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Culture

Passer d’une culture de la politique et des experts à celle des entrepreneurs


Rédigé par Abdallah BESMAÏN le Mercredi 15 Avril 2020

Il est admis que pour avancer, il faut se poser des questions, pour ne pas dire qu’il est nécessaire de remettre en question les politiques culturelles, par des bilans d’étape et des correctifs, plus ou moins importants, dans les démarches à suivre.



Passer d’une culture de la politique et des experts à celle des entrepreneurs
Depuis, les Assises de la Culture, organisées par la Fé-dération des Industries Culturelles et Créatives (FICC), de la Confé-dération Générale des Entreprises du Maroc, et le ministère de la Culture, le coup de sifflet avait été donné, avait-on cru, pour le passage des politiques culturelles des experts et des agents administratifs à celles des entrepreneurs dont les propositions peuvent être plus facilement, plus rapidement déclinées en actions. A cet effet, le profil du ministre de la culture est une équation qui ne peut faire l’économie de sa maîtrise des arcanes de la culture, dans sa double dimension managériale et actions culturelles. Les milieux culturels et de création ont des attentes, des visions à partager et le dur désir de contribuer à la mise en oeuvre d’une politique culturelle qui tienne compte de la réalité du terrain.

La culture est un ensemble de pratiques

A la question, par exemple, qu’attendez-vous exactement du ministère de la Culture, d’une façon générale, en tant qu’auteur en particulier ?, Driss Ksikes apporte cette réponse, à caractère institutionnel, « J’attends qu’il soit à la hauteur, qu’il mette la culture à sa juste hauteur, qu’il ne la traite pas seulement comme un secteur (déjà amputé) mais comme dimension essentielle des politiques publiques, qu’il ne quémande pas plus de deniers mais exige plus d’égards et de moyens… Et qu’enfin, il défende la dignité et les libertés des hommes et femmes qui enrichissent l’imaginaire et l’univers symbolique des marocains... ».

Mohamed Ennaji, auteur également, concepteur et organisateur de festivals culturels, affirme, pour sa part, « d’abord qu’un ministre de la culture soit cultivé et sache ce qu’est la culture au sens des pratiques. », en mettant l’accent sur des pratiques improductives, si l’on peut dire « Regardez l’état des conservatoires de musique, il est lamentable ! Pourtant plein de choses peuvent être réalisées sans un gros effort de budget, regardez l’édition, elle est dominée par quelques éditeurs qui font des ministres ce qu’ils veulent. Et les exemples de ce genre abondent ».

Un ministre décide, le suivant annule

A la tête des éditions En Toutes Lettres, Kenza Sefrioui appartient à cette génération d’éditeurs, de niche, qui apporte un certain renouveau au secteur, en se spécialisant dans l’édition liée à des faits d’actualités, privilégiant l’enquête, sociologique et au sens journalistique. Sa réponse pointe du doigt des dysfonctionnements qui portent préjudice à l’édition, en invitant le département de la culture à faire sa propre révolution : « Il a une révolution culturelle à effectuer en son sein, en adoptant une culture de la transparence et de la reddition de comptes. Il est anormal que des subventions accordées en 2017 soient encore en attente de règlement en 2020, que l’organisation des salons du livre ou de la participation marocaine à divers salons du livre à l’international se fasse sans concertation avec les professionnels. Ne transmettre les informations qu’à des associations est aujourd’hui une manière d’exclure des éditeurs qui ne s’y reconnaissent pas, et de fait, écarter la plupart des éditeurs indépendants qui contribuent à la bibliodiversité marocaine. ».

Egalement éditeur, activant dans l’impression et la distribution du livre, Camille Hoballah répond en ces termes à la question : Qu’attendez-vous exactement du ministère de la Culture, d’une façon générale ? « La question est très générale. Donc on peut se permettre de rêver… Un ministère est une autorité et, comme toute autorité, elle a tendance à s’accaparer la politique culturelle selon la personnalité de chaque Ministre qui débarque. Quand le précédent décide le suivant annule pour faire ses marques.

La culture comme l’éducation comme le nouveau modèle de développement sont des sujets stratégiques qui ne peuvent être réduites à un simple Ministère et une équipe de fonctionnaires qui exécutent un travail administratif et qui doivent justifier les dépenses du budget alloué par des actions. ». Pour Abdelkader Retnani, enfin, Président de l’Union Professionnelle des Editeurs du Maroc, il ne s’agit pas d’aider l’édition mais de soutenir le secteur, y compris l’imprimerie et la librairie.

Abdallah Bensmaïn

  


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