signifie pas le rejet d’autres identités. Il exclut l’extrémisme et le fanatisme, et accepte volontiers l’ouverture sur les autres cultures.
 
                   Ahmed KETTANI



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